Il y a quelques mois, la société civile réclamait la révision de la loi 12/06 et demandait une loi flexible qui permettrait aux associations d’exercer leurs activités en toute liberté.
Aujourd’hui, ces associations se voient, presque naturellement, embarquées dans un mouvement de contestation qui relègue toute revendication syndicale ou partisane au second plan et laisse et donne la parole au peuple dans toute sa diversité.
Dans la reconfiguration de l’espace de contestation, le militantisme est descendu dans la rue, sans revendiquer toutefois ni le droit de chapeauter ni piloter les manifestations qui durent depuis plus de trois semaines. Autrement dit, la société civile s’est, elle aussi, rapidement fondue dans un mouvement populaire où chaque acteur est citoyen à part entière, sans besoin de tutorat.
Les militants d’associations, de syndicats ou d’autres structures du genre sont, en effet, de plus en plus nombreux à rallier les manifestations qui traversent l’ensemble du territoire national. Mais ces derniers prennent le soin de se débarrasser de cette casquette de militants et optent pour un anonymat qui les rapproche sans peine aucune de ces centaines de milliers de personnes qui portent aujourd’hui d’une seule voix le cri citoyen.
Un citoyen sans carte d’adhérent. Mais dont on peut néanmoins voir transparaître quelques gestes et attitudes d’une appartenance à des mouvements structurés.
Un constat d’ailleurs établi par le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), Saïd Salhi. « La société civile a rejoint le mouvement populaire depuis son commencement.
Elle n’est pas là pour l’administrer, le piloter ou en revendiquer l’autorité parentale, mais elle participe et prend part individuellement en tant que citoyen », soutient-il.
Des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes s’investissent pleinement sans chercher la gratification des masses pour des causes partisanes ou syndicales.
Ni slogans, ni autre type d’identification ne sont affichés durant les marches. « On est dans notre espace», ajoute le vice-président de la LADDH, qui pense toutefois que le mouvement populaire est un « prolongement de la lutte syndicale » dans lequel la société civile s’est engagée depuis des années.
« Le mouvement refuse toute caporalisation et Bouteflika doit comprendre que le peuple revendique le changement du système et non le changement dans le système», indique le vice-président de la LADDH.
Il en est de même pour Idir Achour, militant de l’Intersyndicale, qui a exprimé son adhésion au mouvement depuis le début, en appelant tous ses adhérents à la mobilisation. «Le mouvement a prouvé son intelligence et son génie.
Il a mené ses revendications sans encadrement politique ou associatif et il va continuer dans cette dynamique», pense M. Achour.
La rue, selon le syndicaliste, « négocie avec le gouvernement avec la méthode action-réaction, sans canalisation du mouvement et réussit à pousser le système à faire des concessions ».
« La rue nous a donné des leçons. Elle demande avec pacifisme et calme la rupture avec le système en place, en s’appuyant sur l’unité du peuple dans sa diversité », salue encore M. Salhi.