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mardi, 10 juillet 2018 06:00

Festival national de la musique diwane de Béchar : Onze ans après : un rassemblement sans vocation

Écrit par Sara Kharfi
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Le Festival de Béchar a soufflé cette année sa 11e bougie, pourtant, il peine, encore et toujours, à trouver sa vocation. Bien qu’il ait réussi à la perfection la mission de réunir différentes troupes, associations, «confréries» qui pratiquent le diwane sur tout le territoire national,

cet événement ne peut remplir pleinement sa mission de festival, c’est-à-dire de vecteur de développement et un moyen de rayonnement d’une ville, de ses habitants, ses traditions et ses cultures.

La 11e édition du Festival culturel national de la musique diwane de Béchar s’est tenue du 2 au 5 juillet 2018 au complexe du 18-Février. Trois lauréats ont été choisis par un jury composé de deux musiciens et d’un maâlem de diwane. En plus d’une modeste dotation financière, Noujoum Saoura de Béchar (1er Prix), El Houda de Maghnia (2e Prix) et Ahl Diwane de Kenadsa (3e Prix) se produiront en 2019 au Festival international du diwane d’Alger. Mission accomplie ! Service fait ! Il n’y a rien à ajouter. Il faudrait pourtant saluer les efforts des organisateurs qui ont gardé le cap et tenu le coup, malgré les difficultés financières, la subvention octroyée par le ministère de la Culture ayant été réduite de moitié (5 millions de dinars au lieu de 10 millions de dinars). «On est à la 11e édition, le festival devrait être sur la 11e marche, pourtant je pense qu’on est redescendu à la première marche, pour des raisons financières principalement. C’est dommage pour une ville comme Béchar et pour diwane», regrette Lahcen Bastam du groupe Essed, qui a beaucoup soutenu le Festival cette année. Au départ annuel, le Festival, qui est la seule manifestation de dimension nationale se tenant dans la capitale de la Saoura, est devenue une biennale (depuis la restructuration des festivals et la nouvelle cartographie décidée par le ministère de la Culture) se déroulant en alternance avec le Festival culturel international du diwane d’Alger. Et comme pour enfoncer davantage le clou, le calendrier n’a jamais été à la hauteur des attentes et des objectifs. Organisé habituellement au mois de mai -il y a même eu une édition en septembre et une autre au mois de juin-, les dates coïncident toujours avec la période de grandes chaleurs, où il n’y a quasiment pas d’activité touristique. Or, un festival est un vecteur de développement économique et touristique qui participe au rayonnement d’une ville, de ses traditions et cultures, mais cela ne semble pas entrer en ligne de compte pour «ceux qui décident» des calendriers des festivals. Cette problématique a été posée à maintes reprises et notamment en 2013, lorsque des participants (artistes, Ouled diwane, organisateurs de l’événement, représentant du ministère de la culture, universitaires, journalistes) ont rédigé, à la suite de concertations et de discussions, un certain de nombre de recommandations pour une meilleure visibilité du festival. Les rédacteurs de ces recommandations transmises au commissaire du festival ont appelé à changer les dates de l’événement. Pourtant, rien n’a changé. Pis, le festival s’est tenu cette année en juillet. «On s’étonne pourquoi il n’y a pas d’engouement pour le festival, or, durant cette période, beaucoup de gens ont quitté Béchar pour des vacances dans les villes côtières. Il est vrai que les Bécharois ont répondu présent pour cette édition mais ça aurait pu être mieux, ça aurait pu aussi attirer des gens hors Béchar», nous a déclaré maâlem Hakem Abdellaoui, membre du jury de cette édition et lauréat trois fois dans ce festival.


Une visibilité quasi-inexistante et des polémiques
De son côté, mqedem Brahim Berrezoug, plus connu comme âami Brahim a estimé que «ce festival est une bonne chose aussi bien pour la ville que pour le diwane, mais on a aussi besoin de plus de visibilité». En effet, en dehors de cette biennale, la visibilité des artistes diwane est quasi-inexistante. «Avant, je me produisais régulièrement à Alger avec mon groupe Diwane El Waha. Il y a avait beaucoup de scènes, beaucoup de festivals qui faisaient appel à nous, mais depuis environs trois ans, c’est le silence radio. On n’a plus d’espace d’expression.
Il ne nous reste que les fêtes et les soirées de diwane traditionnel», déplorera maâlem Hakem. En effet, l’engouement des programmateurs pour la musique diwane a baissé, il est même inexistant aujourd’hui. Le comportement pour le moins étrange envers le festival est-il dû au fait qu’il n’y a plus de scènes et d’espaces d’expression pour le genre musical ? La question mérite d’être posée dans la mesure où nous avons eu à constater cette année une baisse dans le niveau comparée aux éditions précédentes. Le programme des huit troupes en compétition était presque le même : on a écouté les mêmes bradjs (morceaux) à l’exemple de «Bania» ou «Bouderbala», on a vu des maâlem avoir beaucoup de mal à faire sonner leur guembri sur scène, et on a observé des gnadiz (joueurs de crotales/membres de la chorale) qui n’étaient pas au top de leur forme. «Si je ne fais pas de scènes et que je n’ai rien de prévu, je ne répète pas. Pourquoi se préparer quand on n’a rien ? On se produit de moins en moins donc pourquoi faire des efforts pour monter un spectacle», nous confie un maâlem. L’autre problème du festival est la compétition. Chaque année, celle-ci créée d’interminables polémiques qui commencent au stade et se prolongent sur les réseaux sociaux.
Ceux qui n’ont pas été classés fustigent le festival, ses organisateurs, les autres troupes et notamment celles qui ont été primées. Ne dérogeant pas à la règle, le palmarès de cette année a été loin de satisfaire les participants. Pourtant, les groupes qui ont gagné ont été les meilleurs sur scène. Artistiquement, cela s’entend. Parce que dans le diwane, on peut être sensible à l’interprétation d’un koyo bango (chanteur) ou d’un maâlem (jeu sur le guembri), cependant chaque mhalla (zaouia ou maison/famille diwane) a ses spécificités. De plus, il existe une hiérarchie et chacun selon son degré d’initiation, doit avoir la reconnaissance de ses maîtres au cours d’une cérémonie (de moins en moins organisée) pour pouvoir se produire en public. Au cours de cette édition du Festival de Béchar, et même si le jury a estimé que le «niveau général était bon», il apparaît évident lorsqu’on compare avec les autres éditions que le niveau a baissé d’un cran. Il apparaît évident aussi que les fameuses 20 minutes accordée à chaque troupe en compétition sont loin de suffire, notamment lorsqu’on sait que la durée d’un bordj dépasse parfois les 20 minutes, or, le règlement intérieur du festival exige que le programme soit varié comportant des danses, des rituels (comme l’entame du spectacle par un tbel), etc. Si tous s’accordent à dire que le festival ne devrait plus s’organiser autour d’une compétition, cela n’a jamais été envisagé. «C’est le seul moyen de choisir trois troupes pour prendre part au Festival d’Alger», nous expliquent les organisateurs. La compétition créée des polémiques et des tensions, et l’annonce des résultats plombe toujours l’ambiance. La compétition ne peut faire évoluer la musique diwane, et encore moins offrir à ceux qui la pratiquent la possibilité d’être visibles et de vivre de leur art. Somme toute, les organisateurs ont réussi le pari d’organiser un festival en très peu de temps, avec très peu de ressources et attirer un large public malgré la météo. «Le public était au rendez-vous, comme toujours. Nous avons tenu bon», conclut Lahcen Bastam. Certes, le défi a été relevé mais ce travail dans l’urgence et la précipitation ne peut apporter des résultats.

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