Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
mardi, 12 juin 2018 06:00

Hadjira Oubachir à propos de sa pièce «Les Genêts de l’amour» : «Je voulais assurer la pérennité de cette pièce atypique dans la littérature orale kabyle»

Écrit par Sara Kharfi
Évaluer cet élément
(1 Vote)

Dans cet entretien, Hadjira Oubachir revient sur sa démarche et ses choix dans l’écriture de sa comédie musicale «Les Genêts de l’amour» (ou «Uzzu n Tayri»). Ecrite initialement en kabyle et produite en 2007 par le TRB, cette pièce est parue récemment en deux versions (kabyle et français) aux éditions Koukou.


Reporters : «Uzzu n Tayri» (ou «Les Genêts de l’amour») est une comédie musicale écrite initialement en kabyle et montée par le Théâtre régional de Béjaïa en 2007. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour traduire ce texte et le publier ?
Hadjira Oubachir : J’ai décidé de publier cette pièce pour la sauver de l’oubli. Certes, elle a été très bien jouée par la troupe du TRB mais le silence qui l’a entourée par la suite m’a interpellé. Je voulais assurer la pérennité de cette pièce atypique dans la littérature orale kabyle, pour qu’elle soit transmise aux générations futures.

1Pourquoi le choix de la forme de la comédie musicale ? Est-ce le format le plus adéquat pour vous exprimer en vers, vous qui êtes poète ?

J’ai bercé le rêve de créer une comédie musicale depuis de longues années déjà même si je n’ai pas vraiment atteint le but que je me suis fixé faute de moyens. Quand au choix de sa forme en vers rimés, il m’est venu naturellement par amour des mots qui chantent dans la rime !

L’histoire d’Aziz et Azouzou est une histoire de la culture orale. Pourquoi cette histoire là en particulier ?

J’ai écrit d’autres pièces avant celle-ci, mais l’histoire de ce couple, racontée par Mouloud Mammeri dans «Les poèmes de Si Mohand», m’a fait comprendre que, comme tous les autres peuples du monde, nous avons notre Roméo et Juliette égaré dans les dédales de l’oralité, restitué par Mouloud Mammeri et reprise par mes soins
Cette histoire a semble-t-il déjà été retranscrite par le grand poète Si Mohand Ou M’hand.
En fait, il n’est pas indiqué que cette histoire soit racontée par Si Mohand ou Mhand. Elle est introduite par Mouloud Mammeri dans la partie «les sources et les aléas» de son recueil de poèmes avec cette précision : «(…) On rencontre un peu partout des gens qui citent Si Mohand ou rapportent des poèmes de lui. Pour certains de ceux-ci, le degré de probabilité est si grand qu’il équivaut pratiquement à une certitude».

Vous reprenez justement des vers de Si Mohand Ou M’hand. Est-ce pour rappeler une des sources écrites de cette histoire ou pour revendiquer une filiation avec ce poète ?
Il est tout à fait naturel que je reprenne les vers déjà existants autour desquels s’est structurée ma pièce. J’ai rajouté à l’histoire des évènements qui modulent la pression dramatique pour la faire avancer dans le temps et l’espace.

Dans sa préface, l’universitaire Malha Benbrahim distingue «deux fils conducteurs» : le premier «sentimental» et le second «socioculturel». Qu’est ce que cette histoire dit de l’époque que vous dépeignez ? Et pourquoi le contexte des années 1940 ?

Le choix de l’époque n’est pas fortuit. La plupart de nos pièces ou films se situent pendant la guerre de Libération. J’ai choisi la deuxième guerre mondiale pour dépeindre les injustices subies par les villageois kabyles sous l’occupation, le départ de leurs enfants sur le front pour défendre une cause qui n’était pas la leur, pendant que les femmes, dans le dénuement, la solitude et la tristesse, affrontent seules les affres des privations de toutes sortes : l’absence de leurs hommes, la restriction de leur liberté, ajouté à cela le poids des traditions qui les poursuivent dans leur vie de misère. La poésie féminine anonyme existe depuis des lustres et elle exprime bien la révolte, le courage et le rêve des femmes stoïques qui ne cessent d’aspirer à une meilleure vie, même à une époque aux mœurs cruelles. Tout cela existe dans cette poésie immortalisée par la tradition orale, qui était le seul moyen de transmission culturelle.

«Les Genêts de l’amour» donne la voix aux femmes. C’est la féministe ou l’humaniste qui s’exprime à travers elles ?

Les deux. Le féminisme tel que je le conçois n’est pas incompatible avec l’humanisme. Si se battre pour que les êtres humains soient égaux en droits, oui je suis féministe sans la connotation négative qu’on lui colle ! Il est difficile de faire évoluer les mentalités ! Les femmes sont mères, épouses, sœurs et amantes, elles ne peuvent aspirer à une vie équilibrée et sereine sans la participation de l’homme à leurs côtés pour combattre les inégalités sociales. L’on retrouve cette quête d’égalité tout au long de la poésie féminine anonyme, mais aussi à travers les drames qui ont jalonné la vie de l’héroïne de la pièce. Dans leur sagesse infinie, les femmes chantent l’amour de ces hommes dont elles attendent le retour pour qu’enfin «soient enterrées les armes», et supplient «le capitaine» d’être cléments avec leurs enfants. Au milieu de ces bouleversements, elles prennent également position face la violence d’un homme contre une femme à travers des chants accusateurs. Azuzu, qui veut dire «la bien-aimée», est le symbole de leurs revendications exprimées par les chants inspirés de leur propre vie.

Vous qui êtes poète, comment voyez-vous ce genre littéraire aujourd’hui en Algérie ?

Cette littérature a de beaux jours devant elle, peut-être pas dans l’immédiat mais elle profitera aux générations à venir. Tamazight à l’école a besoin de poésie, théâtre, roman... La traduction en français est pour moi indispensable pour inciter les gens à lire dans la langue qu’ils désirent même si pour moi tamazight reste prioritaire. Il est vrai que les gens passent plus de temps devant la télé ou sur un ordinateur (c’est plus simple) mais il y aura toujours des lecteurs initiés dès leur jeune âge par leur parents, car l’école ne joue pas son rôle qui est celui, entre autres, de développer l’imagination de l’enfant à travers la lecture.

«Les Genêts de l’amour» (Uzzu n Tayri» de Hadjira Oubachir. Comédie musicale, 128 pages, éditions Koukou, Alger, avril 2018. Prix : 500 DA.

Laissez un commentaire