Comme attendu, le mouvement populaire a été au rendez-vous. Les marches dans toutes les wilayas du pays ont exprimé leur refus de la situation actuelle et la nécessité du changement. La particularité pacifiste des marches aura encore une fois marqué ce vendredi durant lequel la rue s’est exprimée massivement. Ce vendredi 15 mars aura été également historique de par le nombre de manifestants ayant battu le pavé exprimant des slogans clairs. Le report des élections présidentielles et le retrait de l’option du cinquième mandat n’auront pas suffi à convaincre les Algériens sortis en masse encore une fois l’exprimer de façon massive. Le gouffre entre la rue et le pouvoir semble particulièrement profond. Un décalage apparent qu’il s’agit de combler si l’on veut espérer un début de dialogue possible. La feuille de route proposée par le pouvoir durant la semaine passée n’a pas eu l’adhésion de la population. Un rejet massif exprimé notamment sur les réseaux sociaux. Jeudi, le Premier ministre désigné Noureddine Bedoui avait du mal à enclencher une quelconque adhésion. Lors de la conférence de presse organisée jeudi, il était perceptible qu’il y avait un défaut de communication flagrant. Le Premier ministre et le vice-Premier ministre ont tenté d’expliquer une démarche qui semblait partie avec un grand handicap. Les personnalités, à l’image de Lakhdar Brahimi, qui avaient pour mission de créer un contact positif avec le mouvement populaire semblaient dès le départ dans une situation malaisée. Il y a une véritable tendance au sein de l’opinion pour refuser tout ce qui émane du pouvoir. La question du manque de confiance s’est irrémédiablement posée. Un défaut qui apparaît de façon claire durant les manifestations populaires. La proposition du pouvoir semble ainsi en difficulté sans même avoir été esquissée. La conférence nationale inclusive et les perspectives proposées sont aujourd’hui particulièrement fragilisées. Il faudrait désormais des trésors d’ingéniosité pour convaincre et ramener à la politique un mouvement qui s’exprime dans la rue. Un mouvement que la qualité pacifique et bon enfant séduit même en dehors des frontières. Les jours à venir devraient inéluctablement être riches en évènements. Il reste difficile d’esquisser un scénario de sortie de crise aujourd’hui tant la situation semble compliquée. Le blocage inattendu dans lequel se retrouve aujourd’hui l’Algérie requiert beaucoup de doigté et probablement l’apport de personnalités plus crédibles aux yeux de l’opinion algérienne. Quels scénarios de sortie de crise après cette énième démonstration de la rue algérienne ? Il reste difficile pour l’heure d’imaginer une évolution, le mouvement populaire se devait de se structurer. A défaut, toute proposition de sortie serait vouée à la fragilisation. Les leaders du mouvement populaire seront obligés à l’avenir de s’organiser. Les Algériens sont en attente d’une solution pour une sortie de crise qui préserverait l’Etat et ses institutions et qui leur ouvrirait la voie vers un système plus démocratique.