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mardi, 09 octobre 2018 06:00

Djahida Houadef, artiste peintre : «Accrocher le regard des autres et provoquer des sensations restent ma priorité»

Écrit par Nordine Azzouz
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L’artiste peintre Djahida Houadef poursuit depuis peu de temps une expérience intéressante qui consiste à faire usage des réseaux sociaux pour prolonger, non sans une approche ludique, le travail plus sérieux qu’elle accomplit dans son atelier. Clichés de paysages, photos de voyages, impressions où se mêlent la couleur, la lettre et le signe pictural, tout y passe et ses « post » sur Instagram en particulier s’avèrent être une réflexion sur ce que peut être un artiste quand il est au repos ou quand il musarde hors des lieux d’exposition, sur le passage du temps et des objets... Entretien.


Reporters : Vous êtes de plus en plus présente sur les réseaux sociaux. Pourquoi ce choix pour le moins étonnant pour une artiste plasticienne comme vous ?
Djahida Houadef : Je me suis inscrite aux réseaux sociaux sous l’insistance d’amis depuis presque quatre ans maintenant. Et depuis, j’ai bien compris l’impact de ce précieux support de communication. Les réseaux sociaux font un travail miraculeux dans la transmission de l’information, de l’émetteur au récepteur, l’action prend à peine le temps d’un battement de cils. Non seulement, on peut gagner du temps, mais aussi on peut transpercer les géographies et atteindre le monde. Cette technologie ne peut être qu’une aubaine pour les bûcheurs, et surtout pour ceux qui ont une tâche immatérielle qui ne nourrit pas son homme, mais qui reste noble par sa vertu. C’est un excellent moyen pour renforcer la notoriété, la réjouir dans son quotidien, lui donner le souffle et la force pour continuer sa quête de l’avenir. Les réseaux sociaux sont ce terrain fertile où on peut facilement semer nos graines, les oublier tout en restant à l’écoute, et voir, à court, moyen et long termes les repousses qu’il nous offre. Et, bien entendu, on ne récolte que ce qu’on sème !

On remarque que vous utilisez surtout Instagram. Y a-t-il une véritable visibilité sur ce réseau ?

Instragram est spécialisé beaucoup plus dans la publication d’images, et ça, c’est un lien commun avec les arts plastiques. Il pourra être un support efficace pour le visuel. C’est l’image qui s’exprime, elle remplace le mot, le concept lui donne une dimension assez spéciale par sa présentation, des techniques prêtes à l’emploi lui donnent un visage différent, rehaussé avec des disponibilités d’outils, comme les tonalités, les traitements de la couleur et les effets qui renforcent ainsi son langage. Une sorte de nouvelle lecture qui transforme la réalité totalement et lui propose une part importante pour accéder à une image séductrice nivelée au rang du beau et du rêve. Une manière généreuse de s’en servir, nourrir les sensations et les esprits des abonnés. Son utilisation peut arriver même à influer inconsciemment sur les comportements réels. Ceci dit, toutes ces possibilités restent juste une morphologie superficielle en rapport avec la profondeur des valeurs d’un professionnel et d’un passionné en quête d’images. En tout cas, pour ceux qui savent lire entre les lignes, ils sont bien servis.
Personnellement, je n’ai pas de préférence entre ces réseaux, mais j’ai constaté effectivement que sur Instragram mon travail est regardé surtout par les artistes et les professionnels de l’art. J’imagine que le Hashtag y est pour quelque chose, vu qu’il identifie l’objectif à viser. C’est ainsi que les publications se spécialisent quelque part et drainent certainement les férus.

Qui suit vos publications sur ce réseau ? Est-ce votre public, celui qui connaît votre travail de création, ou est-ce un autre ? Quelle réaction cela suscite chez vous ?

Ce qui est intéressant dans ces réseaux sociaux, c’est leur diversité. On trouve différentes catégories de personnes, des métiers variés, des passionnés, des amateurs, des professionnels, une grande panoplie de choix pour prospérer les affinités. Leur conception est étudiée de façon minutieuse et raffinée pour tisser les liens selon les intérêts ; un système autour duquel tout se met en place et s’organise en communauté, comme une ruche. Quand j’ai atterri sur ces réseaux, j’étais déjà faite et formée depuis plus de trente ans, je suis arrivée donc avec des données qui représentent mon réseau palpable et qui a contribué largement à la diffusion de la matière existante.

Dès que je me suis imprégnée de son fonctionnement, j’étais agréablement surprise du constat. Une transmission rampe silencieusement sur le chemin espéré et le bouche-à-oreille continue à franchir les frontières du virtuel. Il faut dire aussi que l’image de mon œuvre est omniprésente et ne les quitte pas des yeux !

En étant présente sur les réseaux sociaux, y a-t-il chez vous la même ambition et la même prétention artistiques et esthétiques que quand vous faites des expositions ?

Toutes les sciences du monde, même les plus avancées, ne sauront vaincre le naturel, le palpable, la réalité et la loi de la vie. Le goût de ces derniers est irremplaçable. De leurs sèves elles-mêmes naîtront les sciences et les nouvelles technologies. Malheureusement, très souvent, on oublie les origines du monde et on s’affronte au paradoxe de la question subtile qui restera toujours dans l’air, celle de savoir « qui est né en premier, la poule ou l’œuf » !

A regarder ce que vous publiez, la photo a tendance à prendre une place importante. Est-ce une expression artistique que vous voulez exploiter davantage ou est-ce uniquement par désir de témoigner d’un instant de vie ?

J’ai commencé à pratiquer la photographie artistique depuis peu de temps, depuis que j’ai enfin acquis mon appareil photo professionnel. Je fais des photos tout en restant dans la timidité, bien que l’essentiel est acquis, l’art et la manière sont là pour relever la fibre artistique acquise depuis de longues dates, mais je dois la pratiquer davantage pour comprendre mieux mon appareil et profiter de toutes les possibilités techniques qu’il m’offre, afin d’aller au-delà de mes attentes, me surprendre et arriver à de meilleurs résultats.
Accrocher le regard des autres et provoquer des sensations restent ma priorité. J’espère seulement trouver des opportunités pour confronter mon travail à des professionnels confirmés et prendre la température de mes productions photographiques. Il faut reconnaître aussi que la photographie complète mon travail en peinture, l’enrichit en lui offrant des choix avec les possibilités des thèmes, des graphiques, des techniques et des médiums.

Sur ces photos, il y a un intérêt manifeste pour les Aurès et pour le voyage à l’intérieur du pays, n’est-ce pas ?

Ce qui me passionne dans la photographie, c’est de prendre tout le temps nécessaire, pour contempler la vie autour de moi et de s’arrêter sur tous ses détails, m’imprégner de tout et de rien, enrichir mon être de toutes les émotions que se dégagent de cette vie. Il y a des choses qui m’interpellent, d’autres pas, ou peut-être pas à ce moment-là. Je retiens le quotidien des gens, leur comportement et leurs mentalités, les idées qui flottent dans l’air. Les images qui se dégagent de tout un chacun, son expression, le miroitement de tous ces sens. La créativité et le savoir-faire que chaque personne soigne au moindre détail pour exprimer sa façon d’être, exprimer son corps et ses habits. Prouver le besoin d’aller à la découverte des lieux, de la tradition, de l’histoire, de notre patrimoine matériel et immatériel.
Après toutes ces années noires passées dans la peur et dans la séquestration, je ne peux que me réconcilier avec les paysages de mon pays, mon engouement s’agrandit de jour en jour pour aller à nouveau à la redécouverte des richesses de mon beau pays. Mes réalisations sont justement une renaissance née de cette organisation qui se tisse dans les réseaux sociaux pour faire des sorties touristiques et culturelles organisées en groupe.

Vous n’hésitez pas non plus à vous exposer vous-même… Pourquoi ?

Cette ère est celle de l’image qui se multiplie à la vitesse de la lumière. De cette effervescence, la tension risquerait de créer des failles et des abus. L’image peut plaire ou déplaire, surtout si elle est utilisée dans un mauvais sens pour nuire l’autre, les exemples ne manquent pas de ceux qui demandent réparation des droits. Malheureusement, parfois, les interdits répriment les témoignages et laisse l’histoire handicapée, sans ses membres pour animer son évolution.
Respecter les territoires des individus et leurs libertés est ma conviction première. Donc pour ne pas heurter la sensibilité des uns et des autres, à défaut de modèle, effectivement, je recours à mon corps pour m’exprimer.

Vous continuerez pendant longtemps à être présente sur les réseaux sociaux ?

Pourquoi condamner un système qui marche, certes, son utilisation consomme du temps et c’est pour cela qu’il serait conseillé de limiter son utilisation ; la modération est de mise !
Je continuerai à y être jusqu’à une nouvelle invention qui marchera mieux que la précédente. Ne faut-il pas suivre son temps ?

Sur quoi travaillez-vous actuellement et à quand la prochaine exposition ?

Actuellement, j’ai choisi de remonter le temps, revisiter la représentation d’animaux, de la préhistoire jusqu’à nos jours. L’art animalier a toujours inspiré les artistes et mon travail consiste à mettre en avant la singularité des animaux qui apparaît au travers de la beauté fascinante qu’ils dégagent. Il relève aussi cette fusion des paradoxes qui interpelle tant, entre la force et la douceur, le mal et le bien, la laideur et la beauté.

Cela vous dirait de faire une exposition sur le thème des réseaux sociaux ? Ce serait comment ?

Pourquoi pas ! Dans ce cas, mon thème sera le vrai du faux, la réalité du virtuel, ou peut-être, je m’inspirais de Charlie Chaplin dans les temps modernes...

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