Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 17 mai 2018 06:00

Chronique des 2Rives : La conjugaison des nakbas Spécial

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Aujourd’hui, les Palestiniens sont tirés comme des lapins par l’armée israélienne aux frontières imposées par l’annexion et la force. La diplomatie internationale est en berne, aux abonnés absents, par la volonté du nouveau maître des Etats-Unis, voire de la planète - et du fait de l’obstination cynique de l’extrême-droite israélienne... 
Après les guerres meurtrières menées en Jordanie, au Liban, les assassinats des leaders de la résistance palestinienne au cœur de certains pays arabes, après les mirages d’Oslo sous lesquels les implantations israéliennes prospèrent comme jamais, après les rapprochements souterrains - maintenant patents - entre Israël et des régimes et des monarchies arabes, les masques sont-ils définitivement tombés ?
Fatalité imposée aux Palestiniens, invités par des princes héritiers arabes à se montrer plus « raisonnables », et accepter ce que, dans sa mansuétude, Israël est prêt à leur concéder ? Un ghetto à ciel ouvert à Gaza ? Et des confettis de territoires emmurés en guise d’Etat national avec pour capitale une bourgade ?
Jérusalem, officiellement donnée comme capitale à Israël dans la corbeille de l’alliance maritale entre Trump et Netanyahou ?
On s’est fait des révérences et des accolades. On a bu du champagne, dansé, bien rit dans l’ambassade américaine flambant neuf, tandis que non loin, s’amoncelaient les cadavres de jeunes Palestiniens. Il ne manquait qu’un balcon pour suivre la chasse. Oui, comme le disait le vieil Hugo, ces « altesses… vous, à peine enterrés /Se feront des politesses/Pendant que vous pourrirez ».

Panarabisme fantasque
Notre génération a été fortement marquée par la question palestinienne et par les péripéties fantasques et impuissantes du panarabisme arabe sous la houlette de Gamal Abdel Nasser. Nous avions six ans quand il nationalisa le Canal de Suez -nous écoutions secrètement avec les adultes- sans rien y comprendre, Sawt El Arab. Douze ans, quand il promulgua la Charte nationale révolutionnaire. Et à peine 17 ans, quand eut lieu la guerre des « Six Jours » remportée par... les Arabes sur les ondes et à la télévision !
Or, proclama le tombeur de Ben Bella : « Vaincre ou mourir. Les Algériens sont allés mourir pour la Palestine... Mais les combats avaient déjà cessé… »
En octobre 73, l’Armée algérienne arrivera à temps pour s’illustrer. Boumediène fera oublier son étiquette de « putschiste » et gagnera enfin ses galons d’anti-impérialiste.
Mais il fallait désormais ajouter au musée des désenchantements arabes, la Naksa, la défaite de 67. La Naksa succédait à un autre cataclysme, dont les blessures durables restent béantes jusqu’à aujourd’hui, la Nakba, la guerre israélo-arabe de 1948 et ses conséquences tragiques pour le peuple palestinien. Entre ces deux dates, une guerre d’agression, en 1956, avait été lancée par la Grande-Bretagne, la France et Israël. Cette agression avait pris pour motif de belligérance et d’agression, la nationalisation du Canal de Suez par Gamal Abdel Nasser. La France voulait aussi punir l’Egypte pour le dit soutien au FLN, qui avait lancé la guerre d’indépendance nationale. Israël, qui ambitionnait de nouvelles expansions territoriales, venait en renfort expéditif. L’Egypte échappa au désastre grâce à la mobilisation de son peuple et grâce, paradoxalement, à l’action conjuguée du président Eisenhower (ulcéré de n’avoir pas été mis au courant des plans d’intervention de ses alliés) et Khroutchev, qui dirigeait à cette époque l’URSS. L’histoire a tenu le rôle péremptoire de sa chaussure à l’ONU… En juin 1967, nulle échappatoire pour l’Egypte, la Syrie et la Jordanie.
Israël avait savamment mis en avant qu’il encourait une menace d’extermination. Les historiens ont fait justice de cette allégation. Les faits l’ont prouvé. Le 5 juin au matin, prétextant une attaque des armées arabes, Israël détruisit au sol l’aviation égyptienne. La messe était dite. L’armée égyptienne bâtit en retraite, étrillée en rase campagne. Le maréchal, chef des armées égyptiennes, Abdel Hakim Ameur, avait ordonné la retraite dans une confusion sans nom ... Ce fut autour de l’armée syrienne d’être étrillée. Au total, l’Egypte et la Jordanie perdirent Gaza, la Cisjordanie et une partie du Sinaï. La Syrie, les hauteurs du Golan - jusqu’à aujourd’hui ! On continue d’ailleurs à s’interroger sur l’apathie militaire des Syriens dans cette partie stratégique... La guerre des Six-Jours n’a pas encore livré tous ses secrets. Et la guerre d’Octobre 73, qui suivit quelques années plus tard, triomphalement exploitée par Sadate, a fait écran. Mais de nombreux livres et recherches permettent une meilleure lecture des dérives et des mystifications du nationalisme arabe. Nasser, le héros de Suez, sortit de cette épreuve brisé, juste le temps de relancer la reconstruction de ses armées pour mourir, en 1970, en plein cœur d’un conflit fratricide entre les Palestiniens et le « petit roi » de Jordanie... C’est, qu’entre temps, le paysage politico-militaire du Proche-Orient avait vu émerger, des décombres de juin 67, une nouvelle force avec laquelle les pays arabes devaient compter et s’effacer progressivement de leur rôle de tuteurs. Le peuple palestinien pour autant continua de vivre en exil, sous les tentes et à la merci de la charité internationale pilotée par l’UNRWA, l’organisme chargé par l’ONU de s’occuper des 750 000 refugiés palestiniens. Ils sont encore sous les tentes et les abris précaires à la merci des humeurs des leaders et souverains arabes.

Le fruit mortifère de la guerre des Six-jours
Sadate signera les Accords de paix de Camp-David pour récupérer le Sinaï, bradant la cause Palestine. Le nouveau Pharaon sera assassiné par des activistes de la force politico-idéologique montante : l’islamisme. On peut dire que l’islamisme politique est l’un des fruits mortifères de la guerre des Six-Jours. Le nationalisme arabe avait montré ses limites. Il était démonétisé. Sur l’enthousiasme populaire des années cinquante, des régimes autoritaristes avaient mis en place des systèmes militaro-policiers justifiés à cor et à cri par l’encerclement ennemi, par la cause palestinienne et autres dérobades pour fuir l’exigence démocratique. Pour les petits peuples, les bourgeoisies bureaucratiques corrompues, s’étaient éloignées des commandements d’Allah et de son Prophète. Ils se tournèrent vers la croyance de leurs pères. Mais sous un mot d’ordre aux intonations politiques : l’Islam est la solution. Habilement exploité et manipulé par des prophètes autoproclamés qui attendaient dans les profondeurs de la société leur heure. Mais des tréfonds de la Naksa jaillirent également les combattants palestiniens qui pointèrent leurs fusils à la bataille de la dignité d’El Karama, à la frontière jordano-israélienne. C’est un Palestinien, à l’apparence de notaire, Arafat, qui allait nous faire encore croire que les Arabes avaient quelque chose à dire au monde. Sadate, le président « croyant », était devenu pour l’Occident un prince de la paix. Arafat usa son treillis et ses militants. Il finit lui aussi par négocier. Les Accords d’Oslo, lui qui naquit en exil, en Egypte, lui firent retrouver une parcelle de sa terre. Ces Accords nordiques s’avérèrent brumeux et Israël avait sa propre Bible pour les lire, plutôt que les résolutions de l’ONU. La colonisation des territoires palestiniens continua plus que jamais face à l’impuissance de l’Autorité palestinienne et de la communauté internationale. Le gel de la colonisation n’étant plus, selon l’Administration américaine, une condition préalable aux négociations de paix depuis qu’Obama avait cédé aux pressions israéliennes. Dans son « Dictionnaire amoureux de la Palestine » (Plon), Elias Sanbar, membre du Parlement palestinien en exil, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, consacre une entrée au verbe « négocier ».
Il s’agit moins d’une définition académique que d’une perception de l’acte lui-même. Elias Sanbar fit partie des négociateurs palestiniens pour la conférence de Madrid ainsi qu’aux négociations de paix bilatérale à Washington. C’est dire que l’auteur apporte en fait un témoignage -et une méditation sur cet art indéfinissable qui fit les beaux jours de la diplomatie internationale - aujourd’hui, en berne, aux abonnés absent par la volonté du nouveau maître des Etats-Unis, voire de la planète et du fait de l’obstination cynique de l’extrême-droite israélienne...

On achève bien les chevaux
Ce 15 mai 2018, jour de commémoration du 70e anniversaire de la Nakba sur France culture, il racontait pathétiquement dans quelles conditions les négociateurs palestiniens s’étaient retrouvés et fourvoyés... A Madrid, au lendemain de la fin de « la guerre froide » et de l’opération « Tempête du désert » contre l’Irak, l’OLP, considérée par les Américains comme ayant fait allégeance à Saddam Hussein, n’était pas admise à la négociation directe ! Ce qui fut considéré comme une avancée n’était qu’une construction machiavélienne. James Baker, alors secrétaire d’Etat américain, fit comprendre, avant même le début des travaux de la conférence de Madrid, à Faisal Husseïni, le but du jeu : « You ‘ll get more than autonomy and less than a state » (Vous obtiendrez plus qu’une autonomie et moins d’un Etat). Sanbar commente : « Lapidaire, cynique, la formule avait l’avantage de la clarté. » Par la suite, la position des Américains évoluera vers l’objectif introuvable jusqu’à présent de deux Etats. Elias Sanbar ne récuse pas le bien-fondé des négociations mais relève avec amertume : « Une règle non écrite fut posée dès le départ des négociations : quiconque apparaîtrait comme refusant de négocier sera pénalisé, même si le blocage vient en réalité de la partie adverse. Keep dancing » (continuez à danser), et gare à quiconque sortirait de la piste. » Et Sanbar compare la situation au film de Sydney Pollack, « On achève bien les chevaux ». Ainsi donc, le ver était dans le fruit. Et les adversaires des Accords d’Oslo pourraient trouver quelque crédulité au négociateur de l’époque qui revisite, aujourd’hui, le processus avec un regard plus critique. A ceux-là, il répond, avec l’argument de « la visibilité retrouvée », qu’il considère comme capital en ces temps-là : « ... L’ivresse de la réémergence des deux noms de Palestine et de Palestinien. » Elle aboutira, convient-il, « à une précipitation dans les concessions, la plus grave d’entre elles étant d’avoir accepté que la question des colonies, même si elle devait être négociée au « statut final », ne figurât pas dans le préambule des Accords d’Oslo ». Et Elias Sanbar de livrer un secret diplomatique : c’était en fait la condition exigée pour qu’Yasser Arafat soit présent sur la pelouse de la Maison-Blanche. Elias Sanbar ne récuse pas la « percée » d’Oslo mais force est pour lui de constater que « depuis, comme pour prouver aux Palestiniens que leur choix avait été erroné, démentir l’espoir né des Accords d’Oslo, l’évolution sur le terrain a plongé l’OLP ainsi que l’Autorité nationale palestinienne fondée par elle dans une crise permanente. « Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps /Près des jardins aux ombres brisées/Nous faisons ce que font les prisonniers/Ce que font les chômeurs : nous cultivons l’espoir », disait Mahmoud Darwich, dont la tombe est à Ramlah. L’OLP est bien rentrée en Palestine, dans « la petite Palestine » mais sans ceux qu’elle s’était engagée à ramener chez eux, les millions d’exilés.

De la dépossession au soumoud
Aujourd’hui, les Palestiniens sont tirés par l’armée israélienne aux frontières imposées par l’annexion et la force. Edouard Saïd, qui avait fait une critique cinglante du projet des Accords d’Oslo, a eu raison. Une seconde grande mystification après le plan de partage de l’ONU en 1948. Sur la question des frontières à la veille de l’indépendance israélienne, le leader charismatique sioniste Ben Gourion déclarait sans ambages : « Tout est possible. Si nous décidons ici de ne pas mentionner les frontières, il en sera ainsi…
La loi, ce sont les hommes qui en décident ». En l’occurrence, les hommes à l’évidence seraient les Israéliens. .. Dans le plan de partage de l’ONU, l’Etat arabe devait abriter 1% de Juifs, 42% de la population de l’Etat juif devait être palestinienne… Très peu pour les appétits expansionnistes israéliens.
Que faire alors des Palestiniens ? Rapporté dans « The New York Times » du 23 octobre 1973 par Yitzhak Ra : « Nous marchions dehors avec Ben Gourion. Allon répéta sa question : que faut-il faire de la population palestinienne ? Ben Gourion agita la main dans un geste signifiant « chassez-les !»*
Plus de 8 000 000 de Palestiniens, soit 85% des Palestiniens du territoire d’Israël, issu des armistices concédées par les Etats arabes (Syrie, Irak, Jordanie, Egypte). Près de 400 villages palestiniens sont détruits à partir de l’été 1948 : 300 000 hectares, 73 000 logements, 7 800 magasins, 5 millions de livres palestiniens sont volés. Des lois transformeront 93% du territoire d’Israël en « terre juive » inaliénable. Les 130 000 Palestiniens sont placés jusqu’en 1966 sous gouvernement militaire. *
Ainsi s’est construit et concrétisé le mythe du retour après, dit-on, 2000 ans d’exil… La Palestine déclarée une terre sans peuple, dans l’attente d’un peuple sans terre. La vérité historique est bien plus complexe que les mythes. L’impuissance, voire les lâchetés et les parjures des pouvoirs arabes, portent une lourde responsabilité dans la dépossession historique du peuple palestinien.
Les masques sont tombés, clamait, il y a bien longtemps, Mahmoud Darwich. Les rois sont nus. Le peuple palestinien brave la mort. Et le monde regarde de son balcon ces « possédés » qui veulent retourner à leur terre, tirés comme dans un film d’épouvante. Nakba se dit en bon français catastrophe. Combien encore de catastrophes pour les Palestiniens ? Résistance se dit en arabe soumnoud. Soixante-dix ans, cela suffit, disent de plus en plus de consciences de par le monde.

(*)Palestine : Plus d’un siècle de dépossession Jean-Pierre Bouché, une « Histoire abrégée du nettoyage ethnique et de l’apartheid, Scribest & Récit Présent, 2017
Lu 82 fois

Laissez un commentaire