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mardi, 31 juillet 2018 06:00

« Al Rihla », film irakien projeté en compétition : Un kamikaze peut-il retrouver son humanité ?

Écrit par Fayçal Métaoui
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Tout se passe à la gare de Bagdad. Le lieu est donc bien défini. L’histoire se déroule un jour de l’Aid El Adha, comme pour rappeler l’exécution de Saddam Hussein, un certain 30 décembre 2006. Le jeune cinéaste irakien Mohamed Al Darradji a tout tracé à la règle dans son nouveau long métrage, «Al Rihla» (le voyage), en compétition officielle au 11e Festival international d’Oran du film arabe.


Ce n’est pas un autre film sur le terrorisme qui lacère le corps de l’Irak depuis quinze ans, mais sur l’instant T, celui pendant lequel Sara (Zahra Ghandour), une kamikaze, venue, selon ses dires, « purifier » tout le monde, décide d’actionner la ceinture explosive qu’elle porte au milieu de la gare. Le cinéaste s’est appuyé sur un verset de la Sourate Qaf qui évoque « le regard en fer » du croyant. Le moment de la décision de Sara est déterminant également pour le cinéaste qui entend porter un regard sur la société irakienne post-Saddam. La gare et ses foules en sont le symbole. Dans cet espace du voyage, il y a une troupe musicale, une jeune mariée, un vieux couple avec un cercueil portant leur enfant, une fillette qui revend des roses, une femme qui abandonne son bébé, un garçon cireur et un groupe de gamins qui entend « imposer » sa loi au niveau de la gare. Et, il y a Salam (Ameer Jabarah) qui drague Sara avant de devenir son otage.


Des personnages sans passé
Salam tente de convaincre la kamikaze d’abandonner son acte destructeur surtout qu’il porte entre les mains un bébé, trouvé dans un cabas entre les rails. Salam et Sara se font embarqués par des militaires américains (l’image des soldats US est très rare dans le cinéma irakien en raison d’une censure non déclarée), mais qui ne se rendent compte de rien. L’officier américain est occupé à parler avec douceur au téléphone à sa fille en secouant Salam et Sara. Paradoxe? Salam fait montre d’une grande capacité de résistance face à la détermination froide de Sara, décidée d’aller jusqu’au bout en annonçant même à sa mère qu’elle ne viendra pas pour l’Aïd. Mohamed Al Darradji a sciemment choisi de ne rien révéler sur le passé de ses personnages. D’où vient Sara? Pourquoi est-elle devenue terroriste? Et pourquoi cherche-t-elle, à chaque fois, de se débarrasser d’une bague ? Le spectateur doit lui-même trouver des réponses à ces questions et essayer, à sa façon, de donner une continuité à l’histoire. « Lorsque je rencontre une personne dans une gare au moment où se déroule un drame, je ne cherche pas à savoir d’où elle vient. Je ne veux pas que mon film se termine avec la fin du générique. Que le spectateur cherche lui-même à savoir ce qui s’est passé à Sara. Je me suis posé la question : peut-on rendre son humanité, à un moment donné, à un kamikaze, à un extrémiste ou à un terroriste ? Peuvent-ils refaire leurs calculs à un moment précis et abandonner leurs actes ? », s’est interrogé Mohamed Al Darradji, lors d’une rencontre avec la presse, après la projection de son film à la salle Maghreb, à Oran.


Des commanditaires invisibles
Les commanditaires de Sara n’ont pas de visage. On les entend uniquement parler au téléphone. Dans la gare, une mariée, en robe blanche, change ses chaussures par des baskets et s’enfuit. La troupe musicale exécute des morceaux mélancoliques au moment où les autres voyageurs paraissent livrés à leurs tourments et à leurs rêveries. Les musiciens, la mariée et la fillette vendeuse de roses aident le vieux couple à porter le cercueil lorsque la gare ferme, à la tombée de la nuit, en raison d’un couvre-feu imposé après un attentat. Tout le monde se retrouve quelque part pour faire « la fête » avec des bougies placées partout. Il y a un côté comédie noire à la baltique dans le film de Mohamed Al Darradji. Son utilisation de la lumière comme élément dramatique puissant est parfaite. Et sa manière de croiser les personnages en gardant le même niveau de profondeur dans les dialogues est originale. La situation intenable de l’Irak, déchiré par les guerres multiples, donne de la matière épaisse à un cinéaste, formé à la bonne école, celle de la débrouillardise et de la liberté. « Al Rihla » est le premier film projeté dans une salle en Irak depuis 27 ans. Sorti en mars 2018, il a été projeté à Bagdad et dans six provinces du pays. Le film est distribué dans une douzaine de pays arabes par une société égyptienne. L’avant-première d’Al Rihla a eu lieu au Festival de Toronto (Canada). Depuis, le film a été sélectionné dans une trentaine de festivals à travers le monde. Fondateur, avec d’autres jeunes cinéastes, du Centre du film indépendant irakien, Mohamed Al Darradji est déjà à son cinquième long métrage. Il s’est distingué, en 2010, avec sa fiction « Fils de Babylone », suivi de « Dans les sables de Babylone ».

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