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samedi, 04 mars 2017 06:00

Amar Mohand Amer, historien, chercheur au CRASC : «Ben M’hidi est au cœur de la guerre contre le colonialisme !»

Écrit par Nordine Azzouz
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Reporters : Que sait-on de vérifié historiquement sur les circonstances de l’arrestation et de l’assassinat de Larbi Ben M’hidi ?


Amar Mohand Amer : De nombreux ouvrages ont été rédigés au sujet de l’année 1957. Maintenant, seul un travail académique, fait par les historiens, est à même de nous apporter des éléments vérifiés et vérifiables sur cette situation dans son ensemble. Nous avons, néanmoins, d’importantes pistes de travail, des éléments probants, de nombreux témoignages des deux côtés (Front de libération nationale (FLN) et armée française). Les journalistes ayant couvert cette période ont aussi écrit. Le cadre général des circonstances de l’arrestation et de l’assassinat de Mohamed Larbi Ben M’hidi, c’est l’importance du redéploiement stratégique du FLN dans la capitale. L’objectif politique est de faire d’Alger le centre névralgique de la Révolution algérienne ; la grève de janvier 1957 est pensée dans ce sens. La guerre contre le colonialisme, ce sont surtout et avant tout les acteurs. Avec Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi est au cœur de ce dispositif, de cette avancée qualitative, de la maturation politique et idéologique du FLN : ce sont les dividendes de la grande réussite du congrès historique de la Soummam d’août 1956. Alger en 1957, c’est également la radicalisation de la guerre. L’armée française veut et cherche à écraser la Révolution. Elle va utiliser tous les moyens, dont les plus abjects : «On en a fini avec les rappelés, les séminaristes et les enfants de chœur… à Alger, maintenant, rien que des vrais, les Paras, la Légion, des grands gars blonds, costauds, pas sentimentaux, tous pareils…» . Cette profession de foi d’un parachutiste devant le général Jacques Pâris de Bollardière (commandant du secteur Est de l’Atlas blidéen) est révélatrice de l’état d’esprit de l’armée française face aux fedayins de la Zone autonome d’Alger (ZAA). Le général Jacques Pâris de Bollardière a été condamné à soixante jours de forteresse pour avoir exposé dans la presse en mars 1957 son opposition aux méthodes utilisées par l’armée.


Certains persistent à dire que Ben M’hidi a été trahi et «vendu» par des frères d’armes, d’autres ont même fait circuler le nom de Brahim Chergui qui semble pourtant n’avoir pas de responsabilité. Pourquoi de telles rumeurs ?
En 1957, l’armée française a usé de tous les moyens (torture, liquidations physiques, enlèvements, plastiquages, pressions psychologiques,…). C’est une répression, à plusieurs niveaux, contre les Algériens. Dans cette optique, la recherche de renseignements devient le premier objectif. A ce titre, il était difficile pour le FLN et la ZAA d’opposer les mêmes moyens que la France coloniale (armée, police, administration, offices de renseignements, action psychologique de masse, infiltrations…). En raison de cette situation inégale, les quatre membres du Comité de coordination et d’exécution (CCE) quittent Alger et le pays. Il devenait suicidaire d’y rester. Les accusations, les anathèmes font partie de la guerre des mémoires, des usages actuels (politiques et politiciens) de l’histoire, de la réactivation dans anciens clivages et rancœurs. Ces procédés polluent l’histoire nationale. Les raisons à cet état délétère sont nombreuses. J’en citerai deux : 1/ le peu de recherches académiques sur l’histoire contemporaine de l’Algérie, faute d’historiens-chercheurs. Leur nombre est minime, il en faudrait des milliers car l’histoire du pays reste sous-étudiée ; 2/ la forte concurrence des porteurs de mémoire. Ceux-ci se sont imposés, dans certains (grands) médias, comme les tenants de la réalité et vérités historiques. Leur discours, par nature, non-contrôlé et non-soumis aux règles académiques, nourrit ces rumeurs et contribue à l’appauvrissement de la culture historique chez les jeunes, en particulier. A quand un livre algérien qui clôt définitivement le dossier sur cette affaire? La réponse à cette question est d’ordre structurel. Le déficit en matière de recherche scientifique est énorme. Il faut que la recherche en histoire soit encouragée, que les jeunes historiens investissent le terrain. Ce n’est ni facile ni évident. Réglons d’abord la question des archives en Algérie et affranchissons cette discipline de l’idéologie et de tout parrainage, politique, mémoriel ou familial.


Venons-en maintenant au parcours de Ben M’hidi: quelle était sa place dans le mouvement national à 1954. Quelle particularité a son parcours de révolutionnaire et de militant anticolonial et son cheminement de 1954 à son assassinat en mars 1957? ?
A l’instar de beaucoup de jeunes de sa génération, Larbi Ben M’hidi était conscient que le système colonial ne pouvait être une fatalité pour l’Algérie. Il croyait également que le Mouvement national, et sa philosophie de lutte politique, partisane et pacifique, avait atteint ses limites. Originaire du Constantinois, il est un témoin physique de la barbarie coloniale en 1945. Son adhésion à l’organisation spéciale (OS) du PPA/MTLD (Parti du peuple algérien/Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) est à comprendre à l’aune de cet évènement historique majeur dans l’histoire contemporaine du pays. Il est, comme Mohamed Boudiaf et d’autres, dans une logique de confrontation et de rupture. La découverte de l’OS en 1950 et sa dissolution ne refroidissent ni son ardeur à continuer la lutte pour une insurrection armée ni sa conviction que la mission de l’OS devait perdurer. Aussi, il est à l’avant-poste quand il s’agira de réactiver l’organisation et de refaire appel aux activistes de l’aile armée du parti. Il est dans le noyau dur du groupe de Boudiaf. Faisant partie des «22», il est désigné pour faire partie de la première direction du FLN en constitution. Premier responsable de la zone 5 (Oranie), il contribue à la réussite de l’opération «Dyna», au début de l’année 1955.
C’est important de dire et de redire que cette opération a permis à l’Armée de libération nationale (ALN) de relancer la guerre, sachant que le manque d’armement dans les maquis était la grande faiblesse de l’organisation logistique du FLN depuis novembre 1954. Dans la crise Alger/le Caire ou plus précisément, Abane Ramdane/Ahmed Ben Bella, il considère que le principe de la primauté de l’Intérieur sur l’Extérieur devait être la règle pour l’exercice du pouvoir. Ainsi, il opte pour Abane contre ses compagnons, les fondateurs du FLN, Ben Bella et Boudiaf, notamment. Au Congrès de la Soummam, il est l’homme-clé des négociations ; cela va faciliter à ce que les grandes décisions soient prises (affirmation des principes des primautés, réorganisation de l’ALN, …). Le tandem qu’il constitue avec Abane donne au Congrès de la Soummam, une assise, une force et une réelle légitimité. Homme d’action, il est au cœur de la bataille contre les parachutistes à Alger en 1957. Tenu comme le stratège des actions des fedayins de la ZAA, il paiera de sa vie son engagement pour la patrie.

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