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jeudi, 26 juillet 2018 06:00

Du mythe à l’amère réalité : Dans les salles de cinéma, le film d’une sociologie bien algérienne

Écrit par Abdelkrim Tazaroute
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Le mythe, la France a légué à l’Algérie indépendante un peu plus de 500 salles de cinéma. Les spécialistes qui répandent cette fausse information parlent, eux, d’un parc cinématographique de 350 salles. Un parc où sont comptabilisées même les petites salles de quartier où il faut ramener sa chaise ou son tabouret pour suivre une projection de film. Dans la cartographie des salles, la plupart se trouvaient dans les grandes villes d’Algérie.


Cinq cents ou 350 salles de cinéma, c’est déjà un petit parc cinématographique par rapport à l’immensité de notre pays. En réalité, nous pouvons compter les salles de cinéma des casernes, celles des maisons de la culture et des centres culturels. Cela fait forcément plus de salles, au moins 700. La logique aurait voulu que chaque commune dispose d’une salle de cinéma, cela augmentera sensiblement le nombre de salles de cinéma, 1 400 en plus, au moins. Mais nous n’en sommes pas là ! Il y a d’autres raisons plus sensibles et difficiles à changer tant cela tient des mentalités à transformer radicalement et cela ne se fait pas en un tour de main. La triste réalité est dure à accepter et relève d’une photographie sociologique. Durant le mois de Ramadan, la Filmathèque, que dirige le cinéaste Lyazid Khodja, est fermée par le ministère de la Culture. Deux raisons ont été avancées. La projection de films sans le visa de distribution et la projection de films à scènes dites osées. Pour le visa, il est normal que la salle soit sanctionnée par une décision de fermeture mais pour la seconde raison, cela ne se passe dans aucun pays au monde. Le gérant de la salle de cinéma est néanmoins tenu d’informer le public avec les cartons annonçant l’interdiction aux moins de 18 ou de 16 ans. Résultat des courses, la Filmathèque est restée fermée durant un mois complet. Il faut dire que cette fâcheuse anecdote n’est pas la première, puisque la Filmathèque a déjà connu une décision de fermeture après constat de la présence de couples dans la salle. Les couples sont-ils interdits des salles de cinéma en Algérie ? Dans les années soixante et soixante-dix des salles de cinéma étaient spécialisées pour la présence des couples, en l’occurrence « Le Français» et «le Debussy». Ça, c’était avant, comme le dit la pub. C’était avant que la vague déferlante de l’islamisme ne change la physionomie et la sociologie de l’Algérie.

 

La vague islamiste
Il y a moins de deux ans, le président de l’APC de Sidi M’hamed a décidé, suite à une visite inopinée de la salle «Sierra Maestra», de décréter la fermeture de cette salle mythique qui, des mois auparavant organisait des avant-premières des nouvelles productions du cinéma algérien.
Le fameux P/APC de triste mémoire trouva des couples et s’est indigné du fait que ces derniers suivent un film dans l’obscurité de la salle. Pour lui, la suite est simple, le couple achète un billet pour flirter.
Haram ! Depuis, la salle est fermée et personne n’a levé le petit doigt. Ni le public ni les cinéastes, ni la famille artistique et encore moins la presse. Nous avons constaté que dans leurs comptes rendus, lors des festivals, des journalistes s’offusquaient devant des scènes osées et formulaient le vœu que cela ne se reproduise pas. Là aussi, ni les organisateurs de festivals ni les cinéastes ne réagissent laissant le terrain à n’importe qui pour intervenir.


Des prédicateurs en critiques de cinéma
Un prédicateur, star d’une chaîne de télévision privée, s’est improvisé critique de cinéma à la sortie du film «L’Oranais», de Lyes Salem. De sa tribune, il fustige le cinéaste, le traite de tous les noms et décrète que le film est une insulte aux martyrs et aux moudjahidine de la guerre de libération. La presse met plus d’un mois pour réagir. C’est dire que les cinéastes et la presse ont laissé faire alors que la société ne se soucie guère de ce type de débat.
Il faut rappeler que l’Algérie a basculé dans la crise avant de sombrer dans la spirale de la violence. L’islamisme s’est installé et l’Algérie, frappée de plein fouet, a dû faire la guerre au terrorisme et ce, durant plus de dix longues années. Le public a perdu l’habitude de se rendre au cinéma. Les Algériens étaient, pour des raisons évidentes de sécurité, pressés de rentrer chez eux. Plus de dix ans, c’est long, et cela peut changer la nature de l’homme et ses habitudes.


LA PARENTHESE RIADH EL FETH
Il y a eu le Festival de la musique et de la jeunesse, organisé en 1985 à Alger, à Riadh El Feth, un temple dédié à la culture fraîchement inauguré. Doté de quatre luxueuses salles de cinéma, Riadh El Feth a attiré beaucoup de monde et les salles qui projetaient, dans de très bonnes conditions, des films, étaient archi combles à chaque séance. A côté des salles de cinéma, les spectateurs pouvaient prendre des glaces, des cafés et même se restaurer à bon prix, tout était organisé pour assurer le confort du public. Et cela compte. Des familles venaient même de l’intérieur du pays pour en profiter. C’était la belle époque, avant qu’un 5 octobre ne vienne changer la donne. Riadh El Feth est devenu Houbel, comme l’ont qualifié les jeunes révoltés. La presse s’en mêle et dénigre le complexe. Une véritable campagne médiatique s’abat contre Riadh El Feth pour le faire détester, désigné comme étant un lieu pour riches uniquement. Ce qui était totalement faux. Du coup, le public a déserté les lieux, se faisait rare et les salles de cinéma ont abandonné le 35 mm pour se mettre à la vidéo, comme cela se faisait par les gérants privés des salles de cinéma partout en Algérie. La crise a relégué au second plan la culture et le cinéma. Depuis, Riadh El Feth n’est plus que l’ombre de lui-même. Actuellement à l’abandon.


LA NATURE A HORREUR DU VIDE
Le vide s’installe et toutes les solutions de replâtrage ne tiennent qu’un temps. Dur, dur de réconcilier le public avec la sortie cinéma. Les pouvoirs publics ne font rien dans ce sens. Certes, nous avons connu une bonne petite période de production de nouveaux films algériens qui n’ont pas connu de succès auprès du public. Avec, au grand maximum, dix salles de cinéma fonctionnelles dans tout le territoire national, il faut reconnaître que c’est insuffisant. Les producteurs ne misent pas sur la promotion, et l’absence de revues spécialisées et d’émissions télévisuelles et radiophoniques consacrées au cinéma ne rend pas service au septième art. Bref, rien n’est prévu pour l’avenir, c’est dire que c’est toujours un avenir sombre qui attend le cinéma algérien.
L’exemple de l’immense salle «Afrique» est édifiant. Située en plein centre d’Alger, la salle, depuis sa première fermeture, a été rénovée une première fois avant d’être fermée pour une longue période. Sur décision du ministère de la Culture, ordre est donné pour mettre la salle à la disposition du cinéma et du public. Un budget a été alloué et la salle, après des travaux qui ont duré plus de deux années, est restée fermée. Les membres de l’association Lumières ont sollicité le ministre de la Culture pour l’ouverture de la salle ««Afrique». La salle fut inaugurée en grande pompe en présence du ministre de la Culture puis, plus rien. Contactés par non soins, les membres de l’association Lumières nous informent que faute de personnel et de désignation d’un gestionnaire, la salle est encore fermée plus de six mois après son inauguration. Triste réalité ! Alors la réconciliation du public avec les salles de cinéma n’est pas pour demain…

Lu 294 fois Dernière modification le lundi, 30 juillet 2018 15:04

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