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jeudi, 18 mai 2017 06:00

chronique des 2 Rives : Henri Curiel, l’homme à part

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
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Henri Curiel qui se voulait avant tout Egyptien est entré en révolution anti-impérialiste comme en entre en religion. Face au colonialisme anglais en Egypte, fervent soutien de la lutte d’indépendance du peuple algérien ainsi de la cause palestinienne. Son combat s’entrecroisa avec Che Guevara, Ben Barka, Malcom X. Après sa participation à l’essor des réseaux des »Porteurs de valises », il prit part également aux premiers pas de l’Algérie indépendante…

Le mythe Curiel est profondément ancré dans l’histoire. Il y a une trentaine d’années, à la sortie de l’ascenseur de son domicile, il y a une quarantaine d’années, un 4 mai 1978, Henri Curiel s’est retrouvé face à ses assassins. Ils étaient deux, ils lui tirent à bout portant trois balles. La destinée de l’«homme à part» était scellée. L’attaque avait été revendiquée par un mystérieux «groupe Delta». Des journalistes, des historiens et des compagnons de lutte, avaient depuis longtemps des doutes, des pistes, voire des certitudes. Après, un long silence s’est alors abattu. Il est déchiré en 1984 par le livre somme magistral de Gilles Perrault «Un homme à part» (une nouvelle édition augmentée d’une postface en est parue en 2006 aux éditions Fayard). Plus tard, pour la commémoration du 20e anniversaire de son assassinat se tient un colloque consacré à son action. Les témoignages et interventions ont fait l’objet d’une publication par la revue «recherches internationales». Les éditions «Le Temps des cerises» publieront en 1999 les Actes des rencontres Henri-Curiel : «Des Brigades internationales aux sans-papiers. Crise et avenir de la solidarité internationale», sous la direction de Michel Rogalski et Jean Tabet. Il faut ajouter le film : «Henri Curiel, un crime politique» d’Emilie Raffoul, Khaled Melha et Jean-Claude Deniau.
Ceux qui ont lu le livre «Un homme à part» de Gilles Perrault en sont ressortis non seulement fascinés par le parcours d’Henri Curiel mais édifiés sur des péripéties historiques dont les contours convenus étaient loin de rendre compte de leur âpreté et leur complexité.
C’est dire que le livre de René Galissot «Henri Curiel : le mythe mesuré à l’histoire» (Riveneuve éditions, 2009) était attendu, mérite l’attention, la relecture. René Galissot est historien du mouvement communiste international et du Maghreb colonial et postcolonial dans une problématique marxiste de la question nationale. Mais il est aussi un intellectuel militant et engagé de la «génération algérienne». C’est pour cela peut-être qu’il pose d’entrée de jeu dans son livre la question de savoir si une biographie peut être historique ? D’autant plus, comme il le note, nous sommes dans «une période qui se dissimule sous un discours de surexposition identitaire et sous la pratique de la gouvernance coloniale, devenant postcoloniale, qui fait fond sur la manipulation et la perpétuation des conflits ethnico-confessionnels...». Cette remarque a son importance dans la mesure où la destinée de Curiel s’est à la fois déroulée au moment de la montée des luttes de libération nationale, et singulièrement l’acuité du nationalisme arabe dans ses diverses postures. Posture également singulière à plus d’un titre que celle d’Henri Curiel : d’origine juive, né en Egypte au moment de l’avènement du premier conflit mondial, dans une famille bourgeoise, il se voudra avant tout Egyptien, (déclaré en 1035 et récusé en 1950) récusant le statut de «protégé» français... Après une phase mondaine que sa condition sociale permettait, Henri Curiel entrera en révolution comme on entre en religion. Or, il restera un Egyptien improbable, «parlant un arabe appris à coups de volonté avec un accent étranger», précise René Galissot. «Adorateur du communisme soviétique» après la victoire de Stalingrad, il aggrave sa singularité en devant «patriote gaulliste», dans le sillage de l’attachement familial à une certaine idée de la France, dont l’origine remonte au système des capitulations.


Il s’était voué à l’aide au Tiers-Monde
Après avoir goûté aux mondanités, Curiel qui ne satisfaisait pas de l’exercice du marxisme en cercle, s’emploiera d’«aller vers le peuple». Le mythe Curiel est profondément ancré dans l’histoire. A l’heure de l’impérialisme britannique triomphal, sa pratique révolutionnaire procède avant tout d’un double déploiement : sociale et national. Pour preuve, au lieu de s’attacher à la création d’un parti communiste groupusculaire, il met en avant la fondation d’un Mouvement démocratique national, «Hadeto», en arabe, tout en en continuant à caresser en creux l’idéal socialiste, en restant -sans retour d’écoute- dans «l’adoration soviétique.
Adoration qui ne sera pas sans conséquence sur sa trajectoire égyptienne avec l’approbation de l’URSSS du plan de partage de la Palestine, «la création immédiatement expansionniste de l’Etat d’Israël et l’entrée en guerre, pour leur perte, des armées des Etats de la ligue arabe en mai 1948». Dès lors, le nationalisme égyptien s’identifie exclusivement à l’arabisme rendant suspecte pour le moins la minorité juive à laquelle appartient Curiel.
Ce dernier qui avait déjà connu la prison et la détention, sous le gouvernement du Wafd, en raison de son appui aux luttes sociales du petit peuple égyptien, sera contraint à l’exil. Un exil définitif car il ne reverra plus l’Egypte, en dépit de la liaison de son mouvement avec les Officiers Libres. Il reverra sa mère qu’à la veille de sa mort, grâce au président Ben Bella qui la fera venir Alger, à l’indépendance. Car Curiel était passé à une autre cause de libération : celle de l’Algérie à laquelle son nom, comme celui de Francis Jeanson, reste attaché, au-delà la dénomination restrictive de «Porteurs de valise». C’est là où Curiel donnera la pleine mesure de ses capacités d’organisateur, plus tard étendues à d’autres causes en Afrique et en Amérique latine, plus précisément. Il y a de belles pages à propos de cette «génération algérienne» et des premiers moments de l’indépendance vibrant de l’utopie révolutionnaire où l’on voit s’entrecroiser Che Guevara, Ben Barka, Malcom X. Sans oublier ces «pieds-rouges» venus apporter assistance exaltée – et parfois leçon – au peuple algérien.
Au cœur de ce dispositif, sous la houlette de Ben Bella, Henri Curiel, relayé par des fidèles tels que Jean Tabet, enseignant dans la Casbah ( cheville ouvrière de la conjonction de l’action de Curiel et de Ben Barka) et Didar Fawzy au secrétariat de la jeunesse «auprès du jeune officier accédant au pouvoir civil qu’est Abdelaziz Bouteflika, ministre des affaires étrangères à partir de 1963»…C’est l’essor de l’organisation Solidarité, plus tard tournée vers la question palestinienne.
Après la guerre d’indépendance algérienne, il s’était voué à l’aide au Tiers-Monde et à la recherche d’une entente entre l’Etat israélien et un Etat palestinien à rétablir en partage.


Pionnier des premières rencontres israélo-palestiniennes
Curiel, faut-il le rappeler, a été l’initiateur pionnier des premières rencontres israélo-palestiniennes... Certains ont cru y trouver la cause de son assassinat.
Pour René Galissot, le crime n’a plus guère de mystère si l’on rapporte à la lourde suite des assassinats exécutés dans les années soixante-dix .Ce serait l’œuvre des services spéciaux... Le mystère de son assassinat n’est toujours pas élucidé par la justice. L’affaire de l’assassinat de Henri Curiel a été classée en 2009. Mais en 2015, des révélations d’un ancien parachutiste et membre de l’Action française qui confie avoir participé à l’assassinat de Curiel… Ces révélations sont contenues dans «Le roman vrai d’un fasciste français» du reporter et romancier Christian Rol (La manufacture de livres, 2015).
Le livre de René Galissot: «Henri Curiel : le mythe mesuré à l’histoire» est à la fois documenté, rigoureux et plein d’enseignements sur les mouvements de libération nationale dans leurs succès comme dans leurs limites.
Et singulièrement, quand il se trouve que l’historien coïncide avec le protagoniste, sinon le contemporain de l’histoire qu’il raconte et dissèque. Pour la petite histoire, Henri Curiel et son frère ont fait don en 1963 à l’Etat algérien de l’hôtel particulier qui était la maison Curiel au Caire et qui est devenue le siège de l’Ambassade d’Algérie en Egypte.
Le mythe Curiel, «L’homme à part», indéniablement, restera ancré dans les pages de l’histoire de la guerre d’Algérie et des luttes anti-impérialistes à travers le monde. 

Dernière modification le jeudi, 18 mai 2017 01:01

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