Selon le bilan publié vendredi soir par les services de la DGSN sur les manifestations populaires qui se sont déroulées durant la journée, soixante-quinze individus ont été interpellés à la fin des marches imposantes.

«La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a procédé à la fin de la journée du vendredi 15 mars 2019, à l’interpellation de 75 individus lors d’une opération de maintien de l’ordre, au niveau de certains arrondissements de la capitale, pour faits de violence, vol et dégradation de véhicules et de biens publics et privés» , lit-on dans son communiqué.
Les services de la DGSN ajoutent, par ailleurs, que onze policiers ont été légèrement blessés et qu’ils sont actuellement pris en charge au niveau des structures sanitaires de la police nationale. En comparaison avec l’importance en nombre des foules qui ont battu le pavé algérois, ce bilan ne diffère pas de ceux publiés depuis le début des manifestations, le 22 février dernier. Le bilan de la marche populaire du 1er mars par exemple, à l’issue de laquelle on a déploré le décès à la suite d’un malaise cardiaque du Professeur Salim Benkhedda, fils de Benyoucef Benkhedda, deuxième président du GPRA, s’est soldé par 89 blessés parmi les manifestants et 56 parmi les agents de police. La DGSN avait annoncé également avoir arrêté 45 personnes.
Le bilan des marches du 8 mars faisait état de «195 individus arrêtés et la blessure de 112 de ses hommes, actuellement pris en charge au niveau des services de santé de la Sûreté nationale». Le Musée public national des antiquités et des arts islamiques a été vandalisé ce jour-là par un groupe de délinquants qui ont ciblé certains de ses pavillons en y volant un certain nombre d’objets de valeur après avoir mis le feu dans des locaux administratifs causant la destruction de documents et de registres, selon un communiqué du ministère de la Culture. Le musée avait été déjà ciblé par des voyous à la fin de la marche du 1er mars, mais sans succès.
L’inventaire des manifestations permet d’avancer deux éléments au moins : le premier est qu’il confirme le caractère pacifique et organisé de la contestation en cours depuis quatre semaines et le civisme dont ont fait preuve les manifestants.
Outre les appels à la vigilance et au respect de l’heure de dispersion lancés à travers Facebook et les réseaux sociaux, on a constaté de visu, avant-hier vendredi, que des pickpockets qui tentaient de profiter de la foule pour commettre leur délit ont été immédiatement neutralisés par des anonymes. Certains de ces délinquants ont même été sérieusement corrigés au niveau de la rue Khemisti, alors qu’ils cherchaient à s’attaquer à des manifestantes sur le point de rejoindre le cortège de protestation.
Risque de stress
Le second aspect confirme la «gestion» et l’«encadrement» professionnels et sans heurts de la démonstration populaire par les éléments de la DGSN déployés sur les itinéraires empruntés par les manifestants. Le marqueur de cet encadrement a été les nombreuses scènes de fraternisation entre les deux parties et largement diffusées via le Web et les réseaux sociaux. Certaines de ces scènes sont devenues virales et ont été largement commentées, y compris par des médias internationaux, en raison de leur caractère sympathique et d’entente entre les tuniques bleues et les marcheurs, hommes et femmes.
Une remarque cependant : si les services de police publient le bilan des arrestations et des interpellations à la fin de chaque manifestation, ils n’ont pas cru nécessaire jusqu’ici de publier des indications et des chiffres sur les dispositifs humains et matériels déployés pour la «gestion» des manifestations. On peut toutefois supposer, au vu du nombre de véhicules postés à différents endroits de la capitale et au nombre de policiers antiémeutes mobilisés, qu’il s’agit d’un déploiement conséquent qui incite à la question de sa durabilité dans un contexte certes pacifique, mais qui n’est pas sans tension et sans stress. Le déploiement dont on parle est en vigueur depuis trois semaines au moins, la marche inaugurale du 22 février ayant eu l’effet de surprise et n’a pas semblé nécessiter autant d’hommes et de matériel de la part de la DGSN sur le terrain.
Dans un commentaire pour Reporters, hier, Ahmed Adimi, ancien officier de l’armée et porte-parole de Talaie El Houriyet, le parti de Ali Benflis, «salue le calme et la sérénité à travers lesquels les services de sécurité se sont distingués face aux manifestants». Il rappelle cependant que leur «mobilisation requiert des efforts soutenus de la part d’un personnel de sécurité qui a la lourde charge de sécuriser l’espace public et veiller à la sécurité des personnes et des biens». «Outre le coût financier des opérations, le risque du stress est réel et peut engendrer des attitudes qu’il s’agit d’éviter par des réponses politiques aux revendications du peuple», ajoute-t-il. «Quand on parle de policiers, on parle d’humains qui sont mobilisés du matin au soir avec des heures de travail dépassant la norme admise parce qu’ils interviennent dans un contexte singulier», poursuit-il. «Pour éviter tout dérapage, la balle est dans le camp du pouvoir et du chef de l’Etat qui devrait écouter l’appel de la rue à ne pas prolonger son mandat», recommande Adimi.<