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jeudi, 24 mai 2018 06:00

Chronique des 2 rives / Mousselsel religieux : Entre sublimation et polémique

Écrit par Abdelmadjid Kaouah
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Les temps ont bien changé. Traditionnellement, en tout cas depuis que le cinéma fut investi pour évoquer le geste de l’Islam sur le petit écran, chaque Ramadhan était accompagné par un feuilleton dit religieux. Cette année, il est dédié au calife Haroun Errachid (diffusé, notamment, sur Numidia TV). Les Mille et Une nuits rapportent la splendeur de sa capitale, Baghdad et ses péripéties fabuleuses. Il y a comme un air de connivence avec la série TV anglaise, « Moi, Claude, empereur ». La maman de Haroun, telle l’impératrice Livia, est prête à tout pour tracer à son fils la voie impériale. Quitte à empoisonner son fils aîné. Fait d’histoire, mythe ou liberté de fantasme du scénariste ?

Aujourd’hui, le Soudan et l’Egypte, qui firent partie d’un même pays, se crêpent le chignon, pardon le turban, à cause d’un « Moussselsel » sur le terrorisme. Les émirats arabes et Oman se disputent, cette année, la paternité d’un compagnon du Prophète Mohammed. Cela vire à l’incident diplomatique.

Plaque et paternité

Le Soudan, quant à lui, trouve un feuilleton égyptien accusateur. Il repousse à cor et à cri la vocation « terroriste » qu’il prétend lui être accolée dans le feuilleton qui fustige le terrorisme et ses horreurs. On dit que le diable gît dans le détail. Ici, il s’agit, en l’occurrence, de plaques numérologiques des véhicules utilisés dans le feuilleton égyptien. Il faut avoir l’œil bien affûté pour ne pas rater l’objet du litige.
Des plaques et des décors made in Soudan. A la clé du feuilleton égyptien, un procès en sorcellerie pendrait au nez soudanais. Le temps d’un mois lunaire suffira-t-il à jeter la rancune à la rivière, ou plutôt au Nil, lui-même sujet à controverse ? On en doute, les ressentiments sont nombreux autour du Enahr el Khaled, chanté par le maestro Mohamed Abdelwaheb quand il ne dirigeait pas à la baguette les hymnes patriotiques panarabistes. Souvenons-nous de l’entreprise homérique de la réalisation du premier « blockbuster religieux arabe », « El Rissala », « Le Message », par Mustapha El-Akkad (disparu tragiquement avec sa fille dans un attentat terroriste à Amman en 2005). Peut-être faut-il relativiser quand on pense au film « Salah Eddine El Ayoubi » réalisé par Youcef Chahine auquel Nasser avait accordé d’importants moyens. On doit parfois se pincer. Naguère, la hiérarchie religieuse wahhabite du royaume saoudien interdisait à El Akkad la figuration de la Kaaba, considérée comme une hérésie. Le film fut cautionné par Al-Azhar et le Haut-Conseil chiite du Liban. Le Maroc, où se déroulait le tournage du film, dût revenir sur ses engagements. Le film fut achevé dans la Libye de Kadhafi - qui d’ailleurs réitérera l’expérience avec El Akkad par une superproduction sur l’apôtre anticoloniste, Omar El-Mokhtar incarné par Anthony Quinn.

Entre chorba et Kalblouz

Dans « El Rissala », version internationale, il était le preux Hamza, oncle du Prophète, surnommé « le lion de Dieu ». Mustapha El Akkad avait subtilement résolu l’interdit de la représentation humaine du Prophète. Le feuilleton plus récent, « Omar », est d’une indéniable qualité en demeurant dans le sillage d’« El Rissala » qu’il est loin d’avoir « effacé ». Al Azhar avait dit non à « Omar » sans grand écho au-delà de l’Egypte. Les temps – et les mœurs - ont-ils changé ? Alors la polémique : tempête de sable dans une tasse de thé ? Immanquablement, à chaque Ramadhan, entre chorba et kalblouz, il y a un feuilleton religieux qui défraye la chronique. Il y a quelques Ramadhans, ce fut à propos de « Al-Hassan wa Al Hussein ». Encore une fois, cela avait trait à la représentation de descendants de Ahl El Beit.  Comme énoncé dans la tradition sunnite, l’incarnation physique des prophètes et de leurs compagnons est prohibée alors qu’il n’en est pas de même chez les chiites. Selon Yves Gonzalez-Quijano (chercheur à l’Institut français du Proche-Orient), durant la seconde moitié du XIXe siècle, le monarque perse Nasser al-Din Shah [1831 – 1896], ami du photographe français Nadar, fut un des grands promoteurs dans son pays de la photographie à un moment où un artiste tel qu’Ismail Jalayir représentait l’imam Ali entouré de ses deux fils Hussan et Hassan.  La première fois où Al-Azhar a émis une telle interdiction remonte à 1926, quand le comédien Youssef Wahbi avait annoncé son intention d’incarner le rôle du Prophète dans un film intitulé « Al-Nabié » (le Prophète) qui, d’ailleurs, n’a jamais vu le jour. Au-delà du respect du sacré, se posent aussi de délicates questions historiques. C’est le cas de l’interprétation et de l’explication de la fitna, « la Grande discorde » qui opposa les partisans de Mouawiya ibn Abi-Soufiane aux partisans de Bassorah et de Koufa (Iraq), partisans d’Ali Ibn Abi-Taleb, entachée également par l’assassinat du Calife Othmane Ibn Affane.  Si les historiens eux-mêmes sont loin d’être unanimes sur des épisodes de la légende dorée de l’expansion de l’Islam, il apparaît évidemment qu’avec les libertés de la création artistique, on peut faire aussi la part belle à une appartenance confessionnelle au détriment de la vérité historique. Et donc à une certaine lecture de l’histoire toute empreinte de subjectivité et d’esprit partisan. La compétition entre sunnites et chiites est loin d’être une vue de l’esprit. Certains chercheurs évoquent l’émergence d’un « nationalisme religieux » dont les protagonistes les plus imposants se trouveraient en Arabie Saoudite et en Iran… Et c’est dans cette optique que certains commentateurs décryptèrent la réalisation d’un feuilleton qui a viré à « l’opération Omar ».

Passion tragique

Cette répartition binaire ne recouvre pas la totalité de la diversité du fait religieux dans le monde arabe, d’autres scénarios peuvent compliquer le panorama de la production du « film religieux ». Tel fut le cas en 2008 avec « Le Messie » iranien dont la diffusion au Liban fut promptement stoppée par l’Eglise maronite.
Il me souvient d’un voyage de presse par la route entre Amman et Baghdad.
J’ai pu découvrir sur un trajet de mille kilomètres de fresques peintes sur les murs des auberges de fortune. Fresques modestes qui évoquaient la passion tragique du Calife Ali Ibn Taleb et ses jumeaux - disputés et combattus par Muawiya et ses héritiers - avec une prédominance du martyre d’Hussein à Kerbala. Lieu-saint du chiisme où un haut dignitaire nous fit découvrir sans façon l’arbre généalogique qui faisait remonter l’appartenance de Saddam Hussein à Ahl el Beyt. Peintures d’amateur, mais d’une certaine beauté naïve, entre la sublimation et l’agit-prop. La frontière reste mince entre la piété populaire et la sublimation mythologique. Saddam pour ses fidèles est entré aussi dans le martyre…  Au-delà d’une stricte et nécessaire lecture critique des feuilletons, en particulier ceux diffusés en période de Ramadhan, ce qui intéresse c’est, au long des dernières décennies, la variété et le déplacement des points de vue.
Mais souvent sous forme d’oukases, sur la posture et la représentation ou la non-représentation des figures emblématiques de l’islam sanctifiées et sanctuarisées.
Des glissements et des confrontations qui n’échappent guère aux jeux de pouvoir et de puissance dans le monde arabe. Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite et l’Iran n’ont plus besoin du biais d’un mousselsel pour se promettre les feux de l’enfer. C’est un président américain, qui officia longtemps à la télévision, qui attise les chaudrons de l’enfer en y faisant mijoter quelques mini-bombes nucléaires. Saha f’tourkoum !
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