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jeudi, 01 décembre 2016 06:00

Dr Mourad Ahmim, biologiste et spécialiste des chiroptères, à Reporters : «Les chauves-souris, ces indispensables et bienfaitrices méconnues !»

Écrit par CHAFIK AÏT M’BAREK
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Mourad Ahmim, docteur en sciences biologiques, est enseignant-chercheur à l’université Abderrahmane-Mira de Béjaïa, où il exerce comme Maître de conférences à la faculté des sciences de la nature et de la vie.  Gérant d’un bureau d’études d’impact sur l’environnement, il est membre de Bat Specialist Group de l’Union internationale pour la conservation de la nature, et d’Eurobats, relevant du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Membre fondateur de Bat Conservation Africa,  M. Ahmim a eu à publier plusieurs ouvrages scientifiques, dont les Mammifères d’Algérie. Ces derniers temps, il s’intéresse beaucoup plus aux espèces chiroptères. Il nous en  parle dans cet entretien.


Reporters : En votre qualité de biologiste, spécialiste en mammifères d’Algérie, vous vous intéressez ces dernières années aux chiroptères. Pouvez-vous nous faire un point de situation sur ces espèces animales ?
Dr Mourad Ahmim : Ces dernières décennies ont été les témoins de l’atteinte progressive portée par l’espèce humaine sur l’ensemble de la biodiversité à l’échelle planétaire. La perte pure et simple d’habitats, mais aussi leur fragmentation et la dégradation de leur qualité sont les principales causes de cette situation d’envergure planétaire si bien que la majorité des espèces, entre autres les chiroptères ou chauves-souris, sont actuellement menacées d’extinction à travers le monde.  Sur les 1 232 espèces de chiroptères recensées à travers la presque totalité des biomes de la planète, près de la moitié sont inscrites sur la liste des espèces menacées ou vulnérables par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Parmi les principales causes de cette situation, les conséquences de l’urbanisation, la destruction des habitats naturels et la fragmentation de ce qui en reste en îlots relativement isolés et de tailles variées, le degré d’artificialisation des espaces verts induisant un manque de végétation spontanée porteuse de la faune d’insectes associée. Cet  état de fait a conduit les chauves-souris à exploiter les « gîtes anthropiques » comme les ponts, les entrepôts et mines désaffectés, les greniers et les avant-toits des habitations. Ces animaux profitent de la concentration des proies présentes sous les éclairages électriques qui sont parfois non favorables.  

Y a-t-il réellement une prise de conscience ici en Algérie, par rapport justement au rôle majeur que jouent les chiroptères ?

L’Algérie est un vaste pays qui présente, grâce à sa position géographique, une grande diversité floristique et faunistique. Si de nombreux travaux y ont été réalisés sur la faune mammalogique, très peu concernent les chiroptères, malgré leur rôle écologique majeur dans le maintien des écosystèmes.  Ce manque de données de base sur la chiroptérofaune d’Algérie constitue une barrière à la connaissance et la compréhension de leur rôle dans le maintien de la stabilité des écosystèmes naturels car elles présentent, en effet, des intérêts d’ordre systématique, écologique, vétérinaire, médical, économique et pharmacologique. De ce fait, les précieux services écologiques rendus par les chiroptères restent encore ignorés par la majorité des populations et même par les autorités en charge de la gestion de la faune et de la flore.  

Quelles sont les conséquences de cette situation d’absence de prise de conscience ?

La principale conséquence de cet état des choses est que les chauves-souris ne sont nullement prises en compte dans les projets de conservation et de gestion de la faune et de la flore des écosystèmes dans beaucoup de pays où elles sont menacées ou en déclin. Les chiroptères sont les seuls mammifères pratiquant le vol battu. Avec une richesse spécifique estimée à  1 232 espèces, elles représentent le quart des mammifères. C’est le premier ordre le plus diversifié de cette classe, suivi par celui des rongeurs. Mais en dépit de cette forte et caractéristique diversité, très peu d’informations sont disponibles sur ce groupe de mammifères, ceci en raison du faible nombre, voire de l’absence d’études menées.  

Existe-t-il une étude scientifique sur ces espèces animales en Algérie ?

Il existe chez nous 25 espèces appartenant à 7 familles. Elles sont toutes insectivores et protégées par la loi (décret 12-135 relatif aux espèces animales non domestiques protégées de  A ce jour, il faut considérer que l’étude des chauves-souris en Algérie ne fait que commencer vu que les dernières études remontent à 1991. Ce qui rend difficile la définition de l’évolution des populations ainsi que l’étude des paramètres à prendre en compte pour leur conservation car les chauves-souris comptent parmi les animaux les plus menacés, mais aussi parce qu’elles sont des indicateurs de biotopes à grande valeur pour d’autres espèces animales.

Dans quelles régions trouve-t-on plus de chiroptères ?

On trouve les chauves-souris dans le monde entier, exception faite de la zone arctique et de certaines îles océaniques éloignées. Elles sont divisées en 2 sous-ordres, les microchiroptères, qui comptent environ 800 espèces, de petite taille relative, capables d’écholocation, et les mégachiroptères, qui comprennent environ 170 espèces, dont les roussettes, de grande taille relative. On pense que les chauves-souris sont apparues sous un climat chaud, probablement au début de l’éocène. Le plus ancien fossile connu icaronycteris index remonte à environ soixante millions d’années. Grâce à une forte longévité, une position assez haute dans le réseau trophique et une très large répartition, les chiroptères représentent de bons candidats pour constituer un indicateur de biodiversité  

On croit savoir que le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) attache une grande importance à ces espèces menacées. Qu’en est-il réellement ?

Absolument. D’ailleurs, l’année 2012 a été déclarée, « Année internationale des chauves-souris par le PNUE, et ce, pour rappeler les nombreux services rendus par les chauves-souris et faire oublier certains préjugés qui persistent concernant ces noctambules inoffensives pour l’homme. Selon Merlin Tuttle, ambassadeur honoraire pour cet événement planétaire, cette initiative a été prise au vu des rôles essentiels des chauves-souris. Elles fournissent des services inestimables que l’homme ne doit pas se permettre de perdre. Elles interviennent dans le maintien de la santé des écosystèmes et ont un impact très important sur  l’économie de l’homme.  Parce que n’étant actives que la nuit et difficiles à observer et à comprendre, les chauves-souris sont rangées parmi les mammifères les plus incompris et les plus intensément persécutés de notre planète.  

On dit que les chauves-souris
sont aussi des insectivores qui contribuent au confort et au bien-être de l’homme. Est-ce vrai ?
Effectivement. Les espèces insectivores (microchiroptères pour la majorité et les seuls présents en Algérie) sont les principaux prédateurs d’un  grand nombre d’insectes qui volent la nuit, sur toute la planète. Les chauves-souris s’attaquent aux moustiques - jusqu’à 6 000 moustiques par nuit, selon certains auteurs - et aux ravageurs des récoltes dans beaucoup de pays du monde. Elles consomment des centaines d’autres espèces d’insectes que l’homme déclare nuisibles à son confort ou à son économie car, ils provoquent des pertes estimées en milliards de dollars par an. Elles participent ainsi dans une certaine mesure aux moyens prophylactiques de lutte contre les maladies dont ils sont vecteurs, comme le paludisme ou la dengue. Quelle que soit leur répartition géographique, tous les auteurs s’accordent à dire que les chiroptères représentent l’un des plus puissants insecticides naturels. Une étude, publiée dans la revue Science, fait le lien entre le déclin des chauves-souris aux Etats-Unis et l’impact financier pour l’agriculture. Selon les chercheurs, la disparition des chauves-souris pourrait coûter 3,7 milliards de dollars par an aux agriculteurs du fait d’un recours accru aux pesticides. Les roussettes (mégachiroptères) qui se nourrissent de nectar sont tout aussi importantes dans le maintien des écosystèmes entiers de la vie végétale, leur dispersion des graines et la pollinisation sont essentielles à la régénération des forêts tropicales qui sont le poumon de notre planète.  Beaucoup de plantes qui dépendent de ces chauves-souris sont en outre d’une grande valeur économique, leurs produits allant du bois au fruit, d’épices, de noix et de pesticides naturels. En somme, les chiroptères sont utiles à plus d’un titre, ils ont un rôle écologique très important.   

Ces mammifères nocturnes sont-ils protégés par la loi ?

La valeur écologique des chiroptères justifie que toutes leurs espèces soient considérées comme « espèces de faune strictement protégées » par la Convention de Berne, 1979, relative à la Conservation de la vie sauvage et du milieu naturel. Les chiroptères figurent également dans l’annexe II de la Convention de Bonn, 1979, relative à la Conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage.  Les chauves-souris sont étudiées et suivies par de nombreuses organisations internationales et nationales. On peut citer Bats Conservation International (BIT), Bats conservation (Batcon), Eurobats (chauves-souris d’Europe). En 2013 l’Afrique a vu son organisation naître après le sommet de Naivasha au Kenya le 15 février 2013. Cette organisation, qui a vu la participation de 19 pays africains, l’Algérie n’ayant pas été présente, est créée pour contribuer à la préservation des chauves-souris d’Afrique et des Iles de l’ouest de l’Océan indien, il s’agit de la Bats Conservation Africa (BC). En Algérie un groupe de travail a été créé récemment, l’Algerian BAT Group.

Vous êtes à l’origine de la célébration de la Fête internationale de la chauve-souris à Béjaïa. Y a-t-il vraiment un engouement pour cet événement au sein de la population béjaouie ?

Chaque année, on fête au niveau mondial la « Nuit de la chauve-souris », qui coïncide avec le 28 août, sous l’égide des Nations unies (Eurobats-Unep). Au moins, 122 pays participent à cet événement planétaire. Béjaïa en est à sa deuxième édition. Un travail de proximité a été fait auprès de la population et de plus un appel à questions a été lancé sur la page facebook « Les chauves-souris d’Algérie Algerian BAT Group, pour répondre aux questionnements des personnes qui ne connaissent pas les chauves-souris. Même le wali de Béjaïa est un fervent défenseur de ces mammifères dont il connaît l’importance. C’est un bon signe pour faire de Béjaïa la wilaya pilote pour la protection des chauves-souris, vu leur importance dans l’économie (agriculture, foresterie et santé publique). Il y a une bonne réaction de la part des internautes et les questions continuent à nous parvenir sur la page. Et tant mieux !

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