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mercredi, 15 novembre 2017 06:00

Le Venezuela au bord de la faillite financière : Pour Maduro, le salut viendra de Moscou et Pekin

Écrit par Anis Remane
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En grande difficulté économique et financière, le Venezuela dépend plus que jamais de la Russie et de la Chine pour éviter le défaut de paiement et l’effondrement de l’ensemble de son système économique. C’est ce qui apparaît hier, journée durant laquelle le pays a été déclaré «en défaut partiel» sur sa dette par l’agence de notation S&P Global Ratings, quelques heures après deux réunions de créanciers lundi à Caracas et à New York.

S&P a indiqué dans un communiqué que le Venezuela était dans l’incapacité de rembourser 200 millions de dollars, soulignant avoir pris sa décision à l’issue d’une période de grâce de 30 jours sur le paiement de deux obligations. L’annonce de l’agence de notation américaine est intervenue quelques heures après une réunion, d’à peine 25 minutes, à Caracas de créanciers internationaux du pays qui s’est achevée sans accord mais avec la promesse d’une prochaine rencontre. Le Venezuela, affecté notamment par la chute des cours de l’or noir, veut restructurer sa dette extérieure, estimée à 150 milliards de dollars, car il ne dispose plus que de 9,7 milliards de réserves et doit rembourser au moins 1,47 milliard d’ici la fin de l’année, puis 8 milliards en 2018. «Nous considérerions toute restructuration (de la dette) comme un échange de créances en difficulté et comme l’équivalent d’un défaut étant donné les liquidités extérieures limitées» du Venezuela, a souligné S&P. «De plus, selon nous, les sanctions américaines à l’encontre du Venezuela et des membres du gouvernement devraient résulter en une longue et difficile négociation avec les créanciers», a ajouté l’agence de notation, alors que selon Caracas, 70% d’entre-eux sont nord-américains (Etats-Unis et Canada).
Le risque pour le pays est de se retrouver coupé des marchés, tout comme son groupe pétrolier PDVSA, et de devoir affronter des poursuites et la saisie d’actifs et de filiales à l’étranger. Selon des participants à la réunion de Caracas, qualifiée de «succès retentissant» par le gouvernement vénézuélien, ce dernier souhaite former des groupes de travail pour évaluer les propositions de renégociation de la dette à court et moyen termes, mais sans plus de précisions. Outre les deux paiements sur lesquels le pays vient de faire défaut, le Venezuela est en retard pour le paiement de quatre autres échéances pour un montant total de 420 millions de dollars, a indiqué S&P, précisant par ailleurs avoir «abaissé la note des émissions à long terme en devises à SD (défaut partiel)». Le chef de l’Etat vénézuélien Nicolas Maduro assure, lui, négocier avec la Russie et la Chine, deux alliés auxquels le Venezuela doit respectivement 8 et 28 milliards de dollars.
 Caracas et Moscou doivent en effet signer aujourd’hui un accord pour restructurer trois milliards de créances vénézuéliennes, de sources proches concordantes. Le ministère russe des Finances a refusé de confirmer cette information et ne prévoit aucun évènement public tandis que l’ambassade du Venezuela à Moscou a annoncé la tenue d’une conférence de presse dans la journée d’aujourd’hui. La Chine a pour sa part déclaré mardi que sa coopération avec Caracas dans ce dossier «se déroule normalement». Le sort du Venezuela dépend donc plus que jamais de ses alliés russes et chinois.
 «Aujourd’hui, le défaut paraît presque inévitable», analyse pour l’AFP Ludovic Subran, chef économiste chez l’assureur-crédit Euler Hermes «Le compte n’y est pas. Les créanciers ont de bonnes raisons de s’alarmer», explique pour sa part à l’agence de presse l’économiste vénézuélien Orlando Ochoa. «Le Venezuela se trouve paradoxalement au bord d’un précipice financier, quand bien même il dispose des ressources (pétrolières) pour mener un changement d’orientation économique qui lui permettrait de mettre sur pied un plan de redressement», affirme-t-il.


«Restructuration compliquée»
«Une restructuration, ce n’est jamais simple. Mais avec les sanctions fixées par les Américains, ça l’est encore moins», prévient un spécialiste du marché de la dette, sous couvert d’anonymat. A la fin août, Washington a interdit à ses banques et à ses citoyens d’acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords avec le gouvernement vénézuélien. De toute façon, «c’est un peu tard pour restructurer la dette», souligne M. Subran qui ne croit pas non plus à la vente d’actifs, comme des raffineries pétrolières, pour régler la situation financière du Venezuela. «Quand un pays est au pied du mur, il vend ses bijoux pas cher.
Et de toute façon, qui serait prêt à acheter dans le contexte actuel?», s’interroge-t-il.  «Il est vrai que des créanciers comme la Russie et la Chine peuvent intervenir», reconnaît le spécialiste des marchés de la dette. La question est de savoir s’ils sont encore disposés à maintenir leur soutien financier au pays pétrolier. Pour l’instant, rien ne laisse supposer le contraire: Pékin a déclaré hier mardi que sa coopération avec Caracas dans ce dossier «se déroule normalement» et Moscou devrait signer mercredi un accord pour restructurer pour trois milliards de dollars de créances vénézuéliennes, selon des sources concordantes. «Politiquement, bien sûr que la Russie a intérêt à aider le Venezuela», admet M. Subran. «Mais le problème ne serait que repoussé», les marchés ayant identifié le pays pétrolier comme le plus gros risque actuel pour des investissements. Le danger pour le Venezuela est de se retrouver coupé des marchés, tout comme son groupe pétrolier PDVSA, et de devoir affronter des poursuites et la saisie d’actifs et de filiales à l’étranger.
 Pour se sortir de cette situation, Caracas pourrait se permettre «un petit subterfuge», devine M. Subran, qui «croit beaucoup à la théorie» que le pays sud-américain «pourrait faire défaut uniquement sur la partie souveraine, mais protéger PDVSA». «Si PDVSA fait défaut, les actifs pourraient être saisis et du coup il n’y aurait plus de revenus du pétrole, donc plus possible de financer le compte courant», ajoute-t-il. «Cela fait sens», confirme M. Ochoa. «Les obligations de l’Etat sont plus facilement négociables que les titres de PDVSA», reconnaît-il. En octobre dernier, le ministre des Finances russe Anton Silouanov avait déclaré à l’agence Interfax que l’accord prévoyait de diviser le remboursement en deux étapes, avec un premier remboursement «d’un petit montant» avec «des conditions assez favorables», afin que le Venezuela soit «en mesure de transférer la plus grande partie» de la dette dans un deuxième temps.

Dernière modification le mercredi, 15 novembre 2017 00:29

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