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jeudi, 11 octobre 2018 06:00

Virginio Vona : Bédéiste et «artiste sans frontières»

Écrit par Fadila Djouder
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Présent au 11e Festival international de la bande dessinée (Fibda), qui s’est tenu du 2 au 6 octobre courant, Virginio Vona, d’origine italienne, revient dans cet entretien sur son vécu personnel et son parcours artistique ainsi que l’intérêt qu’il porte à l’Algérie et, plus particulièrement, à sa ville de cœur Annaba.


Reporters : Qui est Virginio Vona et comment êtes-vous venu à l’univers de la bande dessinée ?
Virginio Vona : Je suis artiste peintre, bédéiste et illustrateur. Je suis né à Rome où j’ai suivi des études et plusieurs formations dans de grandes écoles d’art. Puis, j’ai tout abandonné à la suite de quelques problèmes personnels. J’ai quitté mon pays pour la France, où j’ai construit une nouvelle vie et un nouveau départ artistique. Par ailleurs, j’ai un lien très particulier avec l’Algérie, parce que ma mère est née à Annaba.

En tant qu’artiste quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je dirai, en premier lieu, mon histoire personnelle que j’ai vécue en Italie, puis mon immigration en France. J’essaye dans mes dessins d’entremêler mon vécu personnel et des évènements historiques à travers les époques. Par exemple, dans mon personnage Fenice, je représente une sorte de justicier, un humaniste sans étiquette qui voyage à travers le temps. Ce dernier porte un foulard blanc qui représente la pureté, la liberté et l’espoir. Je vous confie que j’ai vécu en Italie des injustices, notamment dans mon quartier populaire de Rome qui était sous l’emprise d’un parti communiste PCI (section de l’Internationale communiste), ils nous ont fait grandir dans de faux espoirs avec pour conséquence beaucoup de désillusions. Cette expérience a été une très grande déception pour moi.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette expérience personnelle ?

J’ai suivi dans ma jeunesse ce système communiste, mais quand on grandit, on comprend beaucoup de choses, alors j’ai décidé de faire mes propres choix. Je ne voulais pas être ce pion entre leurs mains et surtout pas être instrumentalisé pour faire des choses qui vont à l’encontre de mes convictions profondes, dont des actes qui s’assimilent à un comportement mafieux. En Italie, j’avais perdu ma sérénité, je n’avais pas de situation positive malgré mon parcours et mes études. C’est pour cela que j’ai tout quitté et je suis parti pour réaliser mes rêves en France. C’est pour cela aussi que le personnage Fenice est quelque chose de très intime pour moi.

Justement, pourquoi avoir choisi la France comme deuxième patrie ?

J’ai choisi la France comme ma patrie d’adoption depuis dix-huit ans car je n’avais plus rien à faire à Rome. Si j’ai choisi d’émigrer dans ce pays, c’est aussi avant tout parce que c’est, en France, que j’ai rencontré la femme avec qui je partage aujourd’hui ma vie. Toutefois, je reconnais que mes débuts en France étaient très difficiles. Je ne connaissais pas la langue. J’ai aussi fait plein de petits boulots, jardinier, peintre en bâtiment, guide de l’école pour les enfants, éboueur, tout en suivant des cours gratuits d’apprentissage de la langue. Je reconnais que je suis entré dans la société française en effectuant des travaux modestes. J’ai appris le français, je me suis intégré tout doucement à cette société qui m’a ouvert ses portes naturellement. J’ai aussi trouvé un travail artistique après un cours de graphisme. Aujourd’hui, je peux dire qu’en France, j’ai bâti un nouveau Virginio.

Vous êtes bédéiste, illustrateur et peintre. Un artiste à multiples facettes, comment passer d’un style à un autre ?
Pour moi, c’est tout à fait naturel, je n’ai pas envie de me retrouver dans une case prédéfinie. Je veux juste m’exprimer et être bédéiste, peintre ou illustrateur à la fois. Plus précisément, je me vois comme un artiste peintre, s’exprimant avec des illustrations dans des galeries. C’est l’expression de ce que nous voulons dire qui compte. L’art pour moi, est un moyen de faire rêver, de nourrir les imaginaires à travers le regard. L’art est très important pour donner à chaque être des émotions et c’est aussi un langage pour évaluer certaines choses de notre parcours de vie.

Concernant votre approche graphique, êtes-vous plutôt école classique ou japonaise ?

Je suis un artiste sans frontières, je n’ai pas un style prédéfini, je dirais plutôt que j’ai un style hybride. Dans mes bandes dessinées, vous trouverez certainement des références au manga, mais je considère mon travail comme métissé. Ma passion est née comme ça. Je considère que notre style est le fruit de notre vécu à travers lequel on exprime nos émotions et nos expériences.

Dans vos toiles, nous remarquons un intérêt particulier pour l’architecture et l’urbanisme, pourquoi cet intérêt ?
Oui, j’adore ça, pour moi, l’architecture est le premier art dans toutes les disciplines. Elle conditionne beaucoup l’être humain et elle le forme, elle représente aussi l’environnement où nous vivons. On la voit partout dans la rue contrairement à la peinture.

Vous avez un certain attachement pour l’Algérie, plus particulièrement pour Annaba ?

Oui justement, je vous remercie d’aborder ce sujet. J’ai récemment offert à l’Algérie une grande toile, sous forme de fresque, que j’ai mis sept mois à réaliser pour rendre hommage à la ville de Annaba, lieu de naissance de ma mère. Cette toile représente beaucoup pour moi, car c’est aussi un hommage à ma maman. Mes grands-parents maternels étaient des Siciliens qui avaient émigré à Annaba vers 1910. Ma mère est née en 1935 dans cette ville côtière algérienne où elle a vécu avec ses parents une partie de sa vie, avant de retourner en Italie, suite à l’appel de Mussolini qui a demandé à tous les ressortissants italiens installés à l’étranger de rentrer au pays. De mon côté, j’ai une belle histoire avec l’Algérie. Quand je suis venu pour la première fois, en 2012, j’avais des frissons car jamais je n’aurais cru, qu’un jour je mettrai les pays dans ce pays qui m’est cher à travers les souvenirs de ma mère. En 2015, j’ai rencontré, grâce au Fibda, le ministre de la Culture qui a été interpellé par mes œuvres et très touché par mon histoire. Il m’a par la suite invité au Festival d’Annaba du film méditerranéen, qui s’est déroulé à la fin de l’année. Ce qui m’attriste, c’est que l’Algérie n’est pas réellement connue en tant que pays touristique. Dans mon entourage, je n’ai d’ailleurs jamais entendu personne dire être parti en Algérie. Et pourtant, j’ai découvert des lieux magnifiques qui ne sont pas mis en valeur malheureusement.

Quel est votre constat à propos de l’intérêt du public algérien à la bande dessinée ?

Je participe au Festival de la bande dessinée depuis 2012, et au fil de ma présence durant les sept dernières éditions, sincèrement, le constat est que l’intérêt pour la bande dessinée est encore faible et les jeunes Algériens ne s’intéressent pas beaucoup au neuvième art. Toutefois, j’ai remarqué que certains commencent à s’intéresser à mon travail, en me découvrant grâce au Fibda et aussi grâce aux réseaux sociaux. C’est là, où on se rend compte que ces réseaux ont un impact vraiment important. Aujourd’hui, je pense qu’il faut vivre avec notre temps et ne pas s’accrocher au passé. Nous utilisons les moyens et les outils de notre époque. A travers les nouvelles technologies et les plateformes numériques, l’art, et plus particulièrement la bande dessinée, deviennent une expression plus libre et plus accessible à un plus grand nombre.

Quelle est votre nouveauté pour cette année ?

Cette année, avec mon collègue Lah-Hel nous allons sortir une nouvelle BD qui s’intitule «Alger, les ombres du temps». C’est la suite des aventures de mon personnage «Fenice», un guerrier immortel qui voyage à travers le temps. Il se rendra à Alger, où il découvrira un nouveau pays différent des échos qu’il en avis eus. Je pense qu’il est aussi important de parler du terrorisme et des pensées intégristes et extrémistes, des thèmes qui sont abordés dans cette nouvelle aventure de « Fenice». Je trouve ce projet extrêmement génial, pour moi, car l’histoire se déroule en Algérie et j’ai hâte de découvrir la réaction des lecteurs algériens.

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