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samedi, 06 janvier 2018 06:00

Edition : A coeur et livre ouverts avec Rachid Khettab

Écrit par Sihem Bounabi
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Depuis 2004, les éditions Dar Khettab marquent le paysage éditorial algérien par des publications d’importance tant sur le plan historique, sociologique que fictionnel. Dans cet entretien, Rachid Khateb aborde ces choix éditoriaux basés sur «le feeling, sur l’expression du désir de transmettre et de l’esprit de la découverte».

L’éditeur revient également sur les ouvrages de Nils Andersson et Bélaïd Abdesselam qui ont récemment marqué la scène médiatique nationale, ainsi que ses perspectives pour l’année 2018, sa perception de la crise du secteur de l’édition et le nécessaire soutien des pouvoirs publics au livre.

 

Reporters : On dit de Dar Khettab est une maison d’édition discrète mais importante par sa contribution à l’édition dans le pays. Quelle réaction cette appréciation vous inspire-t-elle?
Rachid Khettab : Je crois que la discrétion est une vertu cardinale dans la culture algérienne. La bonne appréciation de notre travail éditorial par le lectorat constitue le pendant moral motivant qui nous permet de poursuivre ce métier. Tout le monde sait, que le métier d’éditeur n’est pas fait pour s’enrichir. Par ces temps de vaches maigres, il est un peu méritoire de continuer à produire du sens et à contribuer au développement intellectuel de notre société malgré le défaitisme ambiant.

Au fait, depuis combien de temps Dar Khettab est-elle en activité ? Et quelle a été sa toute première publication ? Et pour quelles raisons ?

Cela fait maintenant treize ans qu’on existe en tant que maison d’édition. Cette aventure a commencé en 2004 en se chargeant de l’impression des livres d’autres éditeurs, puis vint nos propres livres. Je ne me rappelle pas de notre première parution. Je crois que ça été quelque chose de magnifique, de magique. C’est comme le soulagement après un accouchement.

Depuis le catalogue de la maison d’édition s’est enrichi: combien d’ouvrages compte-t-il ?

Notre rythme de parution est en moyenne de 6 ouvrages par an. Cela peut paraître peu, on peut certainement mieux faire. C’est un choix. On veut s’appliquer dans « l’ouvrage ». C’est ce qui fait notre originalité.
La particularité du catalogue de Dar Khettab, est d’être consacré principalement aux ouvrages d’anthropologie, de sociologie, d’histoire et de mémoire. Pourquoi ce choix?
Les sciences humaines ne constituent pas exclusivement notre principal terreau. Nous avons aussi publié des ouvrages dans le genre romanesque dans les trois langues en cours dans notre pays. Nous avons même eu l’audace de nous charger de la publication de deux ouvrages clef de notre patrimoine écrit et cela avec nos propres moyens sans le soutien d’aucune institution. Il s’agit de la publication de la nouvelle écriture (selon le canevas moderne) de l’œuvre fondatrice de la littérature amazigh moderne de Bélaïd Ait Ali Azarar intitulée : Ittesftaren n Bélaïd ny thamurth leqbeil n zik (Les cahiers de Bélaïd ou la Kabylie d’antan).Œuvre retranscrite admirablement par un auteur : Mohand Ibrahim. Cet ouvrage -de l’avis des spécialistes- est devenu la référence dans les programmes scolaires dans l’enseignement de tamazight. L’autre travail que nous avons fait revivre pour les Algériens est le dictionnaire de la darija algérienne de Belkacem Bensedira. Concernant ces choix éditoriaux, je crois que cela relève de l’alchimie de la subjectivité intellectuelle. C’est un feeling. Il est l’expression du désir de transmettre et de l’esprit de la découverte.

Qu’en est-il du lectorat, parvenez-vous à l’identifier?

Je crois, selon les échos qui nous parviennent lors des différentes rencontres, que notre lectorat est multiple, mais vu le caractère un peu ésotérique de certains œuvres de notre catalogue, nos lecteurs sont principalement des universitaires. Pour étendre ce lectorat, nous attelons à diversifier notre production pour toucher un public plus large, comme par exemple les adolescents. Cela n’est pas aisé. Nous avons déjà essayé en publiant un des premiers mangas algérien de Mohamed Boumedjkane.

Vous avez récemment publié un ouvrage de Nils Andersson sur ses souvenirs en relation avec la guerre de libération. On sait que c’est un sujet qui vous importe mais comment s’est faite la rencontre avec M. Andersson?
La rencontre avec notre ami Andersson n’était pas fortuite. Elle a été le fruit ou le hasard d’une recherche historique autour de l’édition militante durant la guerre de libération. Nils était une des figures centrales dans les réseaux de soutiens internationaux à la lutte de libération des Algériens. Il a joué un rôle important dans l’édition en Suisse des œuvres francophones dénonçant la répression colonialiste en France, interdites par la police française comme La Question d’Henri Alleg ou des livres comme La pacification. Son action ne s’est pas limitée aux livres, mais il s’est occupé aussi des militants algériens pourchassés en France ainsi que des jeunes réfractaires français de la mouvance des J.R. (Jeune Résistance). Comme il a été la personne qui en 1957 a soulevé la question de la torture devant le comité international de la croix rouge. Sa vie d’homme coïncide en grande partie avec la marche du mouvement anticolonialiste international. Il continue de dénoncer avec la même fougue les inégalités, le pillage et la misère dans le monde d’aujourd’hui.
La publication de ses mémoires intitulées : « De la décolonisation au déclin de l’Occident : Mémoire éclatée », devait sortir concomitamment en Suisse et en Algérie. La version algérienne a pris du retard, car nous avons attendu en vain un soutien de la part du ministère des Moudjahidine et de celui de la Culture. Notre confrère suisse, les éditions d’Enbas, quant à lui a eu un soutien matériel de la part des autorités régionales du Vaudois. Chez nous, l’austérité budgétaire a eu le pas sur les exigences de la mémoire. Nous l’avons malgré cela publié avec nos propres moyens. Nils Andersson est venu au 22e Sila, son livre était à l’honneur. Les médias ont donné un écho à son travail. Il a participé au débat sur la décolonisation organisé lors de cette manifestation.

Avant cet ouvrage, l’ancien Premier ministre Bélaïd Abdesselam a publié chez vous un brûlot sous forme de mémoires, qui n’a pas laissé indifférent et a semblé bien avoir été vendu en libraire. Comment ce livre a vu le jour ? Et que pensez-vous des réactions qu’il a suscitées, notamment chez l’ancien ministre Taleb Ibrahimi ?
C’est dommage, qu’une certaine presse a été saisie de cette contribution de M. Abdesselam à l’enrichissement de l’écriture de notre mémoire que le côté polémiste, négligeant par là des témoignages édifiant dans la saga de la marche du mouvement national dont Bélaïd Abdesselam est un des derniers témoins. Ces mémoires ont donné un très bon échange courtois de la part du Dr Taleb El -Ibrahimi qui nous a éclairés sur le parcours nationaliste de son père Cheikh Bachir El -Ibrahimi. Les chroniques de Bélaïd Abdesselam, nous renseignent sur des moments forts de notre histoire, ils constituent à l’instar des autres contributions mémorielles une matière féconde pour les historiens.
La publication de ces chroniques nous a pris un peu de temps et s’inscrit pour M. Abdesselam dans une rétrospective d’ensemble qui est en cours d’impression sur la politique d’édification de l’Etat national algérien à travers la mise en place de la politique d’industrialisation de l’Algérie de 1965 à 1978. C’est une somme importante dans la compréhension de notre histoire récente. Elle constitue un sujet digne d’intérêt, surtout en ce moment de fortes turbulences mondiales. Elle nous renseigne sur la logique de cette politique d’industrialisation qui a donné une base industrielle au pays. Il est un de nos rares hommes politiques à avoir joint la réflexion théorique à l’action. Malgré son âge, il suit de très près la publication de cette somme très dense qui compte 10 tomes. Cette persévérance de M. Bélaïd Abdesselam dans l’écriture (i.e., il est l’auteur de six livres) permet aux historiens de trouver une matière digne d’intérêt pour combler le manque de sources dont se distingue notre pays. Au-delà des divergences politiques et des querelles idéologiques, voilà un politicien qui met à notre disposition les matériaux qui sous-tendaient une politique au sens fort du mot.

Le débat actuel dans le métier du livre porte sur la crise qui le touche. Comment vivez-vous cette crise ? Qu’en sera-t-il pour vous en 2018? De nouvelles parutions programmées ?

Ces dernières années, Il y a eu une réelle dynamique d’édition en Algérie dont le moteur fondamental a été le soutien des pouvoirs publics à ce secteur. Ce soutien a contribué à l’amélioration de la petite industrie du livre en formation chez nous et dont la qualité parfois n’a rien à envier à ce qui se fait ailleurs. Cependant, à cause de la crise économique, et de la paupérisation de la population, il y a un réel ralentissement d’activité. Cela risque de faire des dégâts en appauvrissant la création et la culture en général. Et c’est là, que doivent intervenir les pouvoirs publics en soutenant les créateurs et le développement culturel de la société à travers le soutien aux livres. La crise du livre est palpable sur toutes les latitudes, elle touche même les sociétés à tradition de lecture plus enracinées que la nôtre, car n’oubliez pas que nous étions jusqu’à une date pas très lointaine, une société, comme toutes les sociétés africaines, de traditions orales. On est en pleine crise communicationnelle. Je crois que nous sommes en train de vivre une mutation dans le monde de la culture humaine qui va donner de nouvelles donnes dans la planète de la communication en général.

Le support livre n’est-il pas en train d’agonir ?

Il ne disparaîtra pas entièrement. Il est malin, celui qui vous dira comment il survivra. Comme pour mes confrères éditeurs, c’est avec une certaine crainte que nous appréhendons l’année 2018. Notre activité dépend de la reprise économique et, par la prospérité de notre population. A part les livres parascolaires qui sont indispensables pour les élèves, le reste des genres de l’édition risque de subir un recul considérable qui portera préjudice au développement de la culture de notre pays. Nous invitons les gens de la nébuleuse du livre à travers les créateurs, les éditeurs, les syndicats, les industriels du livre, les pouvoirs publics de réfléchir sur les voies et moyens pour soutenir l’effort déjà enregistré dans ce domaine pour ne pas céder ce secteur stratégique aux rapaces de l’uniformisation et de la manipulation. Pour le premier semestre 2018, nos éditions vont faire paraître quelques nouveautés qui concerneront, en littérature la publication d’un roman et un recueil de nouvelles, en histoire deux livres et en sciences un ouvrage en astronomie.

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