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mercredi, 13 septembre 2017 06:00

Birmanie : L’ONU réunit aujourd’hui son Conseil de sécurité sur la crise des Rohingyas

Écrit par Kahina Terki
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L’ONU, qui a dénoncé un «nettoyage ethnique», va réunir aujourd’hui mercredi son Conseil de sécurité afin de discuter de la crise des Rohingyas dont plus de  310 000 se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir les violences en Birmanie. Cette réunion intervient à la demande du Royaume-Uni et de la Suède quelques heures après les déclarations très critiques et inquiétantes du président du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Zeid Ra’ad Al Hussein, avait estimé lundi que «la situation semble être un exemple classique de nettoyage ethnique».


«Nous avons reçu de multiples rapports et des images satellites montrant des forces de sécurité et des milices locales brûlant des villages rohingyas, et des informations cohérentes faisant état d’exécutions extrajudiciaires, y compris de tirs sur des civils en fuite», avait-il déclaré
A la frontière de la Birmanie et du Bangladesh, pays vers lequel affluent des milliers de réfugiés rohingyas, les organisations internationales peinent à prendre en charge les personnes fuyant les exactions : malades, blessés pour certains, affaiblis et affamés, ils arrivent complètement démunis dans une zone où les camps sont déjà surpeuplés. «Avant cette dernière crise, les ONG travaillaient déjà sur le terrain, mais l’afflux a submergé les services en place», a  expliqué Robert Watkins, le coordonnateur des Nations unies au Bangladesh, ajoutant que la «vague de réfugiés ne semblait pas faiblir». Le Conseil de sécurité de l’ONU a donc décidé de se réunir pour évoquer ce dossier malgré la résistance de la Chine, principal partenaire économique de la Birmanie. Hier mardi, Pékin a réitéré son «soutien» à la Birmanie et aux «efforts» des autorités birmanes pour «préserver la stabilité» dans l’ouest du pays. «Nous pensons que la communauté internationale devrait soutenir les efforts de la Birmanie pour préserver la stabilité de son développement national», a dit le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
La nouvelle flambée de violences, dans une région souvent en proie aux troubles, a commencé fin août avec des attaques de rebelles rohingyas contre la police birmane, qui ont déclenché une répression de l’armée. Bilan, plus de 400 morts, la plupart des rohingyas, selon l’armée, l’ONU évoquant plus de 1.000. Les rebelles ont déclaré dimanche dernier un cessez-le-feu unilatéral d’un mois, mais le gouvernement birman a répondu qu’il ne négociait pas avec des «terroristes». La Première ministre bangladaise, Sheikh Hasina, qui est en visite dans les camps hier mardi, a affirmé dans la nuit devant les députés que c’était à la Birmanie de «résoudre» cette crise. «Les Rohingyas sont des citoyens birmans. Ils se voient retirer leur citoyenneté par phase et sont forcés de quitter le pays», a-t-elle déclaré.
«Opération militaire cruelle»
Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations. Ils sont victimes de multiples discriminations - travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres. «J’appelle le gouvernement à mettre un terme à son opération militaire cruelle» et aux «discriminations généralisées» dont souffrent les Rohingyas, et enquêter sur «toutes les violations», a dit du président du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, M. Zeid. Mais dans une déclaration sans ambiguïté, le chef de l’armée birmane a affirmé que les «“Rohingyas” ne font pas partie de l’histoire du pays». Et la diplomatie birmane, dirigée par Aung San Suu Kyi, a maintenu lundi soir son soutien à l’armée: elle a assuré que «les forces de sécurité ont reçu pour instructions» d’«éviter des dommages collatéraux et que des civils innocents soient blessés lors de leur mission légitime de restauration de l’ordre». La prix Nobel de la paix est très critiqué sur la scène internationale pour sa retenue et sa froideur sur ce sujet. D’autres prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu puis le dalaï lama, leader spirituel des Tibétains, admiré par Aung San Suu Kyi, l’ont appelée à intervenir dans cette crise. La tâche d’Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années et par la grande autonomie de l’armée birmane, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit. Dimanche dernier en soirée, la police a dû intervenir dans le centre du pays pour disperser une foule de 400 personnes jetant des pierres sur une boucherie musulmane. En 2012, de violents affrontements avaient éclaté dans le pays entre bouddhistes et musulmans faisant près de 200 morts, principalement des musulmans. Les violences antimusulmanes étaient alors souvent parties de foules bouddhistes en colère.
Au Bangladesh, les Rohingyas parqués sur une île déserte?
Les dizaines de milliers de Rohingyas venus se réfugier au Bangladesh pour fuir les violences en Birmanie pourraient bien se voir déplacés de force sur une île déserte, si un projet controversé de Dacca aboutit. Le Bangladesh tente d’obtenir l’appui de la communauté internationale dans son plan de relocalisation de réfugiés rohingyas sur l’île de Bhashan Char - récemment renommée ainsi, auparavant appelée Thengar Char. Si l’idée est dans les tuyaux depuis deux ans, la vague massive de nouvelles arrivées la relance avec d’autant plus d’actualité. Quelque 370 000 Rohingyas, minorité musulmane persécutée dans l’ouest de la Birmanie, se sont abrités au Bangladesh depuis fin août. Cette marée humaine, déclenchée par un nouveau cycle de violences entre l’armée et une jeune rébellion rohingya, est venue grossir les rangs d’au moins 300 000 membres de cette communauté apatride qui se trouvaient déjà dans les camps de réfugiés miséreux du sud-est du Bangladesh. Débordées, les autorités locales cherchent désespérément où loger ces nouveaux venus, qui constituent un fardeau supplémentaire pour cette nation pauvre d’Asie du Sud. Elles sont d’ores et déjà à la recherche d’un espace pour dresser un nouveau camp de réfugiés d’une capacité de 250 000 personnes dans la région de Cox’s Bazar, près de la frontière birmane. Mais cette capacité pourrait s’avérer encore insuffisante. En conséquence, le gouvernement a accéléré les travaux d’aménagement de Bhashan Char. Cette île alluviale à l’entrée du golfe du Bengale est apparue il y a une dizaine d’années, formée par les sables charriés par le fleuve Meghna. Elle ne figure même pas sur nombre de cartes. Le Bangladesh rêve de la transformer en camp de réfugiés à ciel ouvert pouvant accueillir des centaines de milliers de Rohingyas.
Mais le défi est immense: tout est à faire. Les dirigeants de la communauté rohingya et les organisations de défense des droits de l’homme s’opposent avec virulence à ce projet de déménagement, dénonçant l’isolement du lieu et les conditions naturelles hostiles de ce banc de sable inhabité. Bhashan Char se trouve à une heure de navigation de Sandwip, île habitée la plus proche, et deux heures d’Hatiya, l’une des plus grandes îles du Bangladesh. Une à deux fois par an, la petite île est sujette aux inondations lors d’importantes marées, selon un responsable de la police régionale. Seuls quelques pêcheurs et fermiers venant y faire paître leur bétail l’utilisent.

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