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jeudi, 30 août 2018 06:00

Chronique des 2Rives / L’OR NOIR : ENTRE MIRAGE ET REALITE

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
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La grande aventure du pétrole a débuté à Titusville, sur les bords de l’Oil Creek, en Pennsylvanie. Dans la nuit du 27 août 1859, d’un puits foré par un certain colonel Drake, le pétrole s’est mis soudain à jaillir.

La découverte de Titusville déclenchera une nouvelle ruée : celle de l’or noir. Le monde en connaîtra les répliques. Des fortunes fabuleuses, un partage insidieux de la planète, des alliances despotiques, des formes de corruption nouvelles, rimant avec coups d’Etat et mirages de grandeur, laissant souvent au bord de la route le petit peuple. Voici quelques repères de cette aventure. Le pétrole, en fait, sous sa forme visqueuse, le bitume, était connu depuis l’Antiquité. Mais son usage demeura très limité, essentiellement destiné au calfatage des navires. Étymologiquement, le mot pétrole signifiait d’ailleurs « huile de roche ». Cet usage était consécutif à la quasi-disparition des baleines, dont l’huile était fort prisée jusque-là par les industriels, à la suite d’une pêche massive qui les avait décimées. Par la suite, le pétrole fut principalement utilisé pour l’éclairage domestique ou public.

LES ROIS DU PETROLE

Sa première application que l’on peut qualifier d’industrielle fut au XIXe siècle celle de lubrifiant pour machines. Jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, Au début des années 1860, en moins de deux ans, dans une zone pionnière de Pennsylvanie, pour chaque dollar investi, un puits en rapportait
15 000 ! Des gens se battaient pour avancer sur les routes encombrées de chariots vers les zones de production, reproduisant les scènes observées lors de la ruée vers l’or en Californie et dans le Grand-Nord. Le baril, qui constitue l’unité de mesure de la production, environ 159 litres, est une des traces de cette période. A l’origine, c’était des tonneaux de whisky... qu’il fallait donc boire avant de les remplir ! Une compétition sauvage s’engagea pour produire et transporter le pétrole aussi vite et en aussi grande quantité que possible. La législation américaine amplifia ce phénomène : le possesseur du sol était, en effet, également propriétaire du sous-sol. Et le liquide appartenait à celui qui l’avait pompé, même s’il s’agissait d’une nappe commune à plusieurs propriétés, selon le principe dit du « droit de capture », appliqué notamment dans le secteur maritime et... dans la chasse. « Prends le pétrole de ton voisin avant qu’il ne le découvre ! », affirme un dicton texan. Le territoire fut donc percé de toutes parts. Aux « pionniers » succédèrent les « rois du pétrole qui mirent la production en coupe réglée ». L’essor de la production fut rendu possible par la maîtrise des procédés de forage des nappes pétrolifères. Entre le début 1900 et la Première Guerre mondiale, les cartels américains et anglais du pétrole (Shell et Standard Oil) dominent le monde. Le premier d’entre eux fut John D. Rockefeller, le fondateur de la Standard Oil Company en 1870. En quelques années, il devient l’homme le plus riche du monde et imposera sa loi à ses concurrents et à un appareil d’Etat soumis à ses volontés. Au lendemain d’un premier krach, qui vit le pétrole vendu moins cher que l’eau potable, la Standard Oil absorba progressivement ses concurrents, jusqu’à contrôler 80% du raffinage des Etats-Unis. « Dieu a créé le monde, disait-on autour de lui, Rockefeller l’a remis en ordre »... En dehors du continent américain, les compagnies européennes étaient bien souvent en situation dominante. Elles étaient nées, puis s’étaient développées, grâce au soutien et à la protection de leur propre Etat, en bénéficiant en particulier de l’accès aux territoires sous la coupe des puissances coloniales, de la maîtrise des mers et des océans par leur marine.

LE SANG DES RICHESSES

C’est dans l’empire russe, autour de Bakou, que la première exploitation d’envergure avait été entreprise dans le dernier tiers du XIXe siècle. La société Nobel, notamment, y possédait ses puits, ses raffineries, ses entrepôts de stockage, mais aussi les premiers tankers et des chantiers navals pour les construire. Cette zone pétrolifère fut l’objet d’une lutte féroce entre capitalistes européens et américains, principalement le Crédit lyonnais, les Rothschild et l’insatiable Rockefeller. Leur arrivée eut une autre conséquence : la naissance du prolétariat dans la Russie des tsars. Au Moyen-Orient et en Asie, les principales puissances impérialistes européennes favorisèrent la naissance de compagnies à même de contrer l’hégémonie de la Standard Oil. Création de l’Irak Petroleum Company avec une participation française, et début des relations commerciales franco-irakiennes. Révolution en Russie et début de la guerre est-ouest du pétrole. Premiers embargos et coups d’Etat appuyés par des campagnes de presse contre les souverains ou dirigeants opposés aux compagnies pétrolières et à leur gouvernement. Les USA et la Grande-Bretagne se partagent le Moyen-Orient. L’Angleterre impériale était représentée par une autre société d’importance, l’Anglo-Persian. Elle exploitait un gisement sur le territoire de l’actuel Iran, depuis que le Shah lui avait accordé, en 1901, une concession couvrant la quasi-totalité du pays ! La France faisait, avec l’Allemagne, figure de parent pauvre sur le plan pétrolier. L’issue de la Première Guerre mondiale, menée justement pour un repartage du monde et de ses ressources, devait lui permettre de rattraper quelque peu son retard. Au cours du conflit, l’armée avait dû se fournir auprès des groupes américains, qui assuraient alors les deux tiers de la production mondiale. Clemenceau affirma alors qu’il fallait que la France possède son pétrole, car celui-ci était désormais « aussi nécessaire que le sang dans les batailles de demain» …

« MONSIEUR 5% »

La France et la Grande-Bretagne se mettront d’accord pour se partager les dépouilles de l’empire ottoman au Moyen-Orient et délimiteront leurs zones d’influence respectives. D’un simple trait de plume sur une carte, dans le déni le plus total des populations de ces territoires. En 1920, les compagnies américaines purent prendre pied sur le sol du Moyen-Orient. C’est dans ce cadre qu’elles formèrent un cartel, qui prit le nom d’Irakian Petroleum Company, pour la prospection et l’exploitation du territoire irakien. Au sein de cette compagnie, l’Anglo-Persian, Shell, la Compagnie française des pétroles et les groupes américains se voyaient attribuer chacun 23,75 % des parts. Les 5 % restants étaient dévolus à un intermédiaire du nom de Gulbenkian, présent dans toutes les transactions importantes de la période et resté dans l’histoire du pétrole comme « Monsieur 5 % ». L’Arabie saoudite, et au-delà l’ensemble du Moyen-Orient, devint pour ces compagnies un véritable eldorado. A son retour de la conférence de Yalta, en 1945, Roosevelt rencontra Ibn Séoud, le monarque de l’Arabie saoudite et lui fit signer un contrat qui donnait l’exclusivité aux majors américains. « Bien des conférences, après la dernière guerre, sentaient le pétrole de façon suffocante », écrira le Secrétaire d’un président des Etats-Unis. En 1944, naquit finalement l’Arabian American Oil Company (Aramco). Avec les années cinquante, on assiste à l’émergence des aspirations anticoloniales et nationales en Asie, en Afrique et dans le monde arabe.

LE SPECTRE DE MOSSADEGH

En Iran, en avril 1951, sous la pression de la rue, le dirigeant nationaliste Mossadegh fut nommé Premier ministre contre la volonté du Shah. Mossadegh réclama un partage des bénéfices à 50/50. Lorsqu’en 1951, l’Iran de Mossadegh nationalisa la Anglo-Iranian Oil Company, détenue par les Britanniques, parce qu’elle avait refusé de partager ses profits astronomiques, l’Angleterre et les Etats-Unis organisèrent un boycottage mondial du pétrole iranien, ce qui amena l’économie de l’Iran au bord de l’effondrement. Ensuite, en 1953, la CIA suscita un coup d’Etat qui installa le Shah comme l’homme-lige des Etats-Unis. L’Iran conserva, cependant, la propriété nominale de la National Iranian Oil Company, mais le contrôle des opérations était exercé par un consortium de compagnies américaines, britanniques et françaises (40%, 40% et 20% respectivement). Il faut souligner que bien avant l’expérience de Mossadegh, en Iran, la Bolivie avait connu, en 1937, la première nationalisation du pétrole en Amérique latine… Plus tard, interviendra une privatisation jusqu’à l’évènement au pouvoir d’Evo Morales qui a décidé la nationalisation des ressources énergétiques du pays.
Le 24 février 1971, à la Maison du Peuple, le président Houari Boumediène, dans une déclaration solennelle affirme : « Qararna ! » (nous avons décidé) : « … Je proclame officiellement, au nom du Conseil de la Révolution et du Gouvernement, que les décisions suivantes sont applicables à compter de ce jour : la participation algérienne dans toutes les sociétés pétrolières françaises est portée à 51%, de façon à en assurer le contrôle effectif, la nationalisation des gisements de gaz naturel, la nationalisation du transport terrestre, c’est-à-dire de l’ensemble des canalisations se trouvant sur le territoire national. » Et le 12 avril de la même année, il promulguait que les opérations sur tout champ de pétrole ou de gaz ne seraient dorénavant menées que par l’entreprise nationale Sonatrach. Ces décisions étaient les résultats d’un long processus, à la fois politique et économique, en vue d’assoir la pleine souveraineté de l’Algérie sur ses richesses naturelles. En effet, à Evian, durant de dures négociations, les Algériens avaient obtenu l’essentiel : l’indépendance nationale avait été arrachée et l’intégrité du territoire garantie. Dans d’autres domaines, dont celui du pétrole et du gaz, ils avaient dû concéder pas mal de choses. L’Irak emboitera le pas de l’Algérie, en juin 1972, en nationalisant l’Irak Petroleum Company. C’est à cette période encore que le prix du gaz fut indexé sur celui du pétrole. Les sociétés dites « indépendantes », c’est-à-dire n’appartenant pas au petit groupe des « Sept sœurs », et représentant des puissances de seconde zone, en profitèrent pour se faire une place sur le marché en consentant à certains Etats des royalties plus élevées, c’est-à-dire au-delà du partage 50/50.

LES TAMBOURS DE GUERRE

Ce fut le cas notamment pour le groupe italien ENI. Son dirigeant, Mattei, mourra en 1961 dans des conditions mystérieuses après avoir négocié un important contrat avec la Libye… En prenant le pouvoir, en 1969, à la faveur d’un coup d’État militaire, le colonel Kadhafi nationalisera le pétrole libyen. Avec la création de l’Opep, la nationalisation du sous-sol dans plusieurs pays et la création de compagnies nationales, les mécanismes du pillage ont été quelque peu modifiés. Mais le mouvement d’ensemble reste semblable. L’argent du pétrole a assuré aux couches dirigeantes du Moyen-Orient les moyens de se maintenir au pouvoir. Et bien des dictatures, de par le monde, n’ont tenu que parce qu’elles ont servi de fournisseurs aux intérêts des majors compagnies et de leur gouvernement en Occident. Les populations, elles, connaissent une situation catastrophique : chômage massif, manque de logement, coupures d’eau, infrastructures obsolètes, transports collectifs manquants ou délabrés… Quand tout simplement pétrole ne rime pas avec guerre, invasion et embargo, mise sous tutelle comme ce fut le cas de l’Irak et de la Libye hier… Ainsi, le pétrole, cet « or noir» a la couleur de malédiction pour certains peuples du Sud. Dans un entretien, l’ancien Secrétaire d’Etat de l’ère Nixon, Henry Kissinger, déclarait : « Si vous n’entendez pas les tambours de guerre, c’est que vous êtes sourd ! » Tout en rappelant le vieil axiome impérial : « Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlez le peuple». Sans commentaire.n

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