PAR INES DALI
Encore une fois, en ce vendredi 15 mars, les marches pacifiques réclamant le changement ont vu l’adhésion de millions d’Algériens à travers tout le territoire national. Marches «massives», «grandioses», «gigantesques», «imposantes», «marées humaines», ce sont autant de qualificatifs qui restituent l’ambiance qui a régné dans quasiment toutes les villes et villages d’Algérie.
Cela traduit également la réponse de la rue aux mesures d’apaisement contenues dans la dernière lettre présidentielle, du lundi 11 mars, et réitérées par le Premier ministre, Noureddine Bedoui, le jeudi 14 mars, lors de la conférence de presse qu’il a animée conjointement avec le vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra.
Ainsi, l’hypothèse qui supposait que le renoncement à un cinquième mandat et la mise en place d’un gouvernement de transition- chargé de la mise sur pied et de l’accompagnement d’une conférence nationale – était de nature à apaiser l’opinion publique, s’est avérée erronée.
Loin de voir en ces mesures d’apaisement un geste de bonne volonté de sortir le pays de la crise et de répondre favorablement à la principale revendication citoyenne, à savoir «le départ du système politique en place», au contraire, la rue a réagi en montrant sa «défiance» et y a vu une «façon déguisée de prolonger la présente mandature présidentielle».
Les propositions censées calmer les esprits ont donc produit l’effet inverse. Ni le recul sur le cinquième mandat, ni le gouvernement d’urgence pour une transition progressive ne semblent avoir convaincu la foule. La pression s’est davantage accrue sur l’Exécutif.
Cela était visible à travers la forte mobilisation de la rue qui, encore une fois, a fait preuve d’ingéniosité et redoublé d’imagination dans sa façon de montrer et d’exprimer son «rejet au système en place», puisque même les slogans étaient empreints d’un certain humour qui venait se mêler au sérieux qu’exigeait la situation et ainsi détendre l’atmosphère.
Mais le fait marquant qui s’est produit pendant ces manifestations citoyennes pacifiques, du moins dans la capitale, est une sorte de plébiscite de certaines figures par la foule, à l’image de Djamila Bouhired et de la sœur de Larbi Ben M’hidi. Et parmi les gens les plus plébiscités, on peut citer Karim Tabbou, l’ex-leader du FFS.
En effet, Karim Tabbou était sorti marcher comme tous les citoyens algériens, qui ont arpenté les rues quatre vendredis consécutifs. Il se trouvait du côté de la Fac centrale quand la foule l’a repéré et que les jeunes qui l’entouraient l’ont longuement applaudi pour finir par le prendre sur leurs épaules, alors qu’il scandait des slogans pour une Algérie meilleure et pour la préservation des symboles et des acquis des travailleurs algériens.
C’est dire que Karim Tabbou a séduit les jeunes et semble avoir une bonne aura. A l’heure actuelle, où les figures emblématiques de l’opposition font parfois l’objet de suspicion auprès de l’opinion publique, Tabbou a réussi à rassembler les jeunes autour de lui le temps d’une marche, alors que des personnalités ou des chefs de parti ont été chassés par la foule lors de ces mêmes marches. Il faut également reconnaître que ce jeune politicien s’est toujours montré fidèle à ses principes, puisqu’on ne lui connaît aucun écart ni déviation de sa ligne de conduite, aussi bien quand il était à la tête du premier parti de l’opposition en Algérie que depuis qu’il l’a quitté.<