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mardi, 10 octobre 2017 06:00

Kamel Daoud et Yasmina Khadra se défendent et réagissent au pamphlet de Rachid Boudjedra «Les contrebandiers de l’histoire» : Gens de lettres et bras d’honneur à tout-va !

Écrit par Khedidja Arras
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Après l’auteur et journaliste Ameziane Ferhani (qui a réagi dans une chronique dans «Arts & Lettres», le supplément  d’El Watan qu’il dirige) et la lettre de Yasmina Khadra avant-hier postée sur sa page facebook, Kamel Daoud a exercé son droit de réponse dans une lettre envoyée au HuffPost Algérie, dans laquelle il annonce avoir déposé plainte contre Rachid Boudjedra et son éditeur Frantz Fanon, suite aux propos tenus dans le livre «Les contrebandiers de l’histoire» à paraître ces jours-ci.


Dans une lettre de réponse adressée à Rachid Boudjedra et publiée hier matin par le HuffPost Algérie, Kamel Daoud a annoncé avoir déposé plainte contre l’auteur de «La Répudiation», à la suite de l’affirmation, dans son nouveau pamphlet «Les contrebandiers de l’histoire», selon laquelle Kamel Daoud aurait été «très jeune membre du GIA». «Une plainte a été déposée contre cet écrivain et son éditeur pour exiger réparation et excuses publiques», écrit l’auteur de «Zabor ou les psaumes», qui précise également : «Je vis dans mon pays et c’est vers la justice de mon pays que je me tourne, pour qu’on consacre le principe du droit à la dignité pour chacun et que cesse cette prétention à l’immunité au nom de l’humeur». Kamel Daoud souligne également avoir «longtemps hésité à prendre cette décision». Car «il n’est pas facile en effet de réagir aux propos diffamatoires d’un écrivain qu’on admirait tant, une des figures aînées de la littérature algérienne, Rachid Boudjedra, et qui, aujourd’hui, semble s’enfoncer dans les compromissions, opter pour le scandale comme moyen d’expression – au lieu du talent. Nous sommes peu nombreux, écrivains algériens, écrivains du Maghreb, dans ce monde mal partagé. En arriver à cette situation est, quelque part, un échec pour tous», précise-t-il. Pointant «l’irresponsabilité» de l’éditeur, Frantz Fanon, tout en considérant qu’il n’était «pas facile» de réagir à cela, l’auteur de «Meursault, contre-enquête» estime que celui-ci «ne semble accorder que peu de place à la rigueur et à l’éthique». Selon lui, «l’éditeur algérien est fragilisé par un environnement, une économie du livre qui permet à peine de survivre et il subit des pressions diverses. En arriver à cette situation est aussi, quelque part, un drame en soi». Tout en rappelant que «comme tout Algérien, [il a] le droit à la dignité, à l’honneur préservé, à l’intégrité», Kamel Daoud signale accepter le débat et la critique ne réagissant «jamais aux propos même sur [sa] personne, même les plus blessants». Car «je pense que, en tant que victimes de la pensée unique, il nous faut encourager, même au prix de blessures intimes, la critique, la différence, le droit même aux détestations», relève-t-il. Soulignant sa «constance dans [ses] positions et [ses] ambitions littéraires ou de journaliste», l’écrivain et chroniqueur rappelle «les habitudes virulentes de Rachid Boudjedra qui sont connues de tous, et nombreux ont été la cible des humeurs de l’écrivain». Cependant, cette fois-ci, «il s’agit d’une diffamation grave, d’une insulte à ma personne, au père et au fils que je suis, à la mémoire blessée de ma génération». Et de poursuivre : «Lire dans un ouvrage publié que j’ai été ‘très jeune membre du GIA !’, donc membre d’un groupe d’assassins qui a marqué au sang notre souvenir et nos corps, m’est intolérable. Insupportable. Parce qu’il s’agit d’un groupe d’assassins, parce que cela nous a coûté une décennie de massacres, parce que beaucoup ont été victimes de ces meurtriers. S’amuser avec ce sigle pour régler ses rancunes n’est pas une insulte à ma personne, mais à nous tous. C’est une diffamation si grossière qu’elle laisse désarmé». Dans sa lettre, Kamel Daoud, qui a apporté son soutien à Rachid Boudjedra à la suite de la diffusion de la caméra cachée d’Ennahar TV en signant notamment la pétition, indique concernant son rapport passé à la religion que «j’ai été, comme beaucoup de ma génération, fasciné par la religion comme vision et comme choix. Je l’ai vécue comme une aventure collective aux premières années de ma jeunesse. Comme une ferveur car, en face, on n’avait que ce parti unique qui nous a dévorés, et ce pays qui nous tournait le dos. Ce fut l’aventure de mon adolescence jusqu’à mes dix-huit ans. Avant le FIS, avant la dérive, avant la catastrophe. Comme beaucoup, j’ai parcouru ce sentier jusqu’à son impasse. Et j’en garde un bénéfice : je sais voir la mauvaise foi et mieux analyser les fascinations morbides et les hypocrisies».
Guerre des mots
De son côté, Yasmina Khadra, également cité dans le livre de Boudjedra, a réagi avant-hier sur sa page facebook, avec un texte intitulé «Lettre à Rachid Boudjedra». «Je sais que tu crèves d’envie que je réagisse à tes diatribes, persuadé que mon mépris te martyriserait moins que mon silence. Qu’à cela ne tienne. Puisse mon mépris te toucher comme une grâce et t’éveiller au ridicule dans lequel tu te complais comme le ver dans le fruit», écrit-t-il en préambule. Et d’ajouter : «Tu dis que je ne suis pas un écrivain. C’est ton droit. Pourquoi te faut-il en souffrir ? Tu as voulu semer le doute au sein de ma famille. Raté. J’ai la chance d’avoir épousé la plus merveilleuse des femmes. Tu me traites de bougnoule de service ? Saches que suis boycotté par l’ensemble des institutions littéraires de France depuis 2008. Tu contestes mon algérianité ? Je te rappelle que lorsque tu te terrais à Paris, durant la décennie noire, je menais une guerre atroce dans les maquis terroristes. Sans mes compagnons de combat et mes milliers de morts, jamais tu n’aurais remis les pieds en Algérie». Se considérant comme «un romancier qui s’évertue à mériter l’intérêt de ses lecteurs. Sans fard ni fanfare. Sans polémiques ni la moindre agressivité», l’auteur de «L’Attentat» rappelle que son succès il le doit à son travail. «Je travaille dur, tu sais ? Personne ne me fait de cadeau. Ce n’est pas un hasard si je demeure, à ce jour, l’écrivain algérien le plus lu en Algérie, l’écrivain maghrébin le plus lu au Maghreb, l’écrivain araberbère le plus traduit (50 pays) et le plus apprécié (10 millions de lecteurs) dans le monde», rappelle-t-il. Conseillant à Rachid Boudjedra de «soigner [ses] textes au lieu de passer [son] temps à traîner dans la boue les étoiles du ciel», Yasmina Khadra estime que «notre pays a trop souffert des jalousies crétines et des anathèmes. Nos enfants attendent de voir en leurs génies les aurores boréales qui manquent à leur horizon. Aucun pays ne peut s’émanciper sans mythes et aucune jeunesse ne peut forcir sans idoles. Si notre pays n’en dispose pas, créons-les de toutes pièces comme font les nations fières de leur culture, au lieu de nous empresser de décapiter toute tête qui émerge». Et de conclure : «Puisse Dieu pardonner tes aigreurs puisque je te pardonne. Avec tout mon chagrin». Si quelqu’un a dit que la littérature est un « sport de combat », on peut dans le cas algérien le pasticher aisément en disant que cela peut être aussi un sport de haine et de rancœur et qu’entre les gens de lettres, les bras d’honneur ne manquent pas au chapitre.

 

Mise au point des éditions Frantz Fanon

« Les Editions Frantz Fanon portent le nom d’un homme qui représente un repère pour nous. Le choix de ce nom est délibéré et réfléchi. Frantz Fanon est un homme qui a, sa vie durant, été à cheval sur la réflexion et l’action. Son parcours intellectuel est une synthèse magistrale de ces deux notions philosophiques. Hannah Arendt dit qu’il y a crise dans la culture quand il y a disjonction entre la réflexion et l’action. Joindre réflexion et action, c’est dépasser la crise, en sortir. Le choix du nom de Frantz Fanon nous place ainsi dans une perspective de dépassement de la crise culturelle que vit l’Algérie. Or, pour que la synthèse souhaitée soit la plus complète possible, il est nécessaire de rendre visibles tous les points de vue sur toutes les questions et c’est ce que nous nous employons, selon les moyens qui sont les nôtres, à faire.
Nous avons créé la collection « Mise au point » pour abriter les débats les plus osés, les plus tus jusque-là, les plus risqués car, en notre âme et conscience, nous estimons que la censure, quels qu’en soient les mobiles, ne rend nul service à l’esprit. Au contraire, elle l’inhibe. Les livres publiés dans cette collection suscitent des polémiques. Ce n’est pas notre objectif. Mais que des débats aient lieu, même avec quelques dépassements, nous n’y voyons pas d’inconvénients. C’est un passage obligé pour que la décantation se fasse.
« Les contrebandiers de l’Histoire », pamphlet de M. Rachid Boudjedra publié dans le cadre de cette collection, fait réagir certains des écrivains cités par l’auteur, notamment MM. Yasmina Khadra et Kamel Daoud, ce qui est naturellement prévisible. Nous nous réjouissons que des écrivains algériens se parlent publiquement, se disent leurs « vérités » sans complexes et participent ainsi au désamorçage de l’édifice complexuel qui bloque la structuration du champ intellectuel algérien. C’est un pas positif. Nous déplorons toutefois que certains acteurs culturels s’attardent sur des éléments polémiques et fassent, de la sorte, noyer le débat sur la culture algérienne et sa souveraineté morale dans un brouhaha médiatique d’où, de toute évidence, seuls les amateurs de scoops peuvent sortir gagnants.
Monsieur Kamel Daoud estime que son accusation d’appartenance au GIA par Monsieur Rachid Boudjedra est inadmissible. C’est son droit de répondre de la manière qu’il estime la plus adéquate à l’auteur de cette accusation. Toutefois, les accusations de « manque de rigueur et d’éthique » qu’il profère à l’encontre des Editions Frantz Fanon sont tout autant inadmissibles. Les Editions Frantz Fanon sont un espace de débat ouvert à toutes les sensibilités et toutes les opinions et, à ce titre, elles tiennent à préciser qu’elles n’ont aucun compte à régler avec personne, encore moins avec l’auteur de «Zabor» ou «Les psaumes» auquel elles viennent de consacrer un ouvrage collectif coordonné par l’universitaire M. Boukhalfa Laouari et préfacé par le professeur Benouda Lebdai et qui regroupe une pléiade de chercheurs algériens, français et anglais. »


Amar INGRACHEN
Directeur des Editions Frantz Fanon

 

 

Dernière modification le mardi, 10 octobre 2017 00:44

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