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jeudi, 05 juillet 2018 06:00

entretien : Patrick Blanc, responsable de l’atelier de conservation et de restauration des mosaïques du musée départemental de l’Arles Antique : « Les sites archéologiques de Timgad et Djemila sont des musées œuvres d’art »

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Reporters : M. Patrick Blanc, c’est donc chez vous que les stagiaires algériens, entre autres, ont été formés aux techniques de restauration des mosaïques anciennes, durant neuf mois…


Patrick Blanc : Effectivement, ils sont venus trois fois à Arles au cours de stages de 2 à 3 mois sur la conservation et restauration de mosaïques de musée. Cela a commencé en 2016 et 2017 et, aujourd’hui, les voilà sur le terrain dans cet atelier de Tipasa. Il y avait des stagiaires algériens mais aussi libanais qui, à la fin de leur formation, sont ici à Tipasa pour parachever la formation pratique. Les huit Algériens ont été formés dans la conservation et la restauration de mosaïques de musée. Vous savez qu’il y a beaucoup de musées dans le bassin méditerranéen, où les mosaïques sont restaurées, car elles ont subi l’usure du temps, et qui sont soit sur des supports de ciment ou de plâtre, comme on en voit ici à Tipasa. Selon les musées, certaines demandent à être reprises, réparées. Il y a des demandes soit pour rénover, ou encore, à l’occasion de création de nouveaux musées ou de reprise de nouvelles muséographies, on est obligé de déplacer des mosaïques qui sont sur des socles en béton ou collés par terre et de les enlever de leur socle original. Nous avons des techniques pour les déplacer, les nettoyer, voire reprendre, consolider, leur rendre même une meilleure lisibilité. La lecture est souvent difficile, alors il faut reprendre le traitement des lacunes. Raviver les couleurs par des tracés colorés, car selon la déontologie de la restauration, on n’a pas le droit d’y mettre de nouvelles pierres ou tesselles. Les cinq Libanaises sont là pour les mêmes problématiques, c’est ça qui est intéressant. Elles vont travailler sur la restauration, retirer le support de ciment et le remplacer par un autre composé de résine. La formation n’est pas financée par le musée d’Arles mais par la fondation de Los Angeles Getty, qui a un programme intitulé « Mosaikon » pour tout le bassin méditerranéen, avec une partie réservée à la conservation des mosaïques in situ et à toutes celles qui n’ont pas été retirées des sites et ont besoin d’un lifting.


On dit qu’il s’agit du premier atelier à l’échelle africaine, est-ce vrai ? Car en Algérie, on a souvent tendance à dire que ce projet est le premier en Afrique ou dans le monde arabe…
Oui, c’est vrai. Il y a eu des tentatives mais c’est la seule qui s’est concrétisée et c’est une bonne chose pour l’Algérie qui pourra, elle-même, prendre en charge la conservation et la restauration de ces pièces du patrimoine historique.


Avez-vous eu l’occasion de visiter les musées algériens ? Si oui, que pensez-vous de l’état de conservation de ce patrimoine ?
En général, je dois dire que les musées sont bien tenus, sauf qu’il existe des pièces qui n’ont pas été déplacées depuis leur installation et qui ont besoin de traitement et vont être amenées à être restaurées. Comme cela a été le cas pour le musée de Cherchell, qui a fait l’objet d’un réaménagement et qui dispose, en plus de la collection de statues et sculptures, de grandes mosaïques murales qu’il faudra un jour détacher et rénover. Il y a des pièces dans des musées qui n’ont pas été déplacées depuis plus de 50 ans. Il faudra un jour les entretenir et les nettoyer. L’état des mosaïques n’est pas toujours reluisant et il faudra les consolider et les nettoyer pour leur rendre leur lustre et une bonne lisibilité, ce qui va participer à leur valorisation. Tout cela demande du travail, bien sûr. J’ai visité beaucoup de musées et de sites en Algérie et Timgad est extraordinaire, de même que le site archéologique romain de Djemila, à Sétif. Ils posent des problèmes car ce sont des musées œuvres d’art, à mon avis. Celui de Djemila est génial et la question qui se pose est de savoir s’il faut tout revoir (la disposition des collections etc.) ou alors garder ce musée comme un témoignage historique d’une époque à préserver tel quel. C’est une réflexion qu’il faut avoir, mais ce sont des sites extraordinaires qu’il faut développer pour le tourisme culturel. Timgad et Lambèse sont des endroits où il y a aussi de très belles mosaïques qu’il faut protéger et préserver à tout prix


En tant que formateur, est-ce que vous allez continuer à les suivre, ici à Tipasa, ou les laisser voler de leurs propres ailes ?
Pour l’instant, c’est en cours de discussion. Très certainement, il y aura un accompagnement pour suivre le programme. Maintenant, c’est à l’équipe ici de s’organiser pour lancer le travail, puisque la durée de la formation, à mon avis, a été suffisante pour leur inculquer les techniques de restauration et de conservation. Ce sont des jeunes qui viennent de musées et institutions de la culture et sites archéologiques et qui connaissent les objets archéologiques. Ici, il y a une mosaïque sur plâtre en 5 fragments qui vient des réserves du musée de Tipasa et, plus loin, il y en a une autre sur dalle de béton qu’il faudra restaurer complètement et installer sur un nouveau socle en mortier et sur une matière qui s’appelle le nid d‘abeille, après le traitement et le nettoyage selon le procédé de conservation. On peut même s’inspirer des supports anciens et les anciens matériaux ne doivent pas, forcément, être jetés. On appelle ça l’entretien des collections.
Yasmina Meziane et Abad Madjid font partie du groupe des huit jeunes Algériens formés à Arles et qui vont animer l’atelier de Tipasa, rencontrés sur le site sur leur table de travail de restauration. L’équipe algérienne est composée de deux jeunes du nouveau musée de Cherchell, un du musée national de Cherchell, trois du musée des Antiquités d’Alger et deux archéologues du musée de Tipasa. Très enthousiaste au milieu de ses camarades et des cinq collègues libanaises, Yasmina Ameziane raconte qu’elle travaillait comme conservatrice du patrimoine au niveau du musée des Antiquités d’Alger. Stagiaire dans cet atelier pour apprendre comment conserver des mosaïques, elle explique que cela n’a pas été très difficile car elle avait, déjà, des connaissances théoriques sur le sujet acquises à l’université.
«J’ai bénéficié de la formation à Arles et je travaille sur une mosaïque posée sur un support de plâtre. Nous allons procéder à son nettoyage, le comblement des vides à l’aide de plâtre, au ravivement des couleurs par des tracés colorés identiques. Sur ce panneau floral d’un pavement, nous allons faire un travail de consolidation et de conservation, puisque la mosaïque va rester sur son socle d’origine qu’il faut réparer en certains endroits. Nous avons, jusque-là, nettoyé et allons mettre du plâtre dans les lacunes, consolider le bois situé à la base, qui s’est fragilisé avec le temps, et utiliser un jeu de couleurs pour lui redonner une nouvelle vie et une bonne lisibilité. Nous faisons ce stage avec cinq Libanaises qui ont bénéficié de la même formation et sous la supervision de cinq encadreurs venus d’Arles, qui vont nous aider à démarrer.
Abad Madjid, du nouveau musée de Cherchell, s’occupait de l’inventaire et du nettoyage superficiel des mosaïques. «J’ai fait partie du groupe formé à Arles et j’ai été sélectionné sur la base d’un concours ou participaient cinquante candidats. On nous a choisis sur la base d’une épreuve orale et la formation a été bénéfique, car on pense être capables de faire de la sauvegarde du patrimoine. Après la visite du ministre, on va expliquer le travail fait sur les quatre panneaux en plâtre et en béton, car c’est difficile, ce n’est pas la même méthode selon que la mosaïque est réalisée sur le plâtre ou sur le béton. Sur le plâtre, il faut faire attention, car cela peut s’effriter et faire attention à la surface des tesselles. Pour l’utilisation des produits chimiques, il faut aussi veiller à utiliser le bon produit et la dose qu’il faut. Ce travail m’intéresse beaucoup, car j’ai toujours rêvé de faire partie d’une équipe pour la restauration, mais je n’ai pas eu cette chance jusque-là. J’ai souvent rêvé de profiter de l’expérience d’Abdelkader Bensalah, qui était au musée de Cherchell, et qui était formé en la matière. Malheureusement, il est parti à la retraite en emportant avec lui toutes ses connaissances sans en avoir fait profiter l’équipe de Cherchell. Aujourd’hui, je suis comblé car je fais partie de cette équipe de Tipasa. »

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