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samedi, 28 juillet 2018 06:00

Projection de «Karma» de Khaled Youssef au 11e Festival d’Oran du film arabe : Deux univers, une seule réalité

Écrit par Fayçal Métaoui
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Sept ans après «Kaf Al Kamar», l’egyptien Khaled Youssef revient avec «Karma». Ce long métrage, quelque peu philosophique, a été projeté, jeudi, à la salle Maghreb, en hors compétition, au 11e Festival international d’Oran du film arabe qui se déroule jusqu’au 31 juillet.


Khaled Youssef, l’un des meilleurs élèves de Youssef Chahine, a quitté les bancs du Parlement, où il siège toujours dans le groupe de l’opposition, pour filmer une histoire dense ou plutôt une double histoire. Il y a, d’abord, Adham (Amr Saad), l’homme d’affaires musulman. Il mène ses affaires à la baguette se servant d’un réseau de laudateurs, d’hommes de confiance et de relais puissants au sein des centres de décision. Il veut raser les bidonvilles du Caire pour récupérer les terrains et construire des résidences luxueuses. «Je veux changer le visage du Caire», dit-il. Et quand, un ami à lui s’interroge sur le sort des habitants, il répond sèchement : «Le gouvernement n’a qu’à les jeter dans le Nil ». Pour lui, les pauvres sont des paresseux et des idiots. De l’autre côté de la ville, Watani (Amr Saad joue un double rôle), est un chômeur chrétien qui accuse les riches d’être des voleurs et des suceurs de sang. Il vit avec sa mère malade, son épouse et sa fille Karma. Endetté jusqu’au cou, il n’a pas les moyens de faire vivre sa famille, ni de soigner sa mère. Dans une mosquée abandonnée, il ne cesse de chercher un trésor. Un trésor qui n’existe peut-être que dans son imagination, comme il peut être réel. Adham et Watani se rencontrent dans le rêve et savent tous les détails de la vie de l’un et de l’autre. C’est là que la magie de Khaled Youssef intervient. Il laisse le spectateur perdu : s’agit-il de deux personnages ? D’un seul personnage ? Watani et Adham sont d’univers et de religions différents. Peuvent-ils être les mêmes ?

Entre fantaisie  et comédie noire
Adham est accompagné d’un psychologue qui lui explique ce qui se passe dans sa personnalité, perturbée par la mort tragique de la famille. Watani est, lui, livré à lui même, à ses douleurs et à ses fantasmes. Un échange de rôles intervient. La trame du film prend une autre allure. Devenu Adham, Watani se met à lutter contre la corruption alors que Adham dans la peau de Watani propose à son cousin de «bouger» pour trouver du travail et conseille aux voisins de nettoyer le quartier. «Même si vous êtes pauvres, rien ne vous empêche de vivre dans la propreté», lance-t-il. Les choses se compliquent davantage lorsque les entourages de Adham et de Watani pensent que les deux hommes se sont convertis à d’autres religions, puisque l’un donne de l’argent à l’église alors que l’autre fait le Ramadhan. «Mon pays ne saura-t-il pas me reconnaître si je change ma religion ?», s’interroge Adham dans la peau de Watani. Manière de souligner l’intolérance qui peut exister et qui peut remettre en cause les choix et les libertés individuels. Mêlant fantaisie, comédie noire et drame psychologique, «Karma», une histoire profondément humaine qui s’appuie sur des faits réels, repose, avec force, la question du décalage entre les classes, évoque le sens de l’existence, défend l’idée du droit à la différence, critique certains choix politiques et pioche dans la philosophie du bonheur, où plutôt la quête du bonheur. Watani, par exemple, trouve des lingots d’or. Mais, sont-ils réels ? Khaled Youssef, un nassériste convaincu, reste fidèle à ses convictions de cinéaste critique vis-à-vis des pouvoirs en place et d’acharné défenseur de la cause des couches défavorisées. Le film, qui s’étale sur 130 minutes, souffre parfois de dialogues lourds et directs, qui dévoilent l’intention du cinéaste de tout dire ou de trop dire. Cette écriture épaisse est apparue dans certaines scènes, même si Khaled Youssef a tenté d’alléger la trame du film par des moments «romantiques», comme ceux de la danse au Palais sous des lumières dorées. Sur le plan technique, Khaled Youssef a utilisé deux caméras différentes pour raconter deux univers différents, celui d’Adham et de Watani.

«Une vie parallèle»

Le cinéaste a voulu laisser, à première vue, le choix aux spectateurs de trouver un sens à cette histoire, laissant même la fin ouverte. Khaled Youssef, qui a soutenu la révolte du 25 janvier 2011, ne tranche rien, fait confiance à l’intelligence du public, à la force du cinéma et à la variété des lectures et des impressions. «Karma» semble être le fruit d’une mûre réflexion politique après sept ans de retrait de l’univers du septième art. «Dans ce pays, il y a deux choses dont ils ne faut pas s’approcher ou tenter de changer : la religion et le régime», dit l’un des personnages du film. Khaled Youssef a fait partie des cinquante personnalités qui ont écrit la nouvelle Constitution de l’Egypte d’après la révolte de 2011. «Nous n’avons pas réalisé les rêves de la Révolution pour une raison ou une autre. Mais, nous n’allons pas perdre espoir. Les créateurs défendent le rêve. L’art permet d’avoir une autre vie, celle que nous voulons. Le cinéma n’est pas uniquement un miroir du réel. Il fait partie de l’histoire. Le cinéma offre une vie parallèle qui vous permet de réaliser tous vos rêves», a-t-il confié aux journalistes à Oran. Khaled Youssef prépare actuellement un documentaire sur les mouvements fondamentalistes en Egypte et un long métrage de fiction sur l’âge d’or de l’Andalousie.

Lu 562 fois Dernière modification le lundi, 30 juillet 2018 15:06

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