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mardi, 10 juillet 2018 06:00

Fanny Aubert Malaurie, conseillère cinéma chargée de développement de projet à l’Institut français de Paris : Des films pour montrer l’amitié franco-algérienne

Écrit par Sihem Bounabi
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Dans le cadre du Colloque international organisé, les 7 et 8 juillet derniers à l’Institut français d’Alger, sur les modalités et les actions de la diplomatie culturelle française dans le domaine de la promotion, de la circulation et l’exportation du cinéma français, des chercheurs universitaires, des experts et ceux qui sont sur le terrain de l’action culturelle ont échangé et partagé leurs expériences.

Parmi les intervenants, Fanny Aubert Malaurie, conseillère cinéma chargée de développement de projet à l’Institut français de Paris, a une expérience de près d’une vingtaine d’années en mission diplomatique culturelle dans plus d’une dizaine de pays dans le monde. Elle a présenté dans sa communication «L’Etat des lieux du réseau culturel français en Afrique et ses performances». Dans cet entretien, elle aborde les objectifs de ce colloque concernant notamment la gestion des salles de cinéma des instituts français et alliances françaises, la nécessité de leur numérisation et les enjeux de la politique culturelle des missions diplomatiques à travers le cinéma.

Reporters : Vous êtes présente en Algérie dans le cadre d’un Colloque international organisé à l’Institut français d’Alger, axé autour de la thématique du cinéma dans les instituts français et les alliances françaises au Maghreb et en Afrique… 
Fanny Aubert Malaurie : Tout d’abord, pour restituer le colloque, il y a eu un premier volet à Paris, il y a un deuxième à Alger, et on continuera avec d’autres volets à Istanbul et à Buenos-Aires, car il est important d’aller sur le terrain au niveau des instituts et des alliances. C’est un Colloque avec l’université de la Sorbonne et d’autres partenaires très prestigieux, en partenariat avec l’Institut français qui s’intéresse à porter une réflexion, notamment sur les salles de projection dans les instituts français et dans les alliances françaises. L’objectif de ce colloque est de mettre en rapport des chercheurs universitaires et des gens du réseau culturel des instituts français et alliances françaises. Parce que dans les faits, ce sont deux mondes qui, si on ne provoque pas leur rencontre, ne se rencontrent pas toujours d’une façon très naturelle ou très fluide. J’ai été personnellement sur le terrain dans onze pays différents, aux Etats-Unis, en Grèce et en Turquie, notamment, depuis une vingtaine d’années dans le cadre des missions diplomatiques au niveau des instituts culturels. J’ai donc programmé une salle, numérisé plusieurs salles et je me retrouve aujourd’hui à Paris à superviser et à encadrer un réseau de cinquante-trois salles numérisées à travers le monde. A réfléchir sur leurs activités de projections, dans leurs activités techniques de formations, de comment rencontrer le public ? Quel public ? Quels films et quelles séances doit-on programmer pour les plus jeunes ? etc. Et donc l’objectif du colloque c’est que des chercheurs qui, eux, ont travaillé dans les universités sur ce réseau, rencontrent ceux qui travaillent sur le terrain pour une réflexion commune et un échange de données. Il faut savoir que les salles de projection de notre réseau ont une histoire d’une épaisseur incroyable. Il y en a qui ont une très longue existence. Parfois cinquante ou soixante-dix ans. Ses salles ont évolué, elles ont progressé et se sont équipées. Pour les plus modernes, celles qui sont équipées en numérique, à l’instar de celle de l’institut d’Alger, on vient de voir un film de qualité tout à fait exceptionnelle de contrastes, de lumière et de sons et, donc, c’est assez important.


Justement, qu’elle est l’importance de la numérisation des salles de projection au niveau de votre réseau ?
La numérisation des salles est très importante car ce qui s’est passé dans l’industrie du cinéma est une profonde mutation, face à laquelle on est impuissants. Qu’on aime ou n’aime pas cette mutation. Mais le constat est que c’est l’ère de l’abandon du 35mm et de la pellicule pour le numérique. C’est une mutation qui a révolutionné l’industrie du cinéma autant que le passage du muet au parlant. Je pense que l’on est dans la même profondeur de mutations. Si les salles ne suivaient pas cette mutation, elles n’auraient plus accès à ce que l’on appelle le film frais. Le constat qui est fait durant ce colloque c’est qu’il reste beaucoup de salles dans le réseau culturel des instituts français et alliance culturelle en Afrique et dans le Maghreb qui ne sont pas encore équipées. Par contre, la très bonne surprise que j’ai eue en arrivant à Alger est que l’Institut d’Alger soit équipé en numérique, ça je le savais, mais que l’institut français de Constantine va inaugurer, en septembre, sa salle de projection en numérique et que l’institut français d’Oran y réfléchit. Certes, l’équipement n’est jamais une fin en soi, ce n’est jamais qu’un moyen. Mais si on n’a pas ce moyen, on ne peut pas proposer au public les meilleures conditions de son, d’images et puis tout simplement, les dernières productions cinématographiques.


Vous avez également parlé dans votre intervention des performances, de quelles performances s’agit-il précisément ?
Pour pouvoir évoluer ce réseau et le faire avancer, il faut des chiffres et des remontées d’informations et pendant des années, on a programmée des films et accueilli un public, sans vraiment prendre en considération le nombre de présents dans la salle. Dans le réseau des salles numérisées on est dans une logique d’avoir une remontée d’informations et une collecte de données pour les analyser et les évaluer. Par exemple, la salle de l’institut d’Alger, va renseigner sur le nombre de séances qu’elle a programmées entre le 1 janvier et le 30 juin. C’est-à-dire le nombre spectateurs dans la salle. De pouvoir connaître son public, est-ce qu’il y a plus d’hommes que de femmes, de pouvoir savoir de quels quartiers ils viennent, la tranche d’âges etc. Ces statistiques et cette collecte de données permettent de mieux cibler ses résultats et de mieux analyser la fréquentation de la salle pour accompagner son développement et réfléchir collectivement à améliorer ses performances et à renforcer ses progrès. Dans la notion de performance, il y a également quelque chose de très important qui est la mesure d’audience. C’est ce qu’on a fait ce matin avec un représentant de l’Institut français du Maroc qui fait un travail exceptionnel sur les séances scolaires et l’éducation des plus jeunes aussi au cinéma. De pouvoir savoir que dans la salle de l’Institut français de Casablanca, il y a eu plus de 6 000 élèves qui sont venus cette année et que l’année dernière, il y a eu 5 000 et que peut-être l’année prochaine, le nombre va augmenter à 7 000. C’est de la mesure d’audience et de la mesure de performance. Tout cela sont des données qui sont importantes, car on se dit, si cela a marché dans tel institut, pourquoi cela ne marcherait pas dans tel autre ? Il faut pouvoir comparer les chiffres et des choses vraiment très précises pour avoir une vraie grille d’évaluation d’analyse pour une stratégie performante.


A la fin de cette première journée, quelles sont vos premières appréciations ?
Lors de cette première journée, c’était très enrichissant. J’aime communiquer et j’aime l’échange. L’échange permet de mieux connaître l’autre et, quand je viens en Algérie, que je vois la salle et je vois le public, je suis dans l’échange, j’apprends des choses est c’est très concret. Aujourd’hui, les deux chercheurs, l’un Burkinabé et l’autre Béninois nous ont appris à mieux percevoir à travers leurs sensibilités sur ce que nous, institut français, faisions. C’est un échange qui est très intéressant. Concernant les conclusions d’un colloque, c’est difficile de dire. On aimerait avoir, à l’issue de ces rencontres, une meilleure connaissance des salles pour mieux savoir s’adresser à un public, mieux le conquérir, mieux l’éduquer et défendre le cinéma sur grand écran à l’ère d’une génération qui le voit vraiment sur petit écran. Après une salle de cinéma, c’est très locale, car chaque salle est singulière et chaque public est singulier même si on est dans le même pays. Une salle de cinéma, c’est d’abord un contexte, un quartier, une histoire bien à elle. Mais ceci n’empêche pas de penser à une vision et stratégie globales.


Justement, en parlant de stratégie, quel est le rôle du cinéma dans les missions diplomatiques ?
Je pense que c’est un objectif très ambitieux. Parce que lorsqu’on fait voyager les images, on fait voyager la France. Donc quand on fait voyager le cinéma, on fait voyager des images de la France, la langue française, des valeurs que l’on porte et aussi une certaine culture. Les salles programment des films récents et des films du patrimoine et des films d’auteurs. Même quand on prend des comédies ou des films légers, tous ces films véhiculent une image de la France, ce qui fait du cinéma un outil d’influence. Les salles de notre réseau programment des films français mais aussi des films de productions locales. Par exemple, à Alger, il y a une grande programmation de film algériens, ou de coproduction franco-algérienne. On véhicule ainsi une amitié franco-algérienne à travers un film fait avec des Français et des Algériens.  Il y a aussi un autre point que l’on soutient à travers ces projections de cinéma, c’est celui de voir un film sur grand écran. Aujourd’hui, on est dans un monde de l’image, nos enfants voient souvent leurs films sur le petit écran du portable ou de leur ordinateur, c’est une façon de faire. Mais nous, on veut qu’ils le voient sur grand écran, en salle et de façon collective et non pas singulière sur le petit portable. A propos de la jeunesse, ce soir j’ai été très frappée d’un certain mouvement dans la salle des arrivées des jeunes. Même s’ils arrivent un peu en retard, ils arrivent et repartent ensemble comme s’ils étaient vraiment chez eux. C’est quelque chose d’assez touchant. Moi, j’aime bien que l’on rentre au début du film et rester jusqu’à la fin. Mais là, il y avait une sorte de remue-ménage ? Je me suis dit tient, c’est un sens de l’appropriation de la salle et c’est ce qui est le plus important.


Que pensez-vous du film de Karim Moussaoui «En attendant les hirondelles », que vous avez découvert lors de la projection à l’IF d’Alger ?
J’ai beaucoup apprécié et je viens de le féliciter. Certes, on l’a aidé et soutenu pour la réalisation de son film, mais je n’avais pas eu l’occasion d’aller le voir lors de sa projection, lorsqu’il a été sélectionné au Festival de Cannes. J’ai félicité Karim Moussaoui pour la qualité du casting, du son, des décors et des lumières tout à fait exceptionnelles de son film, tout en lui disant qu’il y avait deux scènes qui m’ont particulièrement touchée. La première scène musicale où le jeune couple danse très librement, je trouve cette scène magnifique. Et l’autre scène musicale, après quand ils sont en extérieur et que les musiciens entrent dans l’image de l’écran, et qu’il y a une sorte de chorégraphie qui s’installe, c’est aussi magnifique. Ce sont deux scènes qui m’ont beaucoup émue et j’ai tenu à féliciter le réalisateur pour cela.


N’est-ce pas aussi cela l’une des missions du cinéma, transmettre et partager des émotions ?
Le cinéma véhicule des émotions, dont le grand bonheur lorsque l’on voit un film est de pouvoir pour le public se retrouver à l’écran. On a eu une grande discussion à ce sujet, aujourd’hui, dans le cadre du colloque, c’est qu’il fallait que le spectateur africain se retrouve à l’écran. Il est aussi important de donner une place à la cinématographie dans les instituts français, car c’est des lieux de liberté d’expression, des lieux où les jeunes peuvent se retrouver dans des pays où ce n’est pas évident de se retrouver. C’est des lieux où on peut débattre et se poser des questions et évidemment créer des émotions.

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