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dimanche, 11 décembre 2016 06:40

Retour sur une page indélébile de notre histoire : 11 décembre 1960, le drapeau vert, blanc et rouge dans les rues

Écrit par Mohamed Bensalah
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Le temps qui s’écoule ne diminue en rien la flamme du souvenir et la responsabilité des auteurs des crimes imprescriptibles, perpétrés durant 132 années de tyrannie, dont rien ne peut atténuer l’horreur.

Les sanglantes journées de décembre 1960, tout comme les marches de mai 1945, de Novembre 1954, d’août 1955 et d’octobre 1961 à Paris ont dévoilé au monde entier les aspirations d’un peuple unanime prêt au sacrifice suprême pour recouvrer sa liberté, sa dignité et son honneur trop longtemps bafoués. Evénement marquant de notre histoire, ces journées sont à inscrire parmi les moments les plus glorieux de notre lutte de libération nationale. Les marches populaires ont non seulement rendu plus visible la lutte du peuple algérien pour son indépendance, mais ont aussi grandement contribué à mettre en exergue l’origine populaire de notre révolution. Le 11 décembre 1960, une journée pas comme les autres. De partout, fusaient les slogans : «Algérie algérienne !», «Non à de Gaulle !», «ALN, FLN vaincront !»... D’Aïn Témouchent, d’Oran, d’Alger, de Constantine comme de toutes les villes d’Algérie, des voix s’élevaient, soutenues par des youyous stridents de milliers de femmes, brandissant vers le ciel et à la face du monde les couleurs interdites, vert, blanc, rouge qui éclairent l’étoile et le croissant. Alors que la soldatesque coloniale avait ordre de réprimer férocement toute manifestation en faveur de l’indépendance, faisant preuve d’un héroïsme inégalé, les marcheurs n’ont pas hésité à affronter les forces du nihilisme qui, durant cent-trente-deux ans, ont œuvré à l’anéantissement physique et moral de tout un peuple. Les atrocités vécues et le sang versé durant ces dramatiques journées de décembre ont rendu les fractures plus profondes tout en forgeant la conviction que la liberté était proche. Une année plus tard, alors que la voie des négociations s’ouvrait, la répression coloniale s’abattait à nouveau sur les manifestations pacifiques à Paris du 17 octobre, assimilées à une insurrection généralisée. Tout un chacun savait que les exactions quotidiennes de l’armée française et des colons, alliées au sinistre travail diplomatique (qui faisait croire au monde que de Dunkerque à Tamanrasset, la France était une et indivisible), aboutiraient un jour ou l’autre à l’explosion généralisée. Les manifestations populaires massives, expression d’un raz-le-bol généralisé, étaient la résultante logique des opérations sanglantes de ratissages militaires dans les villages et les montagnes et des agressions caractérisées dans les villes où tout citoyen était considéré comme une cible privilégiée. Il ne restait au peuple que la rue pour manifester et réagir contre les colons et l’armée coloniale qui n’avaient aucun scrupule à user impunément de violence en procédant à des liquidations physiques, faisant fi des lois internationales et des droits civiques des citoyens. Cinquante-six années ont passé. Les principes moraux et humains, piétinés plus d’un siècle durant, n’ont donné lieu à aucune excuse, aucune reconnaissance, aucune repentance. Bien au contraire, les nostalgiques de «l’Algérie de papa» positivent l’occupation de l’Algérie et continuent à parler de «bienfaits» de la colonisation et d’«œuvre émancipatrice et civilisatrice» de la France coloniale. L’Histoire posant problème, l’ex-pays colonisateur en invente une autre, plus malléable, plus conforme, pour se légitimer et essayer de faire oublier les horreurs commises. Mais faut-il attendre d’autres arguments de la part du bourreau ?


DU «DEVOIR DE MEMOIRE» AU «DEVOIR D’HISTOIRE»
Raviver le «devoir de mémoire», quelle noble attitude ! Mais si le devoir de mémoire est important, il arrive parfois qu’il imprime à cette dernière des directions préméditées, surtout lorsqu’il est confondu au «devoir d’histoire». Ce dernier étant essentiel ! Si le devoir de mémoire est individuel (avec toutes les difficultés de se déprendre des passions), le devoir d’histoire, par contre, est, lui, scientifique et procède à l’examen critique en ne se confrontant pas seulement aux souvenirs, mais en tenant compte également des sources écrites et audiovisuelles. Le matériau d’histoire, avec ses armes scientifiques, est nécessaire aujourd’hui, car tout travail qui substitue l’histoire aux souvenirs doit impérativement reposer sur une solide documentation et sur des données vérifiées. Qu’attendons-nous pour écrire notre histoire ? Qui nous interdit d’accorder à notre passé l’importance qu’il mérite ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer les «visites guidées» de notre passé historique ? Qu’est-ce qui nous empêche de déterrer les vérités enfouies ? N’y a-t-il pas risque et même danger lorsqu’on laisse d’autres s’en charger ? Réveiller et entretenir le souvenir nécessite des écrits, mais pas seulement. Les films cinématographiques, les émissions radiophoniques et les pièces de théâtre peuvent aussi contribuer efficacement à l’enracinement dans les mémoires de notre douloureux passé. Dans les domaines croisés de la mémoire et de l’histoire, il est plus qu’urgent d’investir tous les vecteurs de la pensée, écrits et/ou audiovisuels pour dire, montrer l’histoire et parler de notre passé. Nos médias (radio, télévision, cinéma), en n’allant pas au fond des choses, ont une lourde responsabilité. En boudant les pages glorieuses de notre histoire, ils incitent les jeunes d’aujourd’hui à contempler notre lutte de libération nationale à travers le filtre déformé et les lorgnettes voilées des caméras étrangères et/ou nationales. Faire face à l’histoire, célébrer les événements marquants en nous recueillant sur les tombes des martyrs, c’est bien ! Mais, au delà du cérémonial de circonstance, des gerbes de fleurs et des commémorations, il importe de laisser des traces afin que la nouvelle génération sache que l’indépendance n’a pas été un cadeau, et que la lutte héroïque contre les forces d’occupation a été celle de tout un peuple. Nous n’avons pas le droit d’oublier les suppliciés de décembre 1960 qui ont donné leur vie afin que nous puissions vivre indépendants.
Au-delà du risque d’amnésie, la commémoration contribue à se forger une conscience nationale. Certes, beaucoup d’encre a été versée à ce propos, mais on ne dira jamais assez aux générations post-indépendance le sacrifice de toutes ces femmes, ces hommes, ces vieillards et ces jeunes, à peine sortis de l’adolescence, qui étaient prêts à sacrifier leurs vies afin que leur pays recouvre sa liberté. Lorsqu’un peuple est décidé, rien ne peut l’empêcher de descendre dans les rues. Avec un héroïsme jamais égalé, sans arme, poitrines nues et poings tendus, ils étaient des centaines de milliers d’anonymes à oser affronter les hordes fascistes et xénophobes qui pointaient leurs armes en leur direction. Ces martyrs de l’indépendance, tombés en ces tristes journées de décembre sous les balles des ultras et des militaires armés jusqu’aux dents, n’attendaient rien en retour, ni galon de soie, ni prime au sacrifice, ni rue à leur nom, ni reconnaissance officielle. Comment oublier les corps lacérés, les victimes lynchées, les enfants massacrés qui ont donné leur vie pour que le pays se redresse et se libère du joug colonial ? Comment oublier ceux qui ont gardé des séquelles indélébiles? Une pensée à ces véritables citoyens d’hier, à ces héros anonymes quasi-oubliés s’impose aujourd’hui alors que nombre de parasites s’agitent à l’ombre du pouvoir pour confisquer à leur seul profit les acquis du peuple.

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