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mercredi, 06 juin 2018 06:00

Santé/Médecine/Edition : Hypnose thérapeutique, le plaidoyer du professeur Farid Kacha

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Dans le traitement des pathologies dont elles s’occupent, la psychiatrie et les psychothérapies en Algérie négligent l’hypnose et en restent éloignées, alors que le bénéfice qu’elle peut apporter aux médecins dans les soins des troubles anxieux et mentaux dans notre pays est certain. Voilà, en première partie, le contenu du livre intéressant que vient de publier le professeur Farid Kacha aux éditions Casbah et par lequel il appelle, en seconde partie, à rattraper cette négligence et réhabiliter une pratique qui peut beaucoup servir dans la guérison de certaines maladies et affections ; à condition qu’elle ne sorte pas du cadre scientifique et médical propre et qu’elle s’applique par des praticiens non seulement compétents mais présentant la nécessaire garantie de confiance qui doit les lier aux patients.

Pour son plaidoyer, car c’en est un, qui s’accompagne d’ailleurs de l’argument et du rappel aux cliniciens algériens qu’on assiste aujourd’hui dans le monde à un regain d’intérêt significatif pour l’hypnose et l’hypno-thérapie, le professeur Kacha, figure importante de la psychiatrie en Algérie, doit-on le rappeler, convie ses lecteurs à un tour d’horizon passionnant des connaissances de cette médecine particulière. L’auteur fait une brève histoire des origines multiples, lointaines et complexes de l’hypnose, il passe en revue ses grandes écoles, détaille ses méthodes d’application et explique pourquoi, avant le renouveau d’aujourd’hui, la technique a longtemps souffert des réticences des milieux scientifiques et médicaux. Le principal coupable, explique-t-il, a été la psychanalyse et l’influence considérable qu’elle a exercée depuis Freud et jusqu’à récemment sur les psychiatres et les psychothérapeutes qui, dans la prise en charge des pathologies, n’ont cru qu’à l’inconscient, presque pas au conscient.
«Au cours du siècle dernier, écrit le professeur Kacha, l’hypnose a été la grande absente du champ de la médecine et des psychothérapeutes, en grande partie à cause de l’hégémonie de la pensée psychanalytique». On a cru pendant longtemps que «l’hypnose, contrairement à la psychanalyse et à l’idée qu’on s’en faisait (laisser le patient libre), «était dans l’imaginaire thérapeutique du côté de la domination, de la suggestion et de la manipulation». Or, rectifie le professeur Kacha, «mettre un patient dans un état hypnotique n’est pas une fin en soi, le but recherché par les soignants n’étant pas une modification de la conscience, mais l’amélioration des conditions psychologiques du patient.
Pour les soignants, donc, le recours à l’hypnose ne peut donc se justifier et se comprendre que s’il s’intègre dans le cadre d’une prise en charge thérapeutique globale». L’hypno-thérapeute, pour reprendre une image amusante créée par Walt Disney à partir du livre de la jungle de Rudyard Kipling, ce n’est pas ce grand serpent débonnaire et fourbe, Kaa, qui tente d’endormir le jeune Mowgli pour l’engloutir. Ce n’est pas non plus cette mauvaise réputation à l’hypnotiseur et qu’on est allé chercher depuis le XIXe siècle notamment du côté du monde du spectacle, des illusionnistes, du cirque et de la magie, après le mauvais sort réservé au mesmérisme au passage. Le médecin hypno-thérapeute ne peut pas tout faire de son patient. Son éthique est fondamentale.

L’hypnose, un champ d’application vaste, des interdits aussi

Son «rôle thérapeutique majeur» ne consiste pas non plus uniquement à l’humanisation de la relation praticien/patient, insiste le professeur Kacha qui ouvre là un débat dans le débat sur la nécessaire remise à l’honneur de la pratique hypnotique dans le champ médical dans notre pays. Selon les cas qu’il cite (certains pris de sa propre expérience), il est de guérir certaines pathologies chez l’enfant et l’adulte comme les affections psychosomatiques, les troubles de sommeil, en dermatologie ; et l’hypnose peut être utilisée, selon le cas de ce médecin anesthésiste de l’hôpital Mustapha dont il parle, jusque dans les interventions chirurgicales mineures. Elle est indiquée pour «la prise en charge des patients alcooliques et tabagiques», «les préparations à l’accouchement et dans les douleurs chroniques» dans les cabinets dentaires et pour les «troubles dissociatifs»…
Elle est interdite chez les «patients psychotiques délirants», les «personnalités paranoïaques», les «patients border line» ou «prépsychotiques» et «les enfants de moins de six ans». Elle est à éviter pour «les patients passionnés, qui demandent avec insistance d’explorer leur passé traumatique à la recherche d’un abus ou d’un attouchement subis pendant leur enfance, des faux souvenirs, explique le professeur, peuvent entraîner des comportements inappropriés ou dangereux de violence et de vengeance», avertit l’auteur qui prodigue même quelques recommandations aux praticiens débutants «qui désirent utiliser l’hypnose pour soulager leurs patients». Et propose des pistes de réflexion sur «l’hypnose animale» dans les grandes migrations par exemple et le «rôle de l’état hypnotique dans la survie des animaux dans leur milieu naturel».
De structure classique, son ouvrage peut être classé dans le genre d’écrits universitaires de vulgarisation du type «Introduction» ou «Initiation à…». On peut tout aussi bien le considérer comme un cours magistral au sens véritable du terme sur les différents aspects de l’hypnose et toutes les questions qu’on peut se poser à son sujet. Son grand propos, cependant, est de suggérer, voire d’affirmer qu’il y a dans l’hypno-thérapie moderne un moyen d’innover en psychiatrie et dans les psychothérapies en Algérie en repensant le système de formation actuelle dans les hôpitaux algériens. Le professeur Kacha s’appuie entre autres sur les travaux de celui qui est considéré comme le pape de l’hypnose moderne, l’un des fondateurs, le psychiatre Milton H. Erickson, mort en 1980. Il s’adosse également sur sa propre expérience – il a enseigné et pratiqué l’hypnose pendant plus de 30 ans notamment à l’hôpital Boucebci à Chéraga - au travers de laquelle on sent le souci d’interroger avec la distance nécessaire au clinicien et pour des besoins de déconstruction intellectuelle et scientifique les connexions qui peuvent exister entre l’hypno-thérapie et l’univers des talebs et des exorcistes qui s’emploient à capter et dompter l’invisible et d’en soulager ceux qui en souffrent et qui les sollicitent comme on le voit encore de nos jours.
«J’ai conservé pendant toute mon adolescence un profond sentiment de malaise et une étrange peur liée aux scènes de confrontation entre mon oncle et les invisibles djinns. Beaucoup plus tard, quelques années après avoir terminé mes études, j’ai eu l’occasion de me former à la thérapie par l’hypnose. Quelle ne fut alors ma surprise de découvrir une similitude troublante entre les personnes en état d’hypnose et les états que provoquait mon oncle. Le rapprochement méticuleux des scenarii ne permettait aucun doute, seule la conceptualisation de la souffrance différait, ce qui me laissait par ailleurs supposer l’existence préalable d’une complicité culturelle entre exorciste/possédé. Après cette curieuse constatation, je me suis proposé d’appeler ces états relevant de l’exorcisme ‘’hypnose traditionnelle’’», écrit le professeur Kacha qui semble prendre le parti que tout n’est pas à rejeter dans ces formes de «cures» (les guillemets sont de lui) si on les considère rationnellement et que la prise en considération du fonds culturel et identitaire est souhaitée pour penser l’hypno-thérapie dans la psychiatrie de demain.
La souffrance personne n’y échappe et toute théorie pour la soulager peut n’être que partiellement vraie. A lire.
Farid Kacha, L’hypnose, le chaman, l’exorciste et Erickson, Casbah Editions, Alger, avril 2018.
Prix : 850 DA.

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