La forte mobilisation populaire enregistrée vendredi dernier met manifestement le pouvoir politique sous pression, maintenant qu’il est établi que les dernières décisions du chef de l’Etat sont loin de calmer la protestation.

D’où l’impératif pour l’Exécutif de proposer une offre politique qui participerait à une ébauche de solution de nature à mettre fin à une situation de crise qui tend visiblement à se corser au vu des postures des deux parties de l’équation, à savoir le mouvement populaire et le pouvoir politique. La situation est tellement intenable, avec son lot d’incertitudes, qu’elle exige des autorités beaucoup d’imagination et un sens de l’anticipation qui semblent pour l’instant avoir fait défaut au regard de la réaction que son offre politique a provoquée. Et ce, au moment où le mouvement populaire place le curseur de ses revendications, semaine après semaine, à des niveaux chaque fois plus élevés, souvent au mépris des règles et des équilibres inscrits dans ce qu’on pourrait nommer la raison d’Etat. A ce titre, si le formidable mouvement populaire a suscité des sentiments de sympathie, voire d’admiration auprès de l’opinion et des observateurs, il gagnerait cependant à passer lui aussi à phase de structuration par l’étape souhaitable – à moins d’un bouleversement nouveau – de déléguer ses représentants auprès des autorités publiques. En attendant que le mouvement s’accorde à nommer ses délégués ou ses représentants, la balle semble plus jamais dans le camp de l’Exécutif de qui sont attendus des signaux forts et une volonté sans faille de répondre aux aspirations citoyennes. Car, à voir les mots d’ordre et autres messages portés par les manifestants au lendemain du changement opéré à la tête de l’Exécutif et la plaidoirie du Premier ministre qui n’a visiblement pas convaincu, l’on ne peut que déduire à un rejet de l’offre de sortie de crise émanant du pouvoir politique. Ce dernier est incontestablement dans le dur. S’il ne trouve pas de motifs pour abandonner son offre, il est cependant tenu de l’accompagner par d’autres mesures fortes en direction des populations. Ces mesures doivent répondre au moins à deux impératifs : apaiser la tension et définir une voie de sortie de crise. Et s’il est loisible de constater, jusqu’à présent, les limites des réponses apportées par le pouvoir politique, la situation ne tolère point une posture d’attentisme ni celle des atermoiements aux conséquences douloureuses. A cet effet, les informations et autres indiscrétions rapportées ici et là sur des rencontres informelles qu’aurait le diplomate Lakhdar Brahimi avec d’autres personnalités politiques imposent bien de légitimes interrogations quant au format et à la représentation que devait prendre la phase de dialogue. N’étant pas mandaté, de manière officielle, à mener un dialogue pour une vite sortie de crise, les actions que mènent l’ancien diplomate risquent de s’avérer contre-productives, voire source de tensions. D’autant plus que même au sein du mouvement populaire, la désignation de meneurs et de leaders peine à gagner des partisans. Ce qui risque, notent des observateurs, de mener le mouvement vers l’impasse ou vers un fléchissement de sa mobilisation. Nul doute que plus la crise s’inscrit dans la durée, plus la tension risque de s’exacerber. Une évolution porteuse surtout d’un risque de voir le mouvement populaire se radicaliser devant une autorité politique qui se cherche une voie de salut qui ne passerait que par des signaux forts et une volonté de résoudre la crise.