Les Palestiniens devraient porter une attention particulière à la visite qu’effectue à partir d’aujourd’hui dimanche le président du Brésil Jair Bolsonaro à Washington où il doit sceller le rapprochement de son pays avec les Etats-Unis. Pour  M. Bolsonao, c’est la première visite bilatérale qu’il fera à l’étranger depuis sa prise de fonctions. Elle interviendra quelques jours avant un deuxième voyage au Chili puis un troisième, à la fin du mois, en Israël.

A ce propos, le président Bolsonaro a déclaré peu après son élection en octobre 2018 qu’il comptait transférer l’ambassade du Brésil de Tel-Aviv à Jérusalem (Al Qods) et emboiter le pas au président Trump. Les Israéliens qui espéraient le voir prendre cette décision aussitôt son arrivée à la tête de son pays l’ont accusé d’«indécision» depuis. Ils espèrent que son séjour aux Etats-Unis et sa rencontre avec le président américain à la Maison-Blanche le fera avancer dans leur direction et de tourner le dos aux résolutions onusiennes et au droit international.
Tout ce qu’il dira à ce sujet, donc, sera scruté et analysé même si l’on sait depuis longtemps que le chef de l’Etat brésilien, évangélique de confession et surnommé le «Hilter du Brésil» par le quotidien israélien de gauche Haaretz), est en réalité un fervent partisan d’Israël. Son fils Eduardo également député et qui sera du voyage aux Etats-Unis partage la même passion pour l’Etat hébreu Israël -au point de s’être affiché avec un tee-shirt siglé « Mossad ». Il joue un rôle majeur dans le rapprochement de Brasilia avec la droite ultra-conservatrice américaine, notamment Steve Bannon, ancien stratège de campagne de Donald Trump. Avant l’arrivée du président Bolsonaro aujourd’hui à Washington, son porte-parole Otavio do do Rêgo Barros a déclaré qu’ « il s’agit de la première visite bilatérale du président à l’étranger, un signe de la priorité que le gouvernement attribue à la construction d’une association solide avec les Etats-Unis ».
Le chef de l’Etat brésilien sera accompagné de six ministres, dont les deux poids lourds de son gouvernement: le ministre de l’Economie, l’ultra-libéral « Chicago boy » Paulo Guedes, et celui de la Justice Sergio Moro, ainsi que le chef de la diplomatie Ernesto Araujo qui avait écrit que «Trump peut sauver l’Occident » sur son blog. Mardi, une « rencontre privée» est prévue entre les deux chefs d’Etat à la Maison-Blanche. Le président brésilien profitera de son séjour pour s’entretenir avec le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, et participer à des forums sur l’investissement au Brésil.
Aujourd’hui dimanche en soirée, il a invité à la résidence de l’ambassadeur du Brésil à Washington des leaders d’opinion, notamment Steve Bannon et Olavo de Carvalho, un écrivain brésilien exilé aux Etats-Unis considéré comme le « gourou » de Jair Bolsonaro.
Alignement avec les Etats-Unis
Jeudi sur Facebook, M. Bolsonaro a expliqué qu’il signerait plusieurs accords à Washington, dont l’un sur le lancement de satellites américains de la base d’Alcantara, dans l’Etat septentrional de Maranhão. Alcantara est idéalement située en raison de sa proximité de la ligne de l’équateur qui permet des économies de combustible de l’ordre de 30% pour les lancements. Les militaires brésiliens ont agité le spectre d’un abandon de souveraineté. Une entente sur la base, sur laquelle les deux pays avaient commencé à négocier dès 2000, doit passer par un accord de protection des droits de propriété intellectuelle des fusées et satellites. Un accord sur «Alcantara montre(rait) l’alignement de Bolsonaro sur les Etats-Unis, comme son feu vert à l’alliance entre (les avionneurs) Boeing et Embraer » en cours de finalisation, a expliqué à l’AFP Paulo Wrobel, de l’Université PUC-Rio. Sur le Venezuela, MM. Trump et Bolsonaro devraient réaffirmer ensemble une ligne dure. Les Etats-Unis ont été à la proue de la cinquantaine de pays ayant reconnu le président autoproclamé Juan Guaido, opposant du président socialiste Nicolas Maduro, dont ils ont appelé à la chute. Le Brésil a suivi de près. Mais si Donald Trump n’a pas exclu une intervention militaire, cette option n’est pas envisageable pour Jair Bolsonaro, ni pour la douzaine de pays latino-américains du groupe de Lima qui inclut aussi le Canada.
«Il est peu probable que le Brésil prenne des actions militaires pour régler la situation au Venezuela, mais il est possible qu’il se montre plus ferme publiquement avec ce voyage à Washington», a expliqué à l’AFP Roberta Braga, du centre latino-américain de l’Atlantic Council, basé à Washington. Mais Donald Trump souhaite avoir un allié de poids comme le Brésil, première puissance d’Amérique latine, «pour continuer à exercer des pressions sur Maduro et s’assurer que la vague d’appuis qu’a reçus Guaido ne diminue pas au fil du temps», a indiqué Thomaz Favaro, analyste chez Control Risks.