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jeudi, 12 janvier 2017 06:00

chronique des 2 Rives : PAR-DELÀ LES AMALGAMES, LES RACINES DE L’HISTOIRE : Djamal al-Din Al-Afghani versus Ernest Renan (5 et fin)

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Au printemps 1883, Ernest Renan, philosophe français, avait présenté à l’université de la Sorbonne une conférence intitulée Conférence prononcée à la Sorbonne, « L’Islamisme et la Science ».

Ernest Renan, de prime abord, posait l’interrogation suivante : « Y a-t-il eu réellement une science musulmane, ou du moins une science admise par l’islam, tolérée par l’islam ? Il y a dans les faits qu’on allègue une très réelle part de vérité. Oui ; de l’an 775 à peu près, jusque vers le milieu du XIIIe siècle, c’est-à-dire pendant cinq cents ans environ, il y a eu dans les pays musulmans des savants, des penseurs très distingués. On peut même dire que, pendant ce temps, le monde musulman a été supérieur, pour la culture intellectuelle, au monde chrétien ». Après ces propos plutôt élogieux pour la civilisation arabo-musulmane, il tirait des conclusions arrêtées sur le devenir de ce qu’il nommait déjà l’islamisme : «Pour la raison humaine, l’islamisme [entendons l’« islam »] n’a été que nuisible. Les esprits qu’il a fermés à la lumière y étaient déjà sans doute fermés par leurs propres bornes intérieures ; mais il a persécuté la libre pensée, je ne dirais pas plus violemment que d’autres systèmes religieux, mais plus efficacement. Il a fait des pays qu’il a conquis un champ fermé à la culture rationnelle de l’esprit ».
Djamal al-Din Al-Afghāni a donné en français une réponse à la conférence d’Ernest Renan dans « Le Journal des Débats ». Dans sa réplique, Djamal al-Din Al-Afghāni affirme : « En songeant toutefois que la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles dans le monde la religion musulmane, je ne peux pas m’empêcher d’espérer que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la civilisation à l’instar de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré ses rigueurs et son intolérance, n’a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l’islam. Je plaide ici auprès de M. Renan, non la cause de la religion musulmane, mais celle de plusieurs centaines de millions d’hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l’ignorance… Personne n’ignore que le peuple arabe, alors qu’il était dans l’état de barbarie, s’est lancé dans la voie des progrès intellectuels et scientifiques avec une vitesse qui n’a été égalée que par la rapidité de ses conquêtes car, dans l’espace d’un siècle, il a acquis et s’est assimilé presque toutes les sciences grecques et persanes qui s’étaient développées lentement pendant des siècles sur le sol natal, comme il étendit sa domination de la presqu’île arabique jusqu’aux montagnes de l’Himalaya et au somment de Pyrénées. On peut dire que dans toute cette période, les sciences firent des progrès étonnants chez les Arabes et dans tous les pays soumis à leur domination. Rome et Byzance étaient alors les sièges des sciences théologiques et philosophiques ainsi que le centre lumineux et comme le foyer ardent de toutes les connaissances humaines. »
« Toutefois, il est permis de se demander comment la civilisation arabe, après avoir jeté un si vif éclat dans le monde, s’est éteinte tout à coup ; comment ce flambeau ne s’est pas rallumé depuis, et pourquoi le monde arabe reste toujours enseveli dans de profondes ténèbres. Les religions, de quelque nom qu’on les désigne, se ressemblent toutes. Aucune entente ni aucune réconciliation ne sont possibles entre ces religions et la philosophie. La religion impose à l’homme sa foi et sa croyance, tandis que la philosophie l’en affranchit totalement ou en partie. Comment veut-on dès lors qu’elles s’entendent entre elles ? Lorsque la religion chrétienne, sous les formes les plus modestes et les plus séduisantes, est entrée à Athènes et à Alexandrie qui étaient, comme chacun sait, les deux principaux foyers de la science et de la philosophie, son premier soin a été, après s’être établie solidement dans ces deux villes, de mettre de côté et la science proprement dite et la philosophie, en cherchant à les étouffer l’une et l’autre sous les broussailles des discussions théologiques, pour expliquer les inexplicables mystères de la trinité, de l’incarnation et de la Transsubstantiation. Il en sera toujours ainsi. Toutes les fois que la religion aura le dessus, elle éliminera la philosophie ; et le contraire arrive quand c’est la philosophie qui règne en souveraine maîtresse. Tant que l’humanité existera, la lutte ne cessera pas entre le dogme et le libre examen, entre la religion et la philosophie, lutte acharnée et dans laquelle, je le crains, le triomphe ne sera pas pour la libre pensée, parce que, aussi, la science, si belle qu’elle soit, ne satisfait pas complètement l’humanité qui a soif d’idéal et qui aime à planter dans des régions obscures et lointaines que les philosophes et les savants ne peuvent ni apercevoir ni explorer. »
Djamāl Al-Dīn Al-Afghāni est né en octobre 1838 à Asadabad, en Afghanistan. Après avoir suivi des études religieuses, il est entré au service comme conseiller des princes afghans. Al-Afghani est à l’origine de la presse locale en lançant le premier et éphémère journal nommé « Kaboul » qui apparaissait sous la forme d’un manuscrit. Mais à la chute de son protecteur Mohammad Azam Khan, et sa disgrâce, il débute ses voyages à travers le monde. Il se rend notamment en Égypte où il séjourne pendant quelque temps.
À Istanbul, il est désigné membre du Conseil suprême des sciences. Il est alors la cible d’une opposition et d’attaques virulentes de la part des savants stambouliotes et des prédicateurs des mosquées, à qui les idées et les discours du nouveau-venu déplaisent. Il quitte alors Istanbul pour revenir en Égypte en 1871, où il est accueilli avec tous les honneurs par les Égyptiens. À cette période, il rencontrera Muhammad Abduh et Saad Zaghloul (future grande figure de la politique égyptienne, il deviendra premier ministre en 1924). Il anime des cercles de formation, qui abordaient la haute théologie, la philosophie spéculative traitant des sciences naturelles et intellectuelles, l’astronomie, le soufisme et le droit musulman. En 1879, son influence grandissante était devenue menaçante pour les Anglais en Égypte. Il s’installe à Paris en 1882. En France, il se fait rejoindre pas ses étudiants dont Muhammad Abduh. Les deux hommes créent ensemble un hebdomadaire en arabe « al Urwa-al Wuthka » (le lien indissoluble, tiré du Coran). Le 1er numéro est paru le 13 mars 1884 et le 18e et dernier numéro le 17 octobre 1884. Cette revue avait été envoyée en Égypte et en Inde, elle avait été cependant considérable, elle avait attaqué l’action anglaise dans les pays à majorité musulmane et elle avait souligné les bases doctrinales sur lesquelles devrait s’appuyer l’islam pour retrouver sa force. Selon Lamartine : «Toutes les religions avaient leur divine morale, toutes les civilisations leur vertu, et tous les hommes le sentiment du juste, du bien et du beau, gravé en différents caractères dans leur cœur par la main de Dieu ». Le poète indien Ranbindranah Tagore évoquait, quant à lui, « la morsure vivifiante de l’Occident ». L’histoire est tissée de confrontations fertiles. Ainsi, la controverse entre Renan et Djamāl Al-Dīn Al-Afghāni résonne avec force au cœur des débats décisifs de notre temps.

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