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mercredi, 05 décembre 2018 06:00

Le documentaire suisse «Choisir à vingt ans » en compétition au 9e Fica : Villi Hermann relate l’histoire des insoumis, 50 ans après la guerre

Écrit par Fadila Djouder
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Le documentaire « Choisir à vingt ans » du Suisse Villi Hermann relate une histoire peu connue qui s’est déroulée entre 1954 et 1962, où 100 à 300 jeunes Français refusèrent de participer à la guerre d’Algérie. Projeté en avant-première, avant-hier soir, à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth d’Alger, ce film sera en lice dans ce 9e Festival international du cinéma d’Alger (Fica).


L’histoire débute avec de jeunes Français qui refusaient de participer à la guerre d’Algérie, ils seront obligés de fuir et de se réfugier en Suisse. Ces derniers se retrouveront à faire du volontariat et travailleront en Algérie avec une ONG durant les toutes premières années d’indépendance de l’Algérie. Le film rassemble quelques dizaines de protagonistes qui reviendront sur l’année quand ils avaient 20 ans. Le réalisateur suisse, lui-même ancien déserteur qui a refusé de s’enrôler dans les rangs de l’armée française, a montré des témoignages et documents photographiques, cinématographiques et sonores d’aujourd’hui et de l’époque. L’émotion était aussi présente à travers les dessins et des lettres personnelles que le réalisateur a réuni durant ses recherches, alors qu’il était étudiant à Paris puis volontaire en Algérie comme instituteur. Le documentaire revient également sur des témoignages de quelques réfractaires, déserteurs et insoumis, et des témoignages des personnes qui les ont aidés à passer la frontière ou qui les ont accueillis en Suisse. Ils racontent aussi leur vie parfois difficile et souffrante à Sidi Larbi, à Beni Snousse. En 2016, Villi Hermann décida d’aller à la rencontre de ses élèves afin de lever le voile et de mettre à l’écran cette époque peu connue de la guerre de libération de l’Algérie où on découvre également quelques membres du Front de libération nationale (FLN) qui sont accueillis à bras ouverts par les Suisses. Ils donnent ainsi la parole à ses combattants qui témoignent des exactions commises par l’armée coloniale française sur les habitants de cette région. A l’issue de la projection, lors du débat, le réalisateur suisse, ancien déserteur qui a refusé de s’enrôler dans les rangs de l’armée française, a confié que son documentaire s’appuyait sur des témoignages et documents d’archives récupérés auprès des autorités helvétiques.Villi Herman nous a aussi affirmé, en marge de cette projection, que durant 50 années, «j’ai occulté cette partie de ma vie durant de longues années. Ce qui m’a poussé à revenir sur ces faits, c’est ma rencontre avec un insoumis qui m’a demandé pourquoi je n’en parlais pas. Cela a été un véritable déclic et je me suis dit qu’il était temps de raconter cette époque qui a fait partie de ma vie ». Ajoutant : « J’ai décidé ensuite de partir à la rencontre des différents témoins qui m’ont raconté leurs vies et après on s’est fixé un rendez-vous pour le tournage.» Notre interlocuteur précise toutefois : « Cependant, je ne suis pas arrivé avec ma caméra comme cela, il fallait créer une petite symbiose entre la personne et moi. C’est ce qu’il leur a permis de trouver une certaine liberté à raconter tout ce qu’ils ont vécu. J’ai filmé et j’ai fait moi-même le son. Je me suis retrouvé, seul, avec le témoin, dans un face-à-face. C’est ainsi que les témoins ont osé dire des choses qu’ils n’ont jamais osé dire auparavant. »
Une mémoire pour ces militants
Villi Hermann nous a ensuite avoué que certaines familles des témoins ignoraient les faits vécus par ces militants en Suisse. « Il y avait une espèce de crainte de ces déserteurs réfracteurs de dire ce qu’ils ont fait à 20 ans. J’ai trouvé une occasion pour remémorer ces faits car, aujourd’hui, ils ont tous 80 ans », dira-t-il « Il y a déjà deux d’entre eux qui sont morts, je n’ai jamais forcé la main à aucun d’entre eux. J’ai, certes, quant même insisté un peu pour qu’ils témoignent de leur vécu et faire connaître cette partie de l’Histoire. Il faut savoir que même la population suisse ne connaît très peu de choses de cette période.» Villi Hermann est ainsi revenu 50 ans en arrière et nous a fait part des choix, parfois difficiles qu’il a fait. «Quand vous avez 20 ans, vous faites quelquefois des choses que vous oubliez… Quand j’étais à Sidi Larbi à Beni Snousse, je n’étais pas encore cinéaste, ce n’est que plus tard que je le suis devenu », avouera-t-il. Le réalisateur confie également que «ce film est un retour à ma jeunesse. Quand j’avais 20 ans, j’ai dû faire face à des choix, comme je le dis dans le titre. J’ai aussi fait le choix de donner un coup de main très minimaliste pour construire la paix après la guerre d’Algérie et, parallèlement, je m’intéressais aux déserteurs et réfracteurs insoumis qui ont refusé de faire la guerre. Ils étaient réfugiés en Suisse pendant un an ou pour certains d’autres pendant cinq ou six ans, car ils étaient accusés d’être des traîtres à la nation.»
A propos des dessins que montre le film, dont l’un a été choisi pour illustrer l’affiche du film, le réalisateur explique : «J’ai fait toute une recherche, des collaborateurs et des gens qui étaient soit à Beni Snousse, à Tlemcen, soit à Sidi Larbi avec moi. La dame qui est dans mon film a récupéré certains dessins qu’elle a envoyés à sa mère qui les a conservés. Ce qui m’a frappé, c’est que j’avais des dessins tout de suite après la guerre, en 1963, où il y avait une marche, une petite pacification qu’on trouve aussi sur les dessins ». Ajoutant que « c’est ainsi que j’ai réussi à montrer les deux qualités de dessins d’enfants, ceux que les enfants ont réalisé à mon arrivée et ceux qui ont été faits après».
Le devoir de témoigner d’une histoire occultée
Selon le réalisateur, «ce film est certes engagé, car il concerne l’Algérie et la Suisse. J’ai réalisé d’autres films de la sorte, mais je dirais que j’ai agi plus par devoir que par engagement pour faire ce film. Ma démarche est que j’aime bien fouiller dans le passé et avec ce passé essayer de montrer le présent». Il ajoute sur cette histoire très méconnue qu’« il y a très peu de publications sur ces déserteurs qui ont eu la chance de se retrouver en Suisse ou en Belgique. Par conséquent, c’est un film sur mon passé et pour tous ceux qui avaient 20 ans et ont dû faire face à ce choix difficile», expliquera-t-il. Notre interlocuteur ajoutera que «la chose la plus difficile dans la réalisation de ce film est de trouver des déserteurs et des insoumis. Mais la Suisse les a bien fichés. C’est ainsi que j’ai pu accéder aux archives fédérales en Suisse. Nous avons commencé à chercher par un petit enchaînement d’information durant deux ou trois ans. Une fois retrouvés, certains déserteurs ne voulaient plus parler. Cinquante ans après, ils avaient encore peur de parler en tant que traître à la patrie devant la caméra». Quant à l’accueil de ce film en France, M. Hermann déclare que «malheureusement, je l’ai envoyé à une vingtaine de festivals en France, 19 l’ont refusé, un seul petit festival a accepté de le présenter. J’ai eu beaucoup plus de chance en Allemagne, notamment au Festival international du film francophone de Tübingen ».

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