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jeudi, 19 juillet 2018 06:00

Aéronautique : Farnborough, Un salon pour un marché très florissant

Écrit par Salim Bennour

Depuis lundi dernier, le Salon aéronautique de Farnborough près de Londres bat son plein avec, en toile de fond, le match Boeing-Airbus. Les deux principaux avionneurs mondiaux ont annoncé à l’occasion plusieurs commandes dès les premières heures du salon.


L’Américain d’abord, avec une commande de quatorze 777 en version fret au profit de DHL pour 4,7 milliards de dollars au prix catalogue. Airbus, ensuite, avec 27 A350 pour le long-courrier par les compagnies chinoises Sichuan Airlines et taïwanaise Starlux, pour près de 8,8 milliards de dollars. Les deux géants ont poursuivi sur le segment moyen-courrier, avec la commande de 30 737 MAX par le loueur d’avions Jackson Square Aviation (3,5 milliards de dollars), et celle de 50 A320 (5,5 milliards de dollars). Ces annonces en rafale confirment la bonne santé du marché qui devrait doubler en volume d’ici 20 ans. « Nous continuons à voir le marché de l’aérospatial croître très fortement », a déclaré, dimanche dernier, le P-DG de Boeing, Dennis Muilenburg, à la veille du salon. Avant-hier, mardi, le géant américain a déclaré prévoir un doublement de la flotte mondiale d’avions d’ici 20 ans et un marché des services autour de leur exploitation de 15.000 milliards de dollars, témoin de l’optimisme du secteur porté par la hausse du trafic planétaire. « Au cours des 20 prochaines années, nous prévoyons une demande totale de 15.000 milliards de dollars, lorsque vous prenez la demande de nouveaux avions ainsi que les services commerciaux », a déclaré Randy Tinseth, son vice-président en charge du marketing du géant américain. « Nous voyons une demande totale d’avions neufs (d’une valeur) de 6 300 milliards de dollars, (...) à cela s’ajoute une demande pour 8 800 milliards de dollars de services commerciaux », a-t-il dit en présentant les perspectives commerciales de Boeing. Airbus, qui a présenté ses propres prévisions en amont du salon, table également sur un doublement de la flotte mondiale d’avions de ligne au cours des 20 prochaines années. Le géant européen évalue également à 4 600 milliards de dollars la demande mondiale de services commerciaux des compagnies aériennes d’ici 2037, a-t-il annoncé mardi. Ces services concernent notamment la maintenance, la formation, l’optimisation des opérations de vol et l’expérience passager, en particulier l’aménagement des cabines et la connectivité à bord. Cette prévision est inférieure à celle de Boeing, mais les calculs des deux avionneurs ne recouvrent pas les mêmes périmètres, indiquent les observateurs.
Les deux avionneurs entendent tirer profit de cette croissance pour se renforcer dans les services. Le géant de Seattle s’est doté fin 2016 d’une troisième division, Boeing Global Services (BGS), aux côtés de ses deux piliers constitués par l’aviation commerciale d’un côté, la défense et l’espace de l’autre. Il vise un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars dans ce domaine d’ici dix ans, dans le civil et le militaire. Airbus a pris le même chemin, et vise un chiffre d’affaires de 10 milliards de dollars à la même échéance, notamment grâce à sa plate-forme, Skywise, destinée à la gestion des flottes d’avions grâce au big data et à la maintenance prédictive. La croissance du secteur est portée par les pays émergents et l’apparition d’une classe moyenne qui prend de plus en plus l’avion. « Ces marchés ont des populations importantes, des économies qui croissent rapidement et en conséquence nous avons un rapide augmentation des classes moyennes », a souligné Randy Tinseth. Le segment moyen-courrier, avec notamment le 737 MAX et l’A320neo, profite à plein de cette croissance. Cette bonne santé du marché se reflète dans les commandes annoncées par les deux géants lors du salon, où au deuxième jour l’avionneur européen a déjà annoncé des accords pour 50 milliards de dollars au total et son concurrent américain pour 48 milliards.


Boom technologique et guerre commerciale
Les deux avionneurs n’entendent pas pour autant en rester là. Boeing a annoncé à l’occasion de ce salon la création d’une nouvelle entité baptisée « Boeing NeXt » autour des enjeux du vol autonome et de la gestion du trafic aérien sans pilote.
« Nous arrivons à un moment de l’histoire où les avancées technologiques et les tendances sociétales convergent et requièrent des solutions audacieuses et une nouvelle façon de voyager », a déclaré Greg Hyslop, directeur de la technologie chez l’avionneur américain. « Avec Boeing NeXt, nous entendons capitaliser sur notre capacité à ouvrir de nouvelles frontières pour transporter les hommes et les marchandises au moyen de technologies éprouvées ». Ce segment est également dans la ligne de mire d’Airbus, qui a fait voler quelques dizaines de secondes en début d’année son véhicule volant autonome à décollage vertical. Vahana est un aéronef à décollage et atterrissage vertical (VTOL, vertical take-off and landing) autonome, capable de voler seul de manière autonome et qui pourrait emporter des passagers ou du fret. Se rendre de Saint-Louis (Missouri) à Chicago prend 40 minutes en avion pour un trajet de plus de 400 km, mais il vous faut une heure et demie pour vous rendre de l’aéroport au bureau, a fait valoir Greg Hyslop, pour appuyer la pertinence de ces solutions de transport. Selon lui, ce type de véhicules « voleront dans quelques années » grâce aux nouvelles technologies et l’Intelligence artificielle. « Nous avons revu à la hausse nos estimations pour les 20 prochaines années. Nous estimons que le monde aura besoin d’environ 43.000 nouveaux avions commerciaux », a-t-il précisé. Airbus, qui a publié ses propres prévisions la semaine dernière, estime le besoin à 37.390 avions et cargo neufs au cours des 20 prochaines années, pour une valeur de 5.800 milliards de dollars.  Le géant européen évalue la flotte mondiale d’avions en service en 2037 à 48.000 appareils à la faveur d’une croissance du trafic aérien solide de 4,4% par an. Boeing publiera le détail de ses propres estimations mardi, au deuxième jour du salon aéronautique. Loin de les affaiblir, la rivalité qui oppose les deux géants a consacré leur omnipotence sur le marché et leur a permis de se renforcer au travers d’alliances avec leurs rivaux plus petits, le Canadien Bombardier et le Brésilien Embraer. Airbus et Bombardier ont annoncé leur rapprochement spectaculaire en octobre dernier autour du programme CSeries du Canadien, rebaptisé depuis A220. Les deux avionneurs espèrent vendre «au moins 3.000» exemplaires au cours des 20 ans à venir, ce qui représente 50% de ce marché. De son côté, Boeing a annoncé un partenariat grâce auquel il s’empare de la totalité des activités civiles d’Embraer pour 3,8 milliards de dollars. Cette opération, effective en 2019, lui permettra de concurrencer son rival européen mais l’américain voit plus loin et mise sur les domaines de la recherche et développement et des services. Car par-delà ces rapprochements, les deux géants ont décidé de tirer profit de la croissance dans les services et la maintenance qui accompagne celle de la flotte d’avions dans le monde, grâce notamment au numérique et au big data. Mais si les perspectives à long terme sont extrêmement favorables, des nuages viennent assombrir le tableau à plus court terme: le Brexit mais aussi les menaces de guerre commerciale notamment entre la Chine et les Etats-Unis. Le patron de Boeing a fait part de sa préoccupation à ce sujet, même si aucun effet ne s’est fait sentir à ce jour, a-t-il indiqué.
« L’aérospatial se nourrit du commerce mondial, d’un commerce libre et ouvert », a souligné Dennis Muilenburg.

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