Les marches imposantes du vendredi 15 mars ont suscité, hier samedi, une série de réactions attendues de la part des acteurs politiques et autres dans le pays.

L’économie générale de ces réactions fait ressortir deux messages essentiels : l’admiration et le soutien aux manifestants toujours plus nombreux depuis le 22 février et la demande d’un règlement politique de la crise en vigueur dans le pays depuis que le débat porte sur l’exercice du pouvoir par le chef de l’Etat et le plan de sortie qu’il a proposé dans sa déclaration du 11 mars : annulation du scrutin présidentiel du 18 avril, la constitution d’un nouveau gouvernement attendu dans les prochains jours, voire les prochaines heures, puis l’amorce d’un processus devant mener à une «conférence nationale», étape importante d’une transition devant aboutir à la constitution d’une «deuxième République». Ainsi, le Parti des Travailleurs dans ce qui semble être une véritable feuille de route pour une ère post-Bouteflika a appelé hier «les hautes autorités du pays à répondre aux aspirations profondes de la majorité du peuple». Sa secrétaire générale, qui a réuni les responsables de bureaux de wilayas, a préconisé le «respect de la volonté populaire» par le «retrait» du chef de l’Etat à l’issue de son quatrième mandat ainsi que la mise en place de «comités populaires» chargés d’ouvrir un «débat politique» sur les revendications populaires en vue de parvenir à une Assemblée nationale constituante pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Pour Louisa Hanoune, «la seule voie pour la consécration de la souveraineté du peuple, garant de la souveraineté nationale, est la création de comités populaires, regroupant toutes les catégories de la société (étudiants, travailleurs, retraités et commerçants). «Ces comités, ajoute la numéro 1 du PT, éliront par la suite leurs représentants lors d’assemblées générales locales, lesquelles soumettent à leur tour les revendications soulevées et délèguent des représentants pour convoquer une Assemblée nationale constituante souveraine, dont la seule mission est l’élaboration d’une Constitution démocratique». Selon le parti «Talaie El Hourriyet» dirigé par Ali Benflis, «le départ immédiat du président de la République et des forces extraconstitutionnelles constitue une exigence pour l’ouverture de perspectives à la solution de la crise». A l’issue d’une réunion «extraordinaire» de son bureau politique, cette formation «salue la marche du vendredi 15 mars durant laquelle le peuple algérien a rejeté massivement les manœuvres du pouvoir politique en place».
Elle souligne «la forte participation de la femme algérienne à toutes les marches et rassemblements», ainsi que «la mobilisation d’autres franges de la société (étudiants, lycéens, enseignants, avocats, syndicats autonomes, personnes aux besoins spécifiques, agriculteurs et travailleurs)».

«Serrer les rangs pour traduire les aspirations populaires»
Le parti rejette la lettre du chef de l’Etat du 11 mars «dans la forme et dans le fond» et parle de «manœuvre grossière pour sauver le régime et lui permettre de gagner du temps pour se préparer à de futures échéances électorales, et une manipulation pour diviser le mouvement de protestation et le détourner de sa trajectoire pacifique». Talaie El Hourriyet appellent les forces d’opposition, «lors de cette période cruciale que vit le pays à serrer les rangs pour traduire les aspirations populaires en actions et initiatives visant à concrétiser ces aspirations».
Pour sa part, le mouvement «El Islah» considère selon l’APS que les propositions de réformes proposées par le chef de l’Etat répondent aux revendications de la contestation populaire. Son leader Filali Ghouni affirme que le parti «adhère aux appels de réformes profondes demandées par les Algériens et approuvées par le président de la République, à travers une feuille de route devant aboutir à un grand consensus national pour l’édification d’une nouvelle République et un nouveau système algérien, qui sera issu de la conférence nationale inclusive». Ce chef politique qui s’exprimait de Biskra appuie l’initiative de la «conférence nationale» que le parti de Benflis «rejette catégoriquement». Aux yeux de l’ancien ministre des Finances, Abderrahmane Benkhalfa qui a réagi sur Facebook, «l’heure est grave» et la «priorité absolue est à l’élection présidentielle et au respect de la Constitution. Nous n’avons plus le temps». L’ancien argentier du pays estime que « toute démarche en dehors de ce sentier est risquée, préjudiciable et pleine d’inconnus». «Ni la conférence du consensus, ni la modification ne sont prioritaires. Il faut engager le processus d’élection d’un nouveau président dans le cadre des délais impartis par la Constitution actuelle et lui laisser le temps de traiter tous les dossiers en suspens dans le cadre d’une légitimité constitutionnelle», a-t-il ajouté. D’autre part, le politologue Mustapha Bourzama, dans un entretien à Reporters, «le respect de la volonté populaire équivaut à bien entendre la voix de la rue et de l’opinion algérienne qui ne souhaite pas de prolongement du 4e mandat» du chef de l’Etat. «La dynamique de changement amorcée depuis le 22 février constitue une opportunité historique pour l’opposition qui doit être à la hauteur des aspirations populaires et d’œuvrer pour un changement démocratique» du système actuel de gouvernance. «C’est une occasion à ne pas rater pour la refondation du système politique» en Algérie, a-t-il soutenu. Toujours par rapport aux formations politiques qui ont réagi hier, le Front national algérien (FNA) appelle à la «formation d’une Commission nationale» constituée de «représentants choisis par le peuple» pour une «période de transition et de la supervision de l’amendement de la Constitution et l’organisation de la prochaine présidentielle». Son chef, Moussa Touati, appelle à la nécessité «de réfléchir, dans le calme et la sagesse, et d’écouter le peuple qui est la source du pouvoir», relevant l’impératif d’«œuvrer afin d’éviter les dérapages, en vue de préserver la sécurité et la stabilité nationales».
Union africaine :
«l’appel au dialogue national…»
Au niveau international, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki, a lancé, avant-hier, «un appel au dialogue national pour la réalisation du nécessaire consensus pour la mise en œuvre diligente de ces réformes dans la paix, la stabilité et la continuité de l’État». De plus, il a salué, le
«caractère pacifique» des manifestations menées par les Algériens contre la prolongation du mandat du président sortant Bouteflika : «Le Président se félicite du caractère pacifique des manifestations, qui témoigne d’une grande maturité et d’un esprit élevé de responsabilité de la part du peuple algérien et de tous les acteurs concernés», a indiqué la Commission de l’UA dans un communiqué. Par ailleurs, M. Faki s’est félicité de la décision de M. Bouteflika de ne pas briguer un cinquième mandat à la tête de l’Algérie. Pour le Maroc, il s’agit de réaffirmer sa
«non-ingérence» par rapport aux manifestations massives dans le pays. Rabat s’est abstenu de tout commentaire depuis le début des manifestations contre la candidature à un cinquième mandat de M. Bouteflika.
«Le royaume marocain a décidé de se tenir à une attitude de non-ingérence par rapport aux récents développements en Algérie, et s’est abstenu de tout commentaire à ce sujet», a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita dans une déclaration transmise à l’AFP, ajoutant que
«le Maroc n’a ni à se mêler des développements internes que connaît l’Algérie, ni à les commenter».