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samedi, 08 décembre 2018 06:00

France/Mouvement des « Gilets jaunes » : Tension et inquiétude maximales avant un samedi à haut risque

Écrit par Fabien ZAMORA/AFP/ Raoul Vaneigem
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Tension et inquiétude maximales en France vendredi à la veille de nouvelles manifestations des «gilets jaunes» qui font craindre de nouvelles émeutes à Paris, un scénario que le gouvernement veut éviter à tout prix, qualifiant la fronde des Français modestes de «monstre» hors de contrôle.

«Force restera à la loi», a prévenu vendredi matin le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner en présentant le dispositif sécuritaire «de grande envergure» à cette occasion. Les forces de l’ordre déploieront notamment des véhicules blindés de la gendarmerie à même de détruire d’éventuelles barricades qui pourraient fleurir dans les rues de Paris comme samedi dernier et dont les images ont fait le tour du monde. L’Exécutif martèle qu’il est en alerte maximale. Il bat le rappel du sentiment républicain parmi les Français, étalant une grande inquiétude face à un éventuel risque insurrectionnel. «Ces trois dernières semaines ont fait naître un monstre qui a échappé à ses géniteurs», a déclaré le ministre pour qualifier la fronde des «gilets jaunes», ces Français modestes dénonçant la politique fiscale et sociale du gouvernement, devenue creuset de toutes les contestations françaises, comme celle des lycéens. Le recul du gouvernement sur la fiscalité du carburant, boutefeu de la colère, n’a pas permis d’apaiser un mouvement déstructuré, évoluant hors des cadres établis, et sans leader. Au total, 89.000 policiers et gendarmes seront déployés dans toute la France samedi pour éviter de revivre les scènes de la semaine précédente. Affrontements sous l’arc de Triomphe, barricades enflammées dans les beaux quartiers, pillages, avenues huppées noyées de gaz lacrymogène pour tenter de disperser des gilets jaunes et des casseurs incontrôlables. Un dispositif «sans précédent», a commenté le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey.

Tour Eiffel, musées fermés
Le gouvernement a assuré que les forces de l’ordre seront plus mobiles pour répondre «plus efficacement à la stratégie de dispersion et de mouvement des casseurs», qui seront présents, car «tout laisse à penser que des éléments radicaux vont tenter de se mobiliser». Sur les réseaux sociaux, principal vecteur d’organisation des «gilets jaunes», certains mots d’ordre évoquent clairement un changement de régime ou un départ du président Emmanuel Macron, toujours mutique, qui doit s’exprimer théoriquement en début de semaine prochaine sur cette grave crise. Conscient qu’il cristallise le ressentiment d’une part importante des Français, le chef de l’Etat, élu en 2017 en se présentant comme l’homme du changement et du renouveau et qui est très impopulaire d’après les sondages, «ne souhaite pas mettre d’huile sur le feu et par conséquent n’a pas l’intention de s’exprimer avant samedi», a annoncé vendredi le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. Tour Eiffel fermée, musée du Louvre, d’Orsay, Pompidou fermés également, rideaux baissés sur la scène de l’Opéra, nombreux matchs de foot reportés, magasins barricadés... La France se claquemure et retient son souffle et l’appareil d’Etat déploie son arsenal.
«On ne peut pas prendre le risque» d’être pillé commentait vendredi un responsable d’un magasin de motos Ducati tout près de l’Arc de triomphe, alors que les luxueuses motos italiennes étaient évacuées de Paris par camion. Le procureur de Paris Rémy Heitz a annoncé avoir pris des mesures pour permettre aux policiers d’interpeller des personnes venues «en découdre avec les forces de l’ordre» en amont des manifestations. Dans certaines zones, les autorités interdisent de manifester, comme dans le Nord de la France. Parmi les autres contestataires qui tentent de s’agglomérer à la révolte, certains lycéens continuaient vendredi de manifester, bloquant certains établissements, et provoquant eux aussi des violences urbaines et des affrontements avec les forces de l’ordre, notamment en région parisienne. Jeudi 146 personnes ont été interpellées dans un lycée d’une banlieue sensible après des affrontements. La gauche crie au scandale après la diffusion d’images de plusieurs dizaines de lycéens, mains entravées ou sur la tête, à genoux ou assis au sol. «L’image est forcément choquante. Il y a eu des images choquantes parce que nous sommes dans un climat d’une violence exceptionnelle», a commenté le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. En revanche, les routiers, qui avaient menacé de faire grève, ont renoncé à leur mobilisation.n


Les raisons de la colère


On est en droit de s’étonner du temps qu’il a fallu pour que sortent de leur léthargie et de leur résignation un si grand nombre d’hommes et de femmes dont l’existence est un combat quotidien contre la machine du profit, contre une entreprise délibérée de désertification de la vie et de la terre.
Comment a-t-on pu tolérer dans un silence aussi persistant que l’arrogance des puissances financières, de l’État dont elles tirent les ficelles et de ces représentants du peuple, qui ne représentent que leurs intérêts égoïstes, nous fassent la loi et la morale.
Le silence en fait était bien entretenu. On détournait l’attention en faisant beaucoup de bruit autour de querelles politiques où les conflits et les accouplements de la gauche et de la droite ont fini par lasser et sombrer dans le ridicule. On a même, tantôt sournoisement, tantôt ouvertement, incité à la guerre des pauvres contre plus pauvres qu’eux, les migrants chassés par la guerre, la misère, les régimes dictatoriaux. Jusqu’au moment où l’on s’est aperçu que pendant cette inattention parfaitement concertée la machine à broyer le vivant tournait sans discontinuer.
Mais il a bien fallu s’aviser des progrès de la désertification, de la pollution des terres, des océans, de l’air, des progrès de la rapacité capitaliste et de la paupérisation qui désormais menace jusque-là simple survie des espèces - dont la nôtre. Le silence entretenu par le mensonge de nos informateurs est un silence plein de bruit et de fureur.
Voilà qui rectifie bien des choses. On comprend enfin que les vrais casseurs sont les Etats et les intérêts financiers qui les commanditent, pas les briseurs de ces vitrines de luxe qui narguent les victimes du consumérisme et de la paupérisation croissante avec le même cynisme que les femmes et les hommes politiques, de quelque parti ou faction qu’ils se revendiquent.
Celles et ceux qui prirent la Basille le 14 juillet 1789 n’avaient guère connaissance, si ce n’est par de vagues lueurs, de cette philosophie des Lumières, dont ils découvriront plus tard qu’ils avaient, sans trop le savoir, mis en pratique la liberté que voulaient éclairer les Diderot, Rousseau, d’Holbach, Voltaire. Cette liberté c’était d’abattre la tyrannie. Le refus viscéral des despotismes a résisté à la guillotine des jacobins, des Thermidoriens, de Bonaparte, de la restauration monarchiste, elle a résisté aux fusilleurs de la Commune de Paris, elle a passé outre à Auschwitz et au goulag.
Certes s’emparer de l’Elysée serait faire trop d’honneur à l’ubuesque palotin que l’Ordre des multinationales a chargé des basses besognes policières. Nous ne pouvons nous contenter de détruire des symboles. Brûler une banque, ce n’est pas foutre en l’air le système bancaire et la dictature de l’argent. Incendier les préfectures et les centres de la paperasserie administrative, ce n’est pas en finir avec l’État (pas plus que destituer ses notables et prébendiers)
Il ne faut jamais casser les hommes (même chez quelques flics, il reste une certaine conscience humaine à sauvegarder). Que les gilets jaunes aient plutôt choisi de casser les machines qui nous font payer partout et de mettre hors d’état de nuire les excavatrices qui creusent à travers nos paysages les tranchées du profit, c’est un signe encourageant du progrès humain des révoltes.
Autre signe rassurant : alors que les foules, les rassemblement grégaires, sont aisément manipulables – comme ne l’ignorent pas les clientélismes qui sévissent de l’extrême gauche à l’extrême droite - on note ici, au moins pour le moment, l’absence de chefs et de représentants attitrés, ce qui embarrase bien le pouvoir ; par quel bout saisir cette nébuleuse en mouvement ? On observe çà et là que les individus, habituellement noyés dans la masse, discutent entre eux, font preuve d’un humour créatif, d’initiatives et d’ingéniosité, de générosité humaine (même si des dérapages sont toujours possibles.)
Du mouvement des gilets jaunes émane une colère joyeuse. Les instances étatiques et capitalistes aimeraient la traiter d’aveugle. Elle est seulement en quête de clairvoyance. La cécité des gouvernants est toujours à la recherche de lunette.
Une dame en jaune déclare : « Je voudrais bien qu’il m’explique Macron, qui habite un palais, comment je peux vivre avec 1 500 euros par mois» Et comment les gens peuvent supporter les restrictions budgétaires qui affectest la santé, l’agriculture non industrielle, l’enseignement, la suppression des lignes de chemin de fer, la destruction des paysages au profit de complexes immobiliiers et commerciaux ?
Et la pétrochimie et la pollution industrielle qui menace la survie de la planète et ses populations ? A quoi Palotin Ier répond par une mesure écologique. Il taxe le carburant que doivent acheter les usagers. Cela le dispense de toucher aux bénéfices de Total et consorts. Il avait déjà montré son souci environnemental en envoyant 2 500 gendarmes détruire, à Notre-Dame des Landes, les potagers collectifs, la bergerie, les autoconstructions et l’expérience d’une société nouvelle.
Et que dire des taxes et des impôts qui, loin de profiter à celles et ceux qui les paient, servent à renflouer les malversations bancaires ? Des hôpitaux manquant de personnel médical ? Des agriculteurs renaturant les sols, privés de subventions qui vont à l’industrie agroalimenaire et à la pollution de la terre et de l’eau ? Des lycéennes et des lycéens parqués dans des elevages concentrationnaires où le marché vient choisir ses esclaves ?
« Prolétaires de tous les pays, disait Scutenaire, je n’ai pas de conseils à vous donner. »
A l’évidence, comme le vérifie la vogue du totalitarisme démocratique, tous les modes de gouvernement, du passé à nos jours, n’ont fait qu’agraver notre effarante inhumanité. Le culte du profit met à mal la solidarité, la générosité, l’hospitalité.
Le trou noir de l’effficacité rentable absorbe peu à peu la joie de vivre et ses galaxies. Sans doute est-il temps de reconstruire le monde et notre existence quotidienne. Sans doute est-il temps de « faire nos affaires nous-mêmes », à l’encontre des affaires qui se trament contre nous et qui nous défont.
Si l’on en juge par les libertés du commerce, qui exploitent et tuent le vivant, la liberté est toujours frêle. Un rien suffit pour l’inverser et la changer en son contraire. Un rien la restaure. Occupons-nous de notre propre vie, elle engage celle du monde.
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lRaoul Vaneigem est l’auteur de « Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande ». Réflexion sur l’autogestion de la vie quotidienne Payot Rivage, octobre 201

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