C’est au Centre culturel islamique (CCI) de Ouargla qu’elles se sont réunies, pour la première fois, dans une exposition ouverte et purement féminine. Environ 20 femmes productives (au foyer) dont 6 activant au centre, 2 non-voyantes, ont été honorées pour leur participation remarquable dans cette manifestation, organisée depuis le début du mois. Une cérémonie honorifique a été organisée, jeudi par la directrice du centre, Mme Fouzia Badri, à l’occasion de la Journée nationale des personnes handicapées. Fouzia Badri a signalé lors de cette cérémonie l’importance de permettre à la femme de travailler pour être productive.

Elle a mis également l’accent sur le soutien à apporter à la femme artisane à travers la mise en place de mécanismes à même de faciliter la commercialisation des produits d’artisanat. La directrice du CCI leur a donc ouvert les portes pour se rencontrer, échanger et exposer leurs produits. La plupart sont des femmes au foyer ou handicapées et n’ont aucun moyen de gagner leur vie. Elles se sont lancées dans la confection de gâteaux, de la cuisine, dans la fabrication et la vente d’articles de décoration. Nombre d’entre elles ont créé leurs pages sur les réseaux sociaux sur lesquelles elles présentent leurs objets faits maison et collectent des clients. « Depuis que les produits chinois et européens ont envahi le marché national, l’industrie artisanale traditionnelle a presque disparu. Mais depuis quelques années, je constate que le produit artisanal regagne sa position dans le marché et il est de plus en plus apprécié et demandé, notamment la vannerie qui est d’une importance économique très grande », a-t-elle indiqué.
Le handicap n’est pas un obstacle
Le stand des articles qui a monopolisé tous les regards revient aux sœurs Ziane, non-voyantes, spécialisées dans la vannerie saharienne tressée, spiralée et modernisée. Conçue à la main et tirant sa matière première uniquement du végétal, notamment les feuilles de palmier doum, disponible en abondance dans la région, ce métier offre aux jeunes hommes et femmes défavorisés le moyen d’être autonomes. « J’ai appris à tresser à l’âge de 5 ans et à 8 ans j’ai commencé à confectionner des objets divers réalisés en feuille de palmier dattier. Actuellement, c’est notre gagne-pain », raconte Zineb Ziane, 40 ans, non-voyante, qui ajoute : « Je ne vois rien, mais j’adore ce métier que je maîtrise avec mon cœur avant mes mains. » Zineb, à l’instar de toutes les personnes handicapées en Algérie, évoque le manque de soutien de la part de l’Etat. « On travaille à domicile et ce n’est pas très pratique. On a besoin d’un local pour s’organiser. Un endroit où entreposer nos matériaux et recevoir nos clients », lance Ziane Halima, sa sœur, non-voyante également, chargée de la commercialisation. Les produits que fabriquent les sœurs Ziani se vendent 3 à 5 fois plus cher que le prix d’achat sur le marché. Elles ont des difficultés à se procurer la matière première, à préparer les rubans durant plusieurs jours pour fabriquer un petit panier, mais à la fin, elles ne gagnent que très peu. C’est le marchand qui se remplit les poches en vendant leurs produits à des prix très élevés.
D’un savoir-faire à un vrai métier
Cette exposition, installée dans le hall du CCI au niveau du premier étage, a offert un espace aux femmes au foyer afin de montrer et faire connaître leurs produits. Une autre exposante, spécialisée dans la couture et la broderie traditionnelle, a évoqué le manque de manifestations susceptibles de servir de cadre à la commercialisation de leurs produits artisanaux et d’avoir un positionnement sur le marché. Elles se plaignent d’un manque de moyens financiers suffisants et de rencontres d’échange, pour la promotion de leurs articles et objets confectionnés. Elles se plaignent aussi de la difficulté de vendre, raison pour laquelle elles insistent sur la mise en place de mécanismes et d’un environnement susceptibles de leur permettre d’écouler leurs produits d’artisanat au niveau des marchés locaux et de contribuer à l’activité économique de la région, ainsi qu’à la préservation du patrimoine local. D’autres femmes ont comme «compétences» le savoir-faire culinaire. Beaucoup d’entre elles se sont spécialisées dans les gâteaux algériens avec des retouches modernes et dans la cuisine traditionnelle. Des couleurs, des formes et des ingrédients s‘unissent dans une palette de saveurs et plats décorant des étals appétissants qui reflètent le savoir-faire de leur métier. Avec un salaire dérisoire que gagne son mari et qui ne suffit pas, selon elle, à subvenir aux besoins de la famille, Nassima, une maman de trois enfants, a eu l’idée de se lancer dans la production de gâteaux pour les fêtes de mariage et autres cérémonies. Ayant débuté avec de petites quantités à la demande de quelques proches, elle est devenue en quelques mois seulement une des grandes fabricantes de gâteaux à domicile. La création d’une page facebook lui a permis de générer des centaines de clientes. Avec quatre modèles offerts, Nassima s’est retrouvée obligée d’élargir sa gamme pour gagner plus de clients. Aujourd’hui, avec une des dizaines de modèles, des quantités qui vont de 50 à 700 unités entre 30 et 70 DA l’unité, cette femme productive gagne plus de 25 000 DA avec un seul modèle, chaque semaine. Ce qui est très rentable. n