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jeudi, 26 juillet 2018 06:00

Festival international d’Oran du film arabe : Derrière la fête du cinéma, la longue et triste nuit des salles obscures

Écrit par Sihem Bounabi
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C’est sous le slogan «le cinéma et le vivre ensemble» que les plus importants films arabes produits durant cette année seront projetés, lors de la 11e édition du Festival international d’Oran du film arabe (Fiofa), qui a débuté, hier, 25 juillet et se poursuivra jusqu’au 31 juillet à Oran.


Brahim Seddiki, commissaire de la manifestation, avait souligné, lors d’une conférence de presse, que la sélection des films en compétition n’a pas été une mince affaire, car la commission chargée du visionnage et de la sélection des films, sur plus de 350 proposés, a veillé à ne retenir que des œuvres qui reflètent la réalité et les préoccupations des populations arabes. C’est dans cet esprit que le programme a été établi. A l’ouverture de ce festival, il est programmé la projection du film «Carma», du réalisateur égyptien Khaled Youcef.
Lors des préparatifs du festival, les organisateurs avaient aussi souligné aux médias que les films sélectionnés étaient importants autant par la qualité des sujets qui sont traités que par le talent des réalisateurs, ajoutant que «tous les efforts de cette édition ont été orientés et déployés au profit du film et uniquement le film en le mettant au cœur de l’événement».
Par ailleurs, le commissaire du Fiofa a indiqué que la préparation de cette édition n’a pas été de tout repos eu égard à la baisse drastique de la subvention accordée pour son organisation, qui ne dépasse pas les 40 millions de dinars. «Pour cette édition, les organisateurs ont essayé d’inviter les grands noms du cinéma», a-t-il toutefois précisé.
Concernant les hommages, Brahim Seddiki a indiqué que lors de cette 11e édition, deux figures disparues du septième art arabe seront honorées. Il s’agit du cinéaste algérien Farouk Beloufa, réalisateur du film «Nahla» traitant de la guerre civile au Liban, et l’icône arabe Chadia.


Ironie, Oran, capitale du cinéma, sans salles de cinéma
Dans ce changement de cap remettant les productions cinématographiques au cœur de l’événement, la question qui se pose aujourd’hui est quand les films sélectionnés dans un festival de cette dimension seront, enfin, disponibles pour un plus grand nombre de cinéphiles à travers un véritable réseau de salles de projection ? Certes, l’organisation du Festival international d’Oran du film arabe a permis la réfection et la modernisation de trois salles de cinéma, «Maghreb», «Saâda» et la Cinémathèque d’Oran, pour accueillir les projections dans des conditions techniques respectant les normes modernes.
Toutefois, il serait bon de rappeler qu’à l’Indépendance, la ville d’Oran comptait une cinquantaine de salles de cinéma. Aujourd’hui, leur nombre se compte sur les doigts d’une seule main. Ainsi, tel que l’affirme notre correspondant local, la majeure partie des salles de la ville est dans un piteux état et croule sous des tas d’ordures, à l’exemple du cinéma «Le Rex», situé avenue de Tlemcen, et qui est dans un état de délabrement avancé. Dans le même état de décrépitude totale, la salle «Marhaba» (ex-Escurial) dont le hall est jonché d’ordures. A la rue Mostaganem, la salle de cinéma «Le Tivoli» a été rasée en 2011, pour réaliser une antenne administrative. De même, en plein centre-ville, la salle «Georges V» tombe en ruine. Une grande partie de ces salles qui ont été cédées en concession par l’APC d’Oran, ont été carrément détournées de leur vocation initiale. Cependant, une des rares embellies dans ce paysage bien sombre : la réhabilitation de la salle «Murdjadjou», reprise par des particuliers qui arrivent à attirer un nombreux public grâce à une programmation de qualité, l’exception qui montre que le cinéma peut exister à Oran et pas seulement dans la conjoncture éphémère d’un festival.


Reconquérir les cinéphiles en réhabilitant les salles
La restriction budgétaire qui frappe de plein fouet cette 11e édition du Fiofa s’inscrit dans la politique d’austérité de la tutelle. Après des années marquées par le faste des festivals nationaux et internationaux, dédiés au cinéma, subventionnés à coup de milliards, le ministère de la Culture s’est enfin attelé à rationaliser ses dépenses en se penchant sur un des maillons faibles de ce secteur : le réseau de distribution qui manque d’attractivité et de performance. Il y a plus d’une année, la mission de redonner un nouveau souffle au secteur du septième art avait été confiée à l’Office national de la culture et de l’information (ONCI), avec notamment la réhabilitation des salles au niveau national et l’acquisition de droits de distribution de films internationaux. Mais, au bout d’une année, coup de théâtre, au mois de mars dernier, pour la première fois en vingt ans, le premier responsable du secteur de la culture, Azzedine Mihoubi, critique publiquement l’ONCI et souligne son échec dans l’accomplissement de sa mission dédiée au septième art.
Aujourd’hui, c’est l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) qui doit relever le défi de réconcilier l’Algérien avec les salles de projection en établissant une feuille de route dont la pierre angulaire serait la formation de véritables gestionnaires de ces lieux, qui, plus qu’un métier, est tout un art devant allier passion et maîtrise. Le constat certainement fait par la tutelle, c’est qu’il existe un public de cinéphiles en Algérie et que le cinéma peut être rentable grâce aux bénéfices de la billetterie, à condition d’offrir à ce public des projections dans de bonnes conditions techniques avec des productions de qualité. Ceci à l’exemple de l’expérience d’un des rares distributeurs privés algériens, MD Ciné en l’occurrence, qui a réussi à reconquérir les cinéphiles en leur proposant les productions internationales les plus récentes et les plus attendues. A l’instar de la saga «Star War», de celle des supers héros de Marvel ou bien, pour le public plus jeune, les films d’animation les plus récents. L’atout de MD Ciné est que les films, en majorité des blockbusters, sont souvent programmés dans les salles algériennes dans les jours qui suivent leur sortie mondiale. Créant, ainsi, une certaine fébrilité chez les cinéphiles, prêts à débourser jusqu’à 700 DA par séance et patienter dans des queues interminables pour être les premiers à découvrir les films tant attendus.
MD Ciné a également réussi en proposant la formule de projections en plein air durant les soirées ramadhanesques. La formule promotionnelle de deux films pour le prix d’un à attirer, pour certaines soirées, plus de mille spectateurs, composés de jeunes mais également de familles, redonnant ainsi au cinéma son sens de sortie familiale.
Aujourd’hui, il devient ainsi nécessaire de pouvoir cibler un public, selon les lieux où se trouve la salle de projection. En attendant, pour cette saison estivale, les passionnés de cinéma auront le loisir de découvrir des films divers et variés, tant dans les salles obscures que lors des projections en plein air, à l’instar de «Ciné plages» ou bien d’autres dans des conditions plus modestes selon les moyens des communes. Au final, le plus important est que la tutelle mette en œuvre des solutions efficaces, afin que la magie du cinéma puisse continuer à nourrir les imaginaires et apporter une bouffée d’oxygène à un public exigeant.

Lu 802 fois Dernière modification le lundi, 30 juillet 2018 15:03

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