Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.

Bannière SAAFI 2018

jeudi, 05 juillet 2018 06:00

LE MAÂLEM DU DIWANE HOUARI BOUSMAHA À «REPORTERS» : «Ma mission c’est la formation»

Écrit par Sara Kharfi
Évaluer cet élément
(1 Vote)

Maâlem de diwane à Oran formé par Cheikh El-Mejdoub de Mostaganem, Houari Bousmaha, se consacre actuellement à la formation. Le groupe Fares Fen Diwane qu’il a formé s’est produit avant-hier soir à Béchar dans le cadre de la compétition de la 11e édition du Festival national de la musique diwane. Dans cet entretien, il revient sur la formation dont il fait son cheval de bataille et sur la manière dont il se projette aujourd’hui dans le diwane.


Reporters : Vous êtes un maître du diwane et membre de la formation Tourath Gnawa, pourtant cette année vous revenez à Béchar avec Fares Fen Diwane, pourriez-vous parlez de ce groupe ?
Maâlem Houari Bousmaha : Ma mission c’est la formation : je forme aussi bien des maâlems que des danseurs, etc. et comme vous avez dû le remarquer, cela fait trois éditions que je ne suis pas monté sur la scène du festival. Et ce n’est pas uniquement parce qu’en 2014 j’ai fait partie du jury, c’est surtout parce que je me suis concentré sur la formation et que j’aime bien donner la chance aux jeunes que je forme pour qu’ils puissent aller à la rencontre du public et se confronter à la scène. Partant de là, j’aime bien aussi que le nom du groupe sous lequel ils se produisent leur convienne ; cela n’aurait servi à rien qu’ils gardent le nom Tourath Gnawa, alors que les membres qui composaient ce groupe au départ, dont moi, sont partis et mènent des carrières en présidant des groupes ou des associations en Algérie et ailleurs ou en faisant de la fusion ou autre. Quand on a choisi ce nouveau nom, je leur ai demandé de se concerter et de trouver un nom. En tout cas, je vais continuer à les former pour encore deux ou trois ans, ensuite chacun trouvera sa voie. Le groupe leur appartient.


Vous êtes un peu à l’écart de la scène, est-ce dire que vous en avez fini avec le diwane ?
Non, pas du tout. J’en ai peut-être fini avec les scènes festivalières puisque je me suis un peu mis à l’écart, mais j’en ai pas fini avec le diwane, ça coule dans mes veines. Pour ce qui est du diwane traditionnel et des waâda, on peut dire que je suis à jour, surtout que nous avons une mhalla [terme qui prend deux sens : zaouia ou lieu où se déroule le rituel, et coffre contenant les instruments sacrés du rituel], et nous perpétuons la tradition héritée du cheikh qui m’a formé, maâlem El-Mejdoub (Allah yerahmou).


Vous avez quand même eu une expérience artistique avec le groupe Bania, sur l’album «Alwane», sorti en 2015...
En effet, j’ai participé à leur album, en interprétant au guembri le titre «Jamangarou». Hafid Bania est un ami, avant qu’on soit tous deux artistes professionnels, on était voisins, on a grandi ensemble, puis chacun à trouvé sa voie. Lui, a réussi à construire une carrière en France et quand il est revenu me proposer d’enregistrer avec lui, j’ai accepté.


Vous acceptez donc l’idée de travailler avec des musiciens sur des expériences de fusion ?
Pour être honnête avec vous, avant, je refusai catégoriquement cette idée. J’étais contre. Mais grâce à des élèves que j’ai formés, qui étaient universitaires et étudiants, j’ai appris à m’ouvrir. De manière indirecte, ils m’ont appris à être plus ouvert et m’ont ramené à mon maître, maâlem El-Mejdoub qui lui était très ouvert sur la fusion. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour mon maître mais j’avais du mal à comprendre son ouverture sur la fusion, cependant grâce à mes élèves, j’ai fini par comprendre que j’avais tort et que mon cheikh avait raison. En plus, je dois dire que le diwane c’est aussi mon travail et mon gagne-pain, je suis obligé de m’ouvrir et être à l’écoute de ce qui se passe autour de moi, il faut juste faire les choses correctement et dans les règles de l’art.


Avant que vous ne vous ouvriez sur les différentes expériences musicales, par quoi était motivé votre refus de la fusion ?
Cela est surtout dû à mon parcours. Vous savez, avant, ce n’était pas facile d’approcher ou de parler à un cheikh. L’initiation au diwane était difficile, il fallait être patient et se démener pour apprendre. Nous, aujourd’hui, nous sommes plus ouverts, comparativement à nos maîtres, aux anciens. Nous avons sué pour apprendre les notes et les bradjs. Or, aujourd’hui, il y a Internet aussi. Maintenant, il y a beaucoup de jeunes qui ont appris sur Internet, qui n’ont pas de cheikh. Mais de cette manière-là, on n’apprend que la technique et le sens du spectacle, pas le diwane. Ils ne peuvent pas, de cette manière-là avoir les codes.


D’autant que dans la waâda ou dans la lila, les choses sont très différentes de la scène...
Effectivement, la scène n’est pas un baromètre. Dans une lila diwane, 20 minutes [le temps imparti aux troupes en compétition pour présenter un spectacle], c’est juste un échauffement. Dans un diwane, il faut que le maâlem soit en harmonie avec le bordj qu’il joue, qu’il entre d’une certaine manière dans une transe propre à lui pour pouvoir l’interpréter correctement. Par exemple, je pourrais ne pas vous plaire sur une scène artistique, mais vous pourriez ne pas me reconnaître et me trouver très bien dans un diwane à Sidi Bel-Abbès, Mostaganem ou Mascara. Vous vous diriez même que ce n’est pas la même personne. Il y a quelque chose qui nous relie et nous transforme dans les gaâda (diwane traditionnel).


C’est l’interaction avec le public ?
Oui, effectivement, le public a un rôle. De temps à autre dans une lila, vous entendez des «Yaâtik essaha maâlem !» (bravo maâlem). En quelque sorte, le public de la lila devient le jury, surtout qu’il vient au diwane pour vivre un moment intense et on n’a pas le droit à l’erreur avec lui. Par contre, la scène c’est surtout le spectacle et les retrouvailles avec les amis.

Laissez un commentaire