Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 09 novembre 2017 06:00

entretien : Abdelhamid Bencharif, conseiller en agroalimentaire : «L’apport de la coopération internationale est indispensable, mais on s’interroge de plus en plus sur son efficacité»

Écrit par
Évaluer cet élément
(1 Vote)

A l’occasion de la tenue du 13e Forum sur les agropoles et clusters agroalimentaires dans les pays du Maghreb à l’université de Mascara, Abdelhamid Bencharif, conseiller en agroalimentaire au World Trade Center d’Alger (WTCA), livre à Reporters sa vision de la mise en place et l’accompagnement des projets d’agropoles, de clusters et de pôles agroalimentaires dans les pays du Maghreb, particulièrement en Algérie.


Reporters : Pour la réussite d’un projet de cluster, vous plaidez d’abord pour la connaissance des causes d’échec. Quelles sont-elles selon vous ? 
Abdelhamid Bencharif : Aux cloisonnements sectoriels s’ajoutent la dispersion des agences de coopération internationale, voire les concurrences entre elles. Une bonne dizaine d’organisations internationales au moins interviennent dans le cadre des projets de pôles et/ou de clusters, sous différentes formes d’organisation. On pourrait citer la GIZ, l’Onudi, la BEI, le Fida, la BAD, le Ciheam, la Banque mondiale, l’Union européenne, l’AFD, la Datar. Chacune apportant sa propre vision et ses méthodes, sans aucune coordination, ni capitalisation en vue d’une appropriation par des compétences locales. C’est pour tenter de remédier à une telle situation que nous avons lancé, en 2010, le réseau «Agropoles, Technopoles et Clusters agroalimentaires dans les pays du Maghreb » (Atecam) qui nous a déjà permis d’organiser au total 12 rencontres dans les trois pays.


Lors de l’une de vos interventions, vous avez estimé que l’Algérie, « devancée par la Tunisie et le Maroc », est passée de pionnier à suiveur… 
Effectivement, jusqu’à la fin de la décennie 1990, nous étions considérés comme les précurseurs en matière de formation et de recherche dans le domaine de l’économie agroalimentaire et du travail en réseaux dans les pays du Maghreb. Nous avions clamé la mise en place de dispositifs technopolitains agroalimentaires à partir de la fin des années 1980, bien avant nos voisins. En effet, c’est à cette époque qu’une équipe du Cread avait engagé des projets de recherche axés autour de l’analyse des filières agroalimentaires et de la problématique de la sécurité alimentaire. 


Quels seraient, selon vous, les principaux facteurs de succès et les bonnes pratiques pour développer des clusters agroalimentaires ? 
Contrairement à une idée répandue, ce ne sont ni les contraintes financières, ni l’absence de textes législatifs qui sont les principaux obstacles à la mise en place de clusters. Un cluster ne se décrète pas. En réalité, le développement de clusters est souvent entravé par l’absence d’acteurs leaders et/ou un manque de personnel qualifié, notamment des animateurs capables de répondre aux préoccupations des partenaires et d’inciter le travail collaboratif.  Pour estimer les probabilités de réussite ou d’échec d’un projet de pôle, il suffit de savoir si les acteurs leaders et les initiateurs du projet ont une vision claire du projet et partagée par tous. Aussi, il s’agit d’impliquer une équipe d’experts nationaux, qui réalise le projet en collaboration avec les experts de l’organisme de coopération qui accompagne le projet. Enfin, les initiateurs et les experts algériens doivent avoir une bonne connaissance des bonnes pratiques de la création des pôles, ainsi que des expériences menées en Algérie et dans les pays voisins. En définitive, les bonnes pratiques sont fondées essentiellement sur le choix des hommes et leur accompagnement en vue de la préparation et du développement du projet qu’ils auront souhaité. Pour cela, il convient de changer les modes de conduite de projets et de repenser la coopération internationale. En effet, les démarches classiques qui consistent à mener des études de faisabilité par des experts ont bien montré leurs limites et sont inopérantes. Il s’agit d’adopter de nouvelles démarches opérationnelles dont l’objectif est une coconstruction progressive du pôle. 


Vous proposez de changer les modes de conduite de projets et de repenser la coopération internationale. Pouvez- vous nous préciser comment ? 
La plupart des projets de clusters sont conçus et mis en place par des organisations de coopération internationale sous différentes formes contractuelles. L’apport de coopération internationale est indispensable, mais on s’interroge de plus en plus sur son efficacité. En effet, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Souvent les relations avec les partenaires internationaux sont plus fortes que celles établies entre les partenaires nationaux du cluster. Un losange serait un symbole plus réaliste et plus opérationnel. Pour cela, il suffit d’adopter une démarche qui modifie les étapes de conduite des projets, ainsi que le rôle attribué aux quatre types d’acteurs, partenaires du cluster, particulièrement le rôle de l’Etat qui devrait intervenir autrement à travers la promotion de partenariats publics-privés (PPP) et en appuyant beaucoup plus les initiatives locales, à la place de la coordination hiérarchique. 


Un denier commentaire au sujet du Forum de Mascara… 
Je suis très content que cette 13e rencontre de notre réseau se tienne en Algérie, d’autant plus que le moment me paraît opportun, dans la mesure où on note un certain regain d’intérêt pour les pôles, les clusters et l’organisation des filières agroalimentaires d’une manière générale. En effet, plusieurs initiatives ont été annoncées au cours de ces derniers mois, avec notamment le lancement de la deuxième phase du projet de mise en place du PAI Lait de Sétif, l’atelier de démarrage du projet de l’INRAA « Création d’un centre d’excellence de développement des filières » et le lancement du projet « Pôle de compétitivité agroalimentaire de Blida ». L’objectif central de notre réseau maghrébin est de remédier au « syndrome du poisson rouge » ; il s’agit de tirer des enseignements de nos propres expériences et de celles des autres.

Recueillis par Rafik AIOUAZ

Laissez un commentaire