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samedi, 03 juin 2017 06:00

Tewfik Hasni, expert en transition énergétique : « Les Etats-Unis peuvent encore surseoir à leur décision »

Écrit par Fella Midjek
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Reporters : Quelles sont les conséquences de l’annonce des Etats-Unis de leur retrait de l’Accord de Paris sur le climat l’avenir des énergies renouvelables?

 

Tewfik Hasni : Le président Trump a eu à bâtir sa campagne électorale sur une stratégie de remise en cause des engagements de son prédécesseur. Le symbole des républicains est l’éléphant et sa stratégie est celle de l’éléphant dans un magasin de porcelaine. Il faut tout détruire pour reconstruire dans les intérêts seuls des Etats-Unis. L’« Obamacare » a été remis en cause, alors il ne pouvait en être autrement pour les accords de la COP 21. Sachant qu’il faudrait 5 ans pour formaliser cette décision, il peut encore y surseoir. Tout le monde savait que la crise économique actuelle allait donner des alibis à certains pays pour ne pas respecter leurs engagements. L’avenir des énergies renouvelables n’est pas remis en cause aux Etats-Unis. Le programme actuel est très ambitieux. Certains Etats ont précisé qu’ils continueraient leur programme. C’est le cas de la Californie. Il est clair qu’il y aura un effet sur la  COP 23. Je pense que les autres Etats membres ne sont pas surpris, même s’ils marquent leur désapprobation. La prochaine COP23 devrait être affectée par les grandes variations géopolitiques en cours. Une Europe avec le couple germano-français en tête de proue et avec un dynamisme affirmé. La Chine et l’Inde, menacés par un nationalisme américain, devraient examiner cette opportunité présentée par le couple européen. Nous avons aussi une place à prendre. Une fenêtre qui risque de se refermer aussitôt si nous ne réagissons pas.

Quel signal donne-t-il aux pays du Sud qui ont un important potentiel dans le schiste, à l’image de l’Algérie ?

Il faut savoir que les engagements de Paris impliquent la réduction des émissions des gaz à effet de serre, mais prévoient pour les pays riches le financement des programmes énergétiques des pays pauvres par un Fonds de 100 milliards de dollars. Le plus difficile pour les Américains reste le financement. Les caisses sont vides et l’effort de guerre a augmenté malgré les annonces de Trump lors de la campagne électorale.
Il est vrai que l’atteinte des objectifs fixés à Paris nécessitait une réduction de la consommation des énergies fossiles. Cela ne peut pas être le gaz, car l’usage le plus polluant est le transport. Le pétrole est le carburant principal, 80% du pétrole sert en tant que carburant.
En ce qui concerne le gaz de schiste, la question semble tranchée par le gouvernement qui a précisé que le gaz de schiste n’est pas à  l’ordre du jour. Ceci devrait se traduire par un développement de la recherche pour acquérir le savoir et pouvoir lancer la production des gaz de schiste par nos enfants lorsque nous aurons consommé tout le gaz naturel conventionnel d’ici à 2030. Ceux qui prétendent qu’il y a eu des expériences positives en dehors des Etats-Unis se trompent.

Sur le plan financier, quel sera l’impact sur l’approvisionnement du fonds avec un plancher de 100 milliards de dollars par an ?
Les Etats-Unis n’envisageaient pas une contribution. Rappelez-vous les remises en cause des recommandations de Paris. Elles avaient été vidées de toute contrainte par l’amendement des Américains à la clôture. L’avenir de ce Fonds a été toujours aléatoire, dès l’instant où les priorités allaient à la sécurité contre le terrorisme.
Cependant, nous restons optimistes pour notre pays. Dans la mesure où nous n’avons pas à solliciter des aides financières, nous pouvons envisager un développement des projets sur des bases commerciales. Ceci est possible à présent avec la réduction des coûts des énergies renouvelables au point d’atteindre la compétitivité avec le gaz. Ceci reste la préoccupation des véritables experts dans ce domaine. Cela ne peut pas être le rôle d’un ministère. Un ministère comme facilitateur est un rôle très important, comme j’ai eu souvent à l’exprimer. Il y a tant de contraintes qui dépassent les acteurs économiques.
Il est donc nécessaire qu’un ministère qui a la volonté d’aller jusqu’au bout de ces défis qui attendent notre pays puisse comprendre son véritable rôle. Il faut cependant qu’il en fasse sa priorité. Nous avons cette chance aujourd’hui. C’est pour cela que nous restons optimistes.

Ce retrait sera une carte électorale pour les futurs candidats US à la présidentielle de 2020. Quel impact pour l’avenir de cet accord à partir de 2020 sur le climat et sur le marché de l’énergie ?

D’ici à 2020, l’eau aura coulé sous les ponts. L’impact sur le marché de l’énergie ne s’apprécie pas par le retrait provisoire des Etats-Unis. Cette décision n’est pas définitive. L’avenir de l’accord sur le climat se joue sur un autre terrain, celui de la transition énergétique. Les programmes de transitions vers les voitures électriques sont surprenants. Les grands marchés de demain restent la Chine et l’Inde. Nous avions longuement répété, le marché de l’énergie ne connaît pas un changement de paradigme comme le prétendent certains. C’est une véritable rupture à laquelle nous assistons. Il faut savoir que 80% du pétrole est du carburant pour les transports. L’Inde a décidé qu’en 2032, tout son parc sera électrique. La Chine vise un objectif similaire avec 35 millions de véhicules en 2030.
Aujourd’hui, tous les grands constructeurs mondiaux se bousculent pour prendre une part de ces marchés. Ils délocalisent en Chine la construction de leurs véhicules électriques. Le premier est Volvo.
Vous pouvez donc tirer les conclusions. Les Saoudiens avaient raison. Ils avaient su interpréter l’Adage « l’âge de pierre ne s’est pas arrêté parce qu’il n’y avait plus de pierres ». Le pétrole voit une bonne partie de son usage en tant que carburant se rétrécir. Le gaz devrait le remplacer pour l’usage thermique (chaleur). Le solaire thermique est aujourd’hui moins cher que le gaz. A 2 dollars/MBTU, le gaz de schiste n’a plus de rente et même pas une rentabilité économique classique. 

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