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jeudi, 12 avril 2018 06:00

Chronique des 2Rives : Cinquante ans après «I have a dream» : Martin Luther King, l’apôtre foudroyé

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
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Martin Luther King a eu le sort des prophètes. Comme l’un de ses maîtres, le Mahatma Gandhi, il périt sous les balles, lui l’homme de paix et de sagesse militante. Martin Luther King avait 39 ans. Il a été assassiné dans un motel de Memphis le 4 avril 1968 par un repris de justice…
Ce jour-là, le leader de la lutte non-violente pour les droits des noirs aux Etats-Unis, se trouvait à Memphis pour soutenir une grève des éboueurs noirs de la ville. Il occupa la chambre 306 du Lorraine Motel, où il avait l’habitude de descendre lorsqu’il venait à Memphis. Pendant une douzaine d’années, Martin Luther King avait lutté contre la ségrégation raciale. Il fut assassiné par la main d’un Blanc militant ségrégationniste.
Il s’était fait connaître à Montgomery (Alabama) en organisant un boycott de la compagnie d’autobus de la ville, coupable de tolérer la ségrégation dans ses véhicules. La mort de Martin Luther souleva une immense émotion dans le monde Et des émeutes éclatèrent dans les ghettos des grandes villes américaines. Aux Jeux Olympiques de Mexico, qui suivent de quelques semaines la mort de Martin Luther King, des champions noirs américains lèvent le poing sur le podium et tournent le dos à la bannière étoilée. Chaque année, le troisième lundi de janvier, les habitants des États-Unis commémorent le jour de Martin Luther King junior (né le 15 janvier 1929 à Atlanta, Géorgie) en souvenir de son action et de sa mort tragique.

Une parole qui hante les mémoires
Son fameux discours du 28 août 1963 à Washington D.C. Washington, I have a dream, fit de lui l’une des figures emblématiques de la lutte contre la ségrégation et le racisme. Cinquante ans après, l’homme est entré dans l’histoire et sa parole hante les mémoires. Il suffit de citer quelques passages pour se rendre compte que cet homme était en avance sur son temps et les jeux bassement politiques. Cent ans après Abraham Lincoln signant la proclamation d’émancipation des Noirs, Martin Luther King déclarait que «la vie du Noir est encore terriblement handicapée par les menottes de la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Cent ans plus tard, le Noir vit à l’écart sur son îlot de pauvreté au milieu d’un vaste océan de prospérité matérielle. Cent ans plus tard, le Noir languit encore dans les coins de la société américaine et se trouve exilé dans son propre pays» ! Et devant 250 000 personnes, il raconta à ciel ouvert son rêve d’avenir. Rêve fou pour l’époque dans une Amérique encore habitée dans de nombreux Etats du Sud par le culte de la suprématie et de la pratique d’un apartheid inhumain. De simples demandes tombant sous le sens commun des droits naturels de l’homme étaient violemment combattues, donnant lieu à des scènes de lynchage et de répression barbare. Aussi Martin King répliquait-il aux gardiens du temple blanc : «Nous ne pourrons être satisfaits aussi longtemps qu’un Noir du Mississippi ne pourra pas voter et qu’un Noir de New-York croira qu’il n’a aucune raison de voter. Non, nous ne sommes pas satisfaits et ne le serons jamais, tant que le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable». Et quel défi à l’ordre établi ! «Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Georgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité». Oui, un rêveur quand il proclame à la face de l’Amérique et du monde : Je rêve qu’un jour, même en Alabama, avec ses abominables racistes, avec son gouverneur à même en Alabama, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

Vers le sentier ensoleillé de la justice raciale
Il fait ce rêve parce que : «C’est l’heure de tenir les promesses de la démocratie. C’est l’heure d’émerger des vallées obscures et désolées de la ségrégation pour fouler le sentier ensoleillé de la justice raciale. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvants de l’injustice raciale et de l’établir sur le roc de la fraternité. C’est l’heure de faire de la justice une réalité pour tous les enfants de Dieu»… Des générations d’élèves ont étudié : I have a dream . Et ce rêve a fini progressivement à prendre forme, à arracher droit après pour les Noirs. Un rêve qui coûta si peu aux Blancs mais très cher aux Noirs. Non, l’émancipation des Noirs américains ne fut pas long fleuve tranquille. Pour preuve, l’assassinat de celui-là même qui en fit le rêve. Un combat qui concerna également l’Afrique soumise à une colonisation raciste dans son essence et suprématiste dans son fonctionnement.
Le code de l’indigénat, le code noir ne sont rien d’autres qu’une forme d’esclavage qui a prospéré par la traite des Noirs, arrachés à leur terre natale et réduits à donner leur force de travail aux maîtres américains et européens. «Langston Hugues et Claude McKay, les nègres américains ont été pour nous une révélation. Il ne suffisait pas de lire Homère, Virgile, Corneille, Racine...», confesse Aimé Césaire dans un livre d’entretien «Nègre je suis, nègre je resterai» avec Françoise Vergès (Albin Michel 2005).  «Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Que sommes-nous dans ce monde blanc ?» Qu’est-il permis d’espérer?».
Voilà les trois questions essentielles qu’il se posera avec ses compagnons les plus proches, tels Léopold Sedar Senghor, Birago Diop et Léon Dumas quand il débarque en France au début des années trente. Il fallait de toute urgence retrouver le point d’origine de l’homme noir, se dépouiller des oripeaux du paternalisme et mettre un terme à l’inféodation séculaire.et commencer à opérer le changement dans l’art de la parole et de l’écriture poétique. «le fait simplement d’affirmer qu’on est nègre était un postulat révolutionnaire !
Le 4 avril 1968, quand Martin Luther King, apôtre de la lutte non-violente contre le racisme, tombait sous un coup de feu mortel, c’était un moment très particulier de la révolte noire. Cette dernière s’orientait, en rupture avec ses appels et son credo pacifistes, vers le recours à la violence. Ainsi, d’une certaine manière, Martin Luther King était en passe de paraître un vieux radoteur, proche de navrants clichés paternalistes… En fait, il était aux antipodes de cette imagerie.

L’homme au verbe étincelant
Homme de religion, certes, il avait le verbe étincelant, nourri aux sources bibliques. Verbe d’apôtre qui avait valeur d’acte. Il ne se confinera pas à pérorer au fond d’un temple. Joignant l’acte à la parole, il avait pris la tête de foules en colère défiant les pires humiliations. Dans l’une de ses «Causeries: Les relations raciales dans l’impasse», à propos des jeunes, il disait : «la discrimination coupe en deux une trop grande partie de leur vie pour qu’ils la supportent dans le silence et l’apathie». La discrimination raciale s’accompagnait par une disqualification sociale, à l’époque, d’une ampleur spectaculaire. «Au sein d’une prospérité sans égale dans l’histoire, le nombre des chômeurs atteint 30% et 40% dans de nombreuses villes. Alors la voix prophétique tonnait : «la tempête s’élève contre la minorité privilégiée de la terre : pour s’en protéger, il n’y a pas d’isolement possible, pas d’armement. La tempête ne se calmera pas avant une juste distribution des fruits de la terre». Le romancier Chester Himes dans «Prédictions», une nouvelle de 1969, décrit, symboliquement, un carnage insoutenable : un homme noir embusqué dans une église tire sur une parade de policiers blancs…

La guerre du Vietnam comme révélateur
Martin Luther King, mit du temps avant de s’exprimer à propos de la guerre du Vietnam. Mais sa prise de position a été d’autant plus retentissante qu’il l’avait longuement mûrie. «Je parle au nom de ceux dont le pays a été dévasté, dont les foyers sont détruits, dont la culture est bouleversée», appelant à toutes les formes de protestation contre la machine de guerre U.S. Dans sa causerie : La guerre du Vietnam devant la conscience, il élargissait son propos et ouvrait son regard sur des horizons de luttes plus vastes : «Nous vivons à une époque révolutionnaire. Dans le monde entier, des hommes se révoltent contre les anciens systèmes d’exploitation et d’oppression. Les peuples sans chemise, les peuples nu-pieds se dressent comme jamais».  Contrairement à ce que l’on avait pu croire, Martin Luther King n’était pas un homme tiède, dépassé par l’évolution des luttes contre le racisme. Tout en maintenant sa position de principe vis-à-vis de la violence, il s’est interrogé sur le fil conducteur qui relie les différentes formes de résistance et de lutte : Qu’ils lisent Gandhi ou Frantz Fanon tous les «radicaux» ressentent le besoin d’action, d’une action directe, qui se transforme elle-même et transforme les structures. Vision originale, loin du sectarisme, ne faisant pas pour autant concession aux moyens. Martin Luther King joue même du paradoxe pour mieux expliciter sa pensée : «le terrorisme noir trouve et tire sa virulence non dans les coins de rue des ghettos mais les couloirs du Congrès».

Une ère révolutionnaire
Des propos révolutionnaires qui empruntaient au registre verbal de Malcolm X le révolté radical. Pour Malcolm X, il fallait intégrer la lutte des Noirs-Américains dans le vaste mouvement du combat anticolonialiste : «Nous vivons une ère révolutionnaire, et la révolte des Noirs américains est partie intégrante de la rébellion contre l’oppression et le colonialisme qui caractérise cette ère. (…) Nous assistons aujourd’hui à la rébellion générale des opprimés contre leurs oppresseurs, des exploités contre les exploiteurs », affirmait-il. Une photo d’une brève rencontre entre Martin Luther King et Malcolm X, les immortalisera ensemble. Malcolm X fut assassiné le 21février 1965, ironie de l’histoire par Noir appartenant à l’organisation «Nation of Islam» avec laquelle il avait rompu avec éclat en critiquant le train de vie scandaleux de son leader et qui aussi fut son chef.  Comme son maître, Gandhi, «la Grande âme», Martin Luther King junior été assassiné pour avoir défendu les persécutés et les démunis. Pour Gandhi, à cause sa défense des Musulmans et le rejet de toutes formes de violence, au moment de la partition de l’Inde par un hindou fanatisé.
Pour Martin Luther King ce fut par la main d’un Blanc militant ségrégationniste. Un être insignifiant (James Earl Ray, décédé en 1998) passant à l’histoire pour son coup de feu contre le grand rêve, l’idéal incarné par Martin Luther King. Un grand songe humaniste qui ouvrira la voie à Barack Obama à la magistrature suprême des Etats-Unis durant deux mandats. Brillant, intelligent, un redoutable débatteur mais qui fit preuve d’un certain laxisme, assistant parfois impuissant à des actes racistes qui rappelaient les heures sombres quand paradait le sinistre Ku Klux Klan… Quand l’homme tombe, le nom grandit dit le grand Hugo. La mémoire de Martin Luther King est à la hauteur de son rêve.
Lu 326 fois Dernière modification le mardi, 08 mai 2018 15:50

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