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mardi, 07 août 2018 17:13

Iran/Etats-Unis : Téhéran face au «hard power» US

Écrit par Anis Remane
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Les semaines et les mois qui viennent risquent d’être très difficiles pour les Iraniens après l’entrée en vigueur, hier mardi, des nouvelles sanctions économiques américaines. Alors que la situation économique dans leur pays est devenue préoccupante, marquée par un taux de chômage élevé, une monnaie chancelante, le rial a perdu près des deux tiers de 

sa valeur en six mois, et une inflation galopante, les nouvelles restrictions annoncées par Washington risque de l’aggraver en dépit du fait que les Européens, autres partenaires importants de l’Iran, y soient hostiles.

La première vague de sanctions américaines, qui a pris effet hier mardi, comprend des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale. Elle sera suivie, en novembre, de mesures affectant le secteur pétrolier et gazier ainsi que la Banque centrale.

Ces sanctions, qui portent la marque du «hard power» US, seront accompagnées de mesures de pressions des Etats-Unis sur les pays qui commercent avec l’Iran. Le président Donald Trump leur a lancé un avertissement au cas où ils persisteraient dans leurs échanges économiques et commerciaux avec Téhéran. «Les sanctions contre l’Iran sont officiellement en place. Ce sont les sanctions les plus dures jamais imposées et en novembre elles augmenteront encore à un autre niveau», a tweeté M. Trump. «Quiconque faisant des affaires avec l’Iran ne fera PAS d’affaires avec les Etats-Unis. Je demande la PAIX MONDIALE, rien de moins», a-t-il ajouté. Le constructeur allemand Daimler a annoncé mardi cesser ses activités en Iran malgré l’annonce par l’Union européenne de son intention de «protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des affaires légitimes avec l’Iran». Cette annonce est une victoire pour l’administration Trump mais les pays de l’UE se disent «déterminés» à «protéger les opérateurs économiques européens engagés dans des affaires légitimes avec l’Iran».

 

Bras de fer et «guerre psychologique»

Jusqu’à quel point ? Dans cette affaire l’UE joue sa crédibilité en tant qu’acteur géopolitique et géoéconomique. L’attitude «soft» qu’elle a eue depuis la décision de Washington de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien a montré une volonté de résistance face au diktat des Etats-Unis. De très nombreux opérateurs européens d’envergure internationale ont cependant des intérêts et des marchés importants aux Etats-Unis et il n’est pas sûr qu’ils souhaitent les sacrifier. A moins d’un rebondissement, donc, le bras de fer opposera davantage les Etats-Unis et l’Iran ; et, au vu des déclarations de l’un et de l’autre, il risque de se durcir. L’Iran, en effet, refuse les propositions de nouvelles négociations avec les Etats-Unis. Son président, Hassan Rohani, les juge «insensées». Dans un entretien télévisé, lundi dernier, à quelques heures du rétablissement des sanctions américaines, M. Rohani a accusé Washington de «vouloir lancer une guerre psychologique contre la nation iranienne et provoquer des dissensions» parmi les Iraniens.

«Si vous êtes un ennemi et que vous poignardez quelqu’un avec un couteau, et qu’ensuite vous dites que vous voulez des négociations, la première chose à faire c’est d’enlever le couteau», a dit M. Rohani. Il a précisé que son pays «avait toujours fait bon accueil à des négociations», mais que les Etats-Unis devaient d’abord prouver leur bonne foi. «Comment peuvent-ils montrer qu’ils sont dignes de confiance? En revenant au JCPOA», a-t-il indiqué, en référence à l’accord nucléaire. Il s’agissait de la première réaction de M. Rohani aux appels à négocier lancés par le président américain Donald Trump, qui souffle le chaud et le froid. «Le régime iranien est confronté à un choix», a-t-il dit dans un communiqué, lundi dernier. «Soit il change son attitude menaçante et déstabilisatrice, et il pourra retourner dans le giron de l’économie mondiale, soit il continue sur la route de l’isolement économique». Mais M. Trump a aussi souligné qu’il restait «ouvert» à un «accord plus global qui concernerait l’ensemble de ses activités néfastes, y compris son programme balistique et son soutien au terrorisme». A suivre les déclarations du président Trump, ce n’est pas seulement le programme nucléaire civil iranien qui est ciblé. Son administration vise à affaiblir stratégiquement l’Iran à qui il est reproché d’avoir un rôle contraire aux intérêts américains et à ceux d’Israël, son allié dans la région : en Syrie, au Yémen, et de soutenir le Hezbollah libanais ainsi que le Hamas palestinien à Gaza.

La carte jouée par Washington est de faire l’Iran le Vénézuela du Moyen-Orient en affaiblissant son économie déjà à bout de souffle et source potentielle de désordre: la semaine dernière, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de manifestations sporadiques et de grèves, fruits du mécontentement face à la situation détériorée, à la classe politique mais aussi au manque d’eau causé par la sécheresse.

M. Rohani, qui avait tout misé sur l’accord nucléaire, a aujourd’hui bien du mal à défendre sa politique et voit ses soutiens s’étioler, selon des experts. Mais, l’ayatollah Ali Khamenei, premier personnage de l’Etat et ultime décideur dans les dossiers sensibles, ne voudrait pas qu’il échoue dans sa tentative de modifier sa politique, disent-ils. Devant la chute de la monnaie nationale et à la contestation sociale, son gouvernement a annoncé un assouplissement des mesures encadrant le taux de change du rial. Les bureaux de change, fermés en avril, devraient notamment être rouverts, même si leur activité sera strictement surveillée. Des responsables accusés de corruption et de spéculation ont en outre été arrêtés.

 

SANCTIONS AMÉRICAINES : LA RUSSIE «PROFONDÉMENT DÉÇUE»

La Russie s’est dite hier mardi «profondément déçue» par le rétablissement des sanctions américaines contre l’Iran, assurant qu’elle ferait «tout le nécessaire» pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien dont Washington cherche selon elle à «saper» l’application.

Ces sanctions «visent à saper l’application du plan d’action conjoint (sur le nucléaire iranien), dont est sorti unilatéralement Washington le 8 mai», indique un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères. Moscou «fera tout le nécessaire» pour protéger l’accord et ses liens économiques avec l’Iran, a assuré la diplomatie russe, qui ajoute «confirmer (son) soutien» à cet accord négocié de longue date.

«Il s’agit d’un exemple clair que Washington continue de violer la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations Unies (portant sur le plan d’action conjoint) et la loi internationale», a-t-elle dénoncé.

«La communauté internationale ne doit pas accepter que des réussites importantes d’une diplomatie multilatérale soient sacrifiées par les ambitions américaines concernant un règlement de comptes avec l’Iran», a-t-elle martelé. «Comme le montre l’expérience de nombreuses années, obtenir des concessions de l’Iran par la voie de la pression ne fonctionne pas», a souligné Moscou. Les Etats-Unis considèrent les sanctions «comme un moyen de pression pour que l’Iran revienne à la table des négociations, afin de modifier les conditions de l’accord à sa convenance. Cela ne se produira pas», estime pour sa part l’expert John Glaser, du think tank Cato Institute.

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