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mercredi, 01 août 2018 06:00

FIOFA / Projection du film « Tunis by night » à Oran : Portrait d’une société malade

Écrit par Fayçal Métaoui
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Le cinéma tunisien sort péniblement de l’étourdissement de l’après 14 janvier 2011. « Al thawra », la Révolution, a marqué la plupart des longs métrages de fiction et les documentaires sortis après le départ du régime de Zine Al Abidine Benali-Leila Trabelsi. Elyes Baccar, 47 ans, s’est intéressé aux bouleversements politiques en Tunisie à travers un documentaire « Rouge parole » (2011) et une fiction « Lost in Tunisia ». Avec « Tunis by night », projeté en compétition officielle au 11e Festival international d’Oran du film arabe, il achève ce qui ressemble à une trilogie à travers l’histoire d’une famille.

 


Youssef (Raouf Ben Amor) anime depuis vingt ans une émission nocturne à la Radio nationale. Il doit présenter la dernière émission avant de prendre sa retraite. Il veut évoquer, même en termes enrobés de poésie et de métaphores, l’incident de Sidi Bouzid, qui allait mettre le feu aux poudres et accélérer le départ des régents de Carthage. Il est censuré en plein antenne. Sa parole est remplacée par un chant patriotique. Sa fille Aziza (Amira Chebli) sombre dans l’alcool et la drogue. Habituée à la vie nocturne, elle refuse d’écouter les conseils de son frère aîné (Helmi Dridi) et sa mère (Amel Hedhili). La mère est obligée, presque chaque soir, de porter jusqu’à la maison son époux, ivre. Le frère, qui ne semble pas être un bad guy, aide sa mère, déjà malade, à surmonter les épreuves des jours qui passent. Il contribue quelque peu à l’équilibre de la famille déjà fissurée par l’indifférence du père.

Critique des milieux de gauche
Youssef, qui flâne dans une ville méconnaissable, retrouve son vieux quartier où des souvenirs lui reviennent. Sa fille, dépressive, tente de se suicider. Que se passera-t-il ? Aura-t-il le temps de recoller les morceaux? Pourra-t-il sauver sa famille? « Tunis by night », qui s’appuie sur l’expression musicale comme un complément dramatique, dépeint une société tunisienne malade, fracturée et indécise. La famille de Youssef est partagée entre un père absent et brisé, une mère hésitant entre l’éclat de la vie et la grisaille du conservatisme, un frère réfugié dans la carapace religieuse et une fille ne sachant quoi faire de sa liberté. Elyes Baccar a choisi de donner à Aziza la possibilité de vivre comme elle l’entend, de sortir le soir et de n’entrer à la maison que pour dormir, c’est presque le contraire du frère. Renversement de rôles ? Habituellement, dans une société comme celle de la Tunisie, les garçons font ce qu’ils veulent et les filles entrent à la maison avant la tombée de la nuit. En dépit d’un scénario qui manque d’ambition et qui a presque défini de quel côté sont les bons, « Tunis by night » porte une critique féroce sur la Tunisie actuelle marquée par des divisions à plusieurs niveaux y compris dans la sphère intellectuelle. Elyas Baccar a tenté de ramener la réflexion sur plusieurs sujets à la fois : la politique, la religion, les médias, l’hypocrisie sociale, le rapport au corps, l’orientation sexuelle, la place des parents et la liberté. Des milieux idéologiques de gauche tunisiens ont reproché au cinéaste d’avoir servi la soupe aux islamistes. Des reproches presque inévitables dans un pays où la surpolitisation est devenue aveuglante. Le cinéma n’y échappe pas. Elyas Baccar a rejeté ce qui a été dit sur son film. « J’ai l’impression que certains progressistes sont devenus plus extrémistes que les extrémistes eux-mêmes. C’est vraiment triste de voir certains progressistes qui n’acceptent presque plus la différence, même si celle-ci est modérée. Je ne prends parti pour personne dans mes œuvres. Je dépeins une partie de la société loin de toute position personnelle. Après, chacun y voit ce qu’il veut », a-t-il déclaré dans une interview à un journal belge. Elyas Baccar n’a pas pu faire le déplacement à Oran.n

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