Dans la feuille de route proposée par le président de la République, la Conférence nationale indépendante et inclusive promise et qui devait être le prélude à une nouvelle République, semble compromise. Pour cause, l’opposition, principal acteur concerné qui devrait donner du crédit à cette étape, n’est pas tellement emballée par l’idée de s’asseoir autour de la table avec les représentants du pouvoir.
Quelle que soit l’identité de ceux qui seront chargés de mener les consultations avec les partis de l’opposition ou avec les porte-paroles du mouvement populaire – si demain il y en aurait -, il parait difficile de trouver de l’écho chez les formations politiques ou les personnalités ciblées. Les démentis apportés hier par certains concernant des négociations en vue de participer à cette conférence sont des indices on ne peut plus clairs que dans le camp adverse au pouvoir, on ne veut pas s’associer. «M. Lakhdar Brahimi m’a appelé le dimanche 10 mars, et non mercredi comme le prétend le site sus cité, pour me dire qu’il venait d’arriver à Alger pour un bref séjour et qu’il se trouvait à l’hôtel Aurassi. Etant libre dans la soirée, je m’y suis rendu. En arrivant, je l’ai trouvé en compagnie de M. Rahabi», a écrit l’ancien président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), dans un démenti, suite à un article selon lequel il aurait rencontré le diplomate algérien après que ce dernier ait été reçu par M. Bouteflika.
Saïd Sadi explique en outre qu’au moment où il l’a rencontré, c’est à dire dimanche, «M. Brahimi ne m’a pas donné l’impression d’avoir été chargé de quelque mission que ce soit, puisqu’il m’a affirmé qu’il avait un déjeuner prévu à Paris pour le surlendemain, c’est-à-dire mardi, et qu’il ne l’avait pas annulé». Durant l’échange, il dit avoir expliqué à Brahimi qu’il était «assez inquiet car il ne me semblait pas que le pouvoir appréciait à sa mesure la gravité de la situation», ajoutant que, «de ce que j’entends et crois, le départ de Bouteflika et la démission du gouvernement étaient un des préalables à toute démarche sérieuse». Donnée comme reçue par Lakhdar Brahimi au même titre que Saïd Sadi, la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, a aussi apporté un démenti formel à ces «allégations dans le fond et dans la forme». «Nul besoin de rappeler les positions historiques du parti durant les moments sensibles de l’histoire de l’Algérie», écrit le PT, ajoutant qu’«il continuera à lutter pour le départ du système, ses mécanismes et ses branches».
Sadi, Benflis, Hanoune …
De son côté, le FFS, dont le coordinateur de l’Instance présidentielle a été donné comme «partant» pour ladite conférence, n’a pas tardé à réagir. Apportant «un démenti formel» à cette information, le parti dit «n’avoir jamais été contacté pour participer à la conférence du consensus initiée par le pouvoir». Rappelant sa fidélité à ses principes, et positions fondamentales, le FFS estime qu’il a démontré sur le terrain son «attachement à rester avec le peuple jusqu’au départ du régime autoritaire et l’instauration de la deuxième République». «Ni les ruses du pouvoir ni ses tentatives de gagner du temps ne nous feront détourner de l’essentiel», écrit-il. L’ancien chef de gouvernement, Ali Benflis, dont le bureau politique de son parti Talaie El Hourriyet s’est réuni hier, a rejeté l’offre du pouvoir, «déniant toute légitimité à la conférence nationale dite indépendante annoncée pour rédiger une nouvelle Constitution qui ne peut être que l’œuvre d’une Assemblée élue, dotée d’un mandat populaire». Le parti s’est interrogé «sur la légitimité et la valeur des textes de lois sur les réformes qui seront retenues par la conférence nationale et qui devront nécessairement recevoir l’aval d’un Parlement en manque de légitimité, de crédibilité et de représentativité, aux ordres du pouvoir politique en place».
Bedoui rassure, le peuple sur une posture de rejet
C’est dire que quand bien même le nouveau Premier ministre Bedoui tente de rassurer, déclarant que le gouvernement œuvrera à instaurer un climat de «confiance» et de «sérénité», appelant l’opposition politique et tous les partenaires au dialogue et à placer les intérêts de l’Algérie au-dessus de toute autre considération, les réactions ne suivent pas. L’opposition reste sur sa position «aux côtés» du peuple qui, lui aussi, a donné son verdict ce vendredi 15 mars. Les partis ne veulent pas s’aventurer à offrir une quelconque crédibilité sur un plateau pour le pouvoir. Bien que le mouvement soit dans le besoin, tôt au tard, de représentants à même de négocier une période de transition et de défendre ses revendications, il n’en demeure pas moins que tout le monde est jusque-là sur ses gardes. En position de force, le peuple et l’opposition semblent attendre plus de concessions de la part du pouvoir. Mais n’est-il pas temps que des concessions soient faites des deux côtés pour une sortie de crise en douceur ?