Trois jours après l’annulation de l’élection présidentielle du 18 avril, le décret présidentiel relatif à cette décision a été publié, jeudi, au Journal Officiel. «Les dispositions du décret présidentiel n° 19-08 du 10 Joumada El Oula 1440 correspondant au 17 janvier 2019, portant convocation du corps électoral en vue de l’élection du Président de la République, sont rapportées », lit-on sur le dernier JO, qui ne précise toutefois pas les raisons qui ont poussé et permis au président de la République de décréter ce report et aussi de prolonger son mandat qui doit expirer le 28 avril.
Le dernier Journal Officiel publie également les décrets portant création du poste de vice-Premier ministre et la dissolution de la Haute instance indépendante de surveillance des élections.
Par ailleurs, le Conseil constitutionnel a publié, mercredi, un communiqué à propos de la suite que compte donner cette institution aux dossiers déposés à son niveau par les prétendants à la candidature du scrutin prévu initialement le 18 avril. Alors que certains d’entre ces derniers disent sont toujours dans l’attente de la réponse du Conseil constitutionnel, et rejetent l’annulation décrétée par le président de la République, le Conseil constitutionnel, présidé par Tayeb Belaïz, a fait savoir qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur la validité des candidatures après cette annulation.
« Le Conseil constitutionnel, réuni les 12 et 13 mars 2019, a décidé que le fait de statuer sur la validité des candidatures pour l’élection du président de la République, qui était prévue le 18 avril prochain, est désormais sans objet en vertu du décret présidentiel n°19-92 du 11 mars 2019, portant annulation des dispositions du décret présidentiel portant convocation du corps électoral en vue de l’élection du président de la République, et que les dossiers des 21 candidats à la candidature pour la présidentielle, déposés au niveau du Secrétariat général du Conseil constitutionnel, seront gardés au niveau des archives du Conseil », a précisé le Conseil constitutionnel dans un communiqué, ajoutant que cette décision sera signifiée aux concernés et publiée au Journal Officiel.
Au lendemain de ce communiqué, le candidat indépendant Ali Ghediri tire à boulets rouges sur cette institution qu’il accuse d’avoir entériné une « violation grave de la loi ».
«Nous constatons que le Conseil constitutionnel vient d’archiver les dossiers remis par les candidats au motif que l’élection présidentielle du 18 Avril 2019 avait été annulée par une décision politique qui a trouvé, en un décret présidentiel abrogeant celui par lequel le corps électoral a été convoqué, un semblant de fondement juridique», souligne le général-major à la retraite.
Le Conseil constitutionnel «n’a fait qu’entériner une violation grave de la loi régissant la matière pour des considérations politiques subjectives », relève-t-il, jugeant que «le régime politique a usé et abusé des pouvoirs que lui confère la Constitution dans le seul but de sauver un système politique arrivé à son terme et que le peuple rejette ». Ali Ghediri continue, par ailleurs, à appeler à la tenue du scrutin présidentiel pour le 18 avril. « Pour notre part, si nous prenons acte de cette violation flagrante de la Constitution, nous n’en exigeons pas moins que le cadre constitutionnel soit respecté et que l’élection prévue puisse se dérouler dans les délais impartis », a-t-il écrit dans ce sens.
Pour sa part, l’autre candidat à l’élection présidentielle Abdelaziz Belaïd n’avait pas attendu le communiqué du Conseil constitutionnel pour réagir à l’annulation de cette échéance. Moins de vingt-quatre heures après l’annonce de cette décision, le président du Front El Moustakbel avait animé une conférence de presse pour dire que son parti ne reconnaissait pas cette annulation et qu’il maintenait sa candidature tant que son dossier n’a pas été invalidé par l’institution habilitée à trancher, qu’il a d’ailleurs appelée à assumer son rôle. «Nous avons pris souverainement cette décision au sein du parti pour participer à cette élection et nous exigeons du Conseil constitutionnel qu’il respecte cette échéance électorale et que le processus se poursuive normalement», a exigé M. Belaïd.n