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mercredi, 11 juillet 2018 06:00

Tlemcen / Tahammamit, une piscine naturelle lovée entre Aïn El Hout et Ouzidan : Une invitation aux plaisirs de l’eau et au farniente

Écrit par El Halloui Tlemçani
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Située dans un paysage bucolique, à équidistance entre le village d’Ouzidan et celui de Aïn El Hout (à 19 km au nord-est de Tlemcen), la source thermale dite Tahammamit constitue une curiosité touristique de la région.

Les habitants disent indifféremment Tihammamit (Tahammamine ou Tihammamine). Ce mot est composé d’une racine arabe Hammam, à laquelle on a accolé le préfixe tamazight Ta et Ti. On sait qu’en berbère Ti marque le masculin et Ta le féminin. A partir de Aïn El Hout, on emprunte sur deux kilomètres une piste large, mais non carrossable, dont le départ se trouve en face de la salle de consultations sous un immense térébinthe. D’ouzidane (lieux doux en berbère de par sa richesse en eau et en vergers), on peut s’y rendre par le village de Hamri ou Sidi Yahia via le cimetière de Sidi Laïdouni. A 30 mn à l’ouest, près du Safsaf, se trouve Tahammamit ; d’une grotte jaillit une source thermale qui emplit une piscine, au pied des roches (seffah), dans un écrin de verdure. «La végétation est ici d’une étonnante vigueur et des arbres de toutes sortes y donnent en été une délicieuse fraîcheur. Les ravins et les sentiers sont bordés de rosiers, de sureaux, de figuiers et d’ormeaux séculaires qu’enlacent d’énormes lianes de vignes sauvages et plantes grimpantes. C’est dans ces bosquets d’oliviers et dans ces fourrés, quasi sauvages, que la tourterelle vient nicher au printemps à côté du loriot et du rossignol», fut ainsi décrit ce site merveilleux par Alfred Bel, directeur de la medersa, premier président du Sit (aujourd’hui office du tourisme de Tlemcen). Sur notre chemin, nous avons fait un brin de causette avec Si Miloudi, un berger, qui faisait paître son troupeau de moutons, tout en étant étendu sous les frais ombrages. Depuis une vingtaine d’années, la source chaude a été captée et entourée d’un grand bassin. Une vingtaine de personnes peuvent s’y baigner. La température de l’eau y est de 32 degrés. La source aurait des vertus curatives en matière de dermatologie, selon Si Kerboua, un houti, éleveur de son état, rencontré sur les lieux. Il est venu à dos d’âne. Avant de partir, il comptait cueillir des caroubes, à défaut de figues (le figuier voisin du bassin était visiblement dépouillé). Des enfants ouzidanis barbotaient allègrement dans l’eau sous l’œil vigilant de leur grand frère, lui-même «escorté» d’un chien noir, fuyant la canicule qui sévissait en ce mois de juillet. Deux jeunes houtis plongeaient sans se lasser du haut d’un rocher. Un trentenaire, visiblement assommé par le soleil ardent, attacha son chien loup avec une chaîne avant de faire trempette avec sa combinaison «Starr» (entreprise de revêtement routier)... L’origine aquatique de Tahammamit est profonde à l’instar du «bain de Melilia» qui jaillit au bord de l’oued Messaoud(Hennaya). L’«aménagement» de cette piscine naturelle serait l’œuvre des Benmansour, une famille de chorfas, sur le domaine desquels elle se trouve. «Depuis l’invasion de l’ITE (allusion au bidonville érigé à Hamri abritant une «mosaïque» de 48 wilayas, dernièrement rasé, et dont les habitants seront relogés dans le cadre du programme dit RPH (n.d.l.r), je n’y mets plus les pieds», nous dira un de leur fils croisé devant une ferme. En fait, ce site paradisiaque abrite trois sources : Skhouna (eau thermale), Tahammamit (piscine) et Nekhla ou Tahammamit sghira (cette dernière est à sec suite à la décennie de sécheresse et les poissons qui y étaient présents ont disparu), selon Hadj Chergui, un vieux fellah d’Ouzidan. Le restaurant pittoresque abrité par une baraque verte géré pendant la période coloniale par un juif du nom de Bombard a disparu du décor. «Des familles israélites venaient en villégiature à Tahammamit ; elles y séjournaient pendant deux semaines», nous dira Hadj Tayeb Rezzoug, un ancien habitant octogénaire de Aïn El Hout, par ailleurs émigré (de la première génération) en France en qualité de soudeur. Dans les années 1940, Tayeb travaillait comme ouvrier agricole (apprenti khemmas) dans la ferme du colon français Bébé qui l’employait avec d’autres indigènes lors de la campagne de vendanges ; le vignoble était situé à proximité des caves viticoles dans le village colonial de Négrier (du nom de ce général de sinistre mémoire, auteur d’enfumades criminelles dans la région), sur les vestiges duquel fut construite la première mosquée post indépendance appelée Abdellah Ibnou Messaoud sise à Chetouane (ex-Negrier). «On n’allait pas à l’école, on descendait souvent à Tahammadit pour jouer sous l’eau à coucou caché ; on s’adonnait aussi à cette occasion à la pêche en eau douce (guelta) où il nous arrivait d’attraper une «sennora» (anguille) avec notre sannara (hameçon)», se souvient notre interlocuteur.


Un petit coin de paradis
Ce dernier se remémore l’itinéraire et les repères toponymiques par rapport à ce petit coin de paradis : «On passait devant deux moulins à eau appartenant aux Khelil et Benmansour(Si El Hadi) ; il nous arrivait de croiser sur notre chemin «Chambit»(le garde champêtre) appelé El M’asaqri(en référence à Mascara d’où il était originaire), Bali ou Si El Ghouti qui accompagnait les gendarmes français dans leur patrouille pédestre au niveau de ce site naturel…».
Pour notre part, nous nous souvenons comme si cela datait d’hier des sorties champêtres à Tahammamit agrémentées de baignade, de hawfi et d’escarpolette, qui étaient organisées conjointement dans les années 60 par les familles Bekkaï et Tabet en marge de la fête patronale de Sidi Mohammed Ben Ali(descendant de Sidi Abdellah Benmansour) à Aïn El Hout. Pour les vielles femmes impotentes qui ne pouvaient faire le trajet à pied, c’est la pittoresque traction noire(taxi clandestin) de Salamane qui venait à la rescousse.
Une waâda conviviale avec les cantatrices du terroir «fqiret» nommées Saliha, Djamila, Mamia, Mansouria, Kheïra, Aouicha, Ammaria, Kenza...Un bel exemple de communion et de cohabitation entre le mystique(waâda à Aïn El Hout) et le profane (n’zaha à Tahammamit). Côté sécurité, abstraction faite de la moralité qui prévalait à l’époque, les garde champêtres à l’instar des Benhamou et Rezzoug Mohammed Seghir(côté Aïn El Hout) et Slimani et Yazid Zidane(côté Ouzidane) veillaient au grain.
Rendons au passage hommage à ces gardiens du temple, qui géraient l’environnement, l’état civil et les mœurs sur le mode de la «hisba»(régime de l’agora).
A ce site naturel légendaire qu’est Tahammamit venaient s’ajouter d’autres lieux de loisirs nautiques comme El Ourit, la cascade de Négrier dite «Oued câbli»,Saf Saf, Sidi Kanoun, Aïn El Houtz, Aïn Bendou,Sid El Kissi..., avant l’avènement dans les années 70 de la mode balnéaire avec les plages de Rachgoun, Madrid, Beni Saf, Sidna Youchaâ, Tafsout, Port Say...

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