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samedi, 06 janvier 2018 06:00

Concert historique d’Idir à la Coupole d’Alger : Tamazight, l’identité et la femme au cœur du spectacle Spécial

Écrit par Fadila Djouder
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Le concert exceptionnel d’Idir a tenu toutes ses promesses, jeudi soir, à la Coupole du complexe sportif Mohamed-Boudiaf à Alger. C’est avec des larmes de joie que la grande star internationale a retrouvé, après 39 ans d’absence, son public dans une salle pleine à craquer en présence de quelques ministres et d’hommes politique.

 

 

La soirée mémorable, animée par le chanteur Idir à la Coupole d’Alger, jeudi passé, a débuté en première partie avec la chorale féminine de Beni Yenni, interprétant des chants du patrimoine amazigh, avant de déclamer des poèmes en hommage au grand homme de la culture amazigh Mouloud Mammeri. La chorale s’est attaquée ensuite à deux grandes chansons revisitées, en l’occurence «Ad Zzi Saâ» de Slimane Azzem et «Heal the World» de Micheal Jackson. Et c’est au tour du jeune garçon Houcine Hedja, venu spécialement d’Aïn El Hamma, d’interpréter un beau poème en reconnaissance à «Da Idir».
Suite à cette première partie qui a chauffé la salle à blanc, Idir fait une entrée spectaculaire laissant le public émerveillé et ému de voir enfin et, pour certains, pour la première fois leur idole tant attendue. L’orchestre d’Idir était conduit par l’artiste Mehdi Ziouche accompagné par une chorale composée d’élèves de l’Institut national supérieur de musique d’Alger et de lauréats d’Alhan oua Chabab. La soirée s’est poursuivie en chantant en premier lieu «Yelha Wurar», qui a fait vibrer la salle et envoûté les présents.
«D’habitude, je ne suis pas du genre sensible mais vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens en revenant, ici, chanter devant les miens et devant un public qui m’a tellement soutenu», a fait savoir le chanteur d’une voix enrouée par l’émotion, avant de fondre en larmes. Les spectateurs l’ont applaudi tout en criant «Imazighène ! Imazighène !».
Idir a répondu à cet accueil en soulignant que «pour ceux qui ne savent pas ce que veut dire Imazighène, ce n’est pas quelque chose de négative, mais seulement une reconnaissance. Nous sommes là aussi pour faire connaître tamazight, il n’y a aucun souci.
Pour l’instant, ça se passe bien. Merci pour cet accueil, je suis vraiment très touché.»
Il ajoute : «Ce drapeau est un étendard autour duquel on se reconnaît tous. Nous ferons en sorte que les choses avancent car, je vous assure que la culture amazigh est extraordinaire. Il viendra le temps où elle sera admise, codifiée, acceptée, et on sera heureux de nous exprimer dans cette langue», a-t-il indiqué. Le grand artiste a ensuite interprété ses plus grands succès en commençant par «Isefra» (poèmes) et en enchaînant par «Aghrib» (étranger).


A toutes ces femmes dont le métier  est l’attente
Idir a expliqué que cette chanson «Aghrib» parle de la première vague d’immigration qui est partie d’ici pour tenter sa chance et essayer de faire vivre une famille, parce que la terre sur laquelle nous vivons ne suffisait pas à nourrir toute la maisonnée. «Ils arrivent dans un pays dont ils ne connaissent ni la culture, ni les habitudes, ni les coutumes. Tout ce qu’ils pouvaient faire, c’est demander un renseignement dans un guichet, ce qui relevait de l’exploit», dira-t-il. «On les imagine là-bas, dans leurs chambres d’hôtel, le soir, après le boulot, soit après l’usine ou les mines, mâchant leurs angoisses, pensant à une région qui chaque jour s’éloigne un peu plus, à des enfants qu’ils ont fait mais n’ont pas vu grandir et surtout, à toutes ces femmes qui sont là-bas et dont le métier est l’attente. Ce sont des Pénélopes qui attendaient Ulysse en faisant et défaisant leurs tissages jusqu’à ce qu’elles voient celui qui allait changer leur vie. J’aimerai bien la partager avec vous car c’est notre histoire», a-t-il ajouté.

Idir chante l’avenir  et l’espoir
La soirée s’est prolongée dans une ambiance joyeuse avec des chansons et de bons souvenirs de notre enfance, tels que Chfigh (je me souviens) «Lfhama» (compréhension), puis «Tizi Ouzou», «Azguer Idijan Lemthel» (le taureau qui a laissé un proverbe), «Thiwiziwine», «thighri bughdud». Ce titre «Arach Nagh» qu’a également chanté Idir avec tout son cœur et l’a dédié à tous «nos enfants avec tout ce que ça comporte, l’avenir l’espoir, la lumière, la compréhension mutuelle, le fait de vivre et de nous enrichir avec nos différences sans qu’il y ait de l’ostracisme ou de la discrimination», a-t-il avoué.

Thanina prend le relais avec «Ufigh Durou»  de Cherifa
Sous le regard émerveillé de son père, Thanina, en robe berbère, se lance en a capella et interprète dans un aspect traditionnel Achewiq «Ufigh Durou», de Cherifa. «Thnina va chanter dans sa langue maternelle, elle aime l’histoire de son pays et adore Cherifa. Elle va essayer de vous chanter une chanson qui vient du fond des âges», a expliqué Idir.

«Ssendu», l’histoire d’une mère souffrante

Selon l’artiste, «Ssendu» (baratter), raconte tout ce qui se passe dans le monde à propos du harcèlement, du parti pris et de la violence faite aux femmes, ce n’est malheureusement pas encore fini. «A travers l’image de ma maman qui barattait son lait, en essayant de faire sortir une motte de beurre pour les enfants, elle dit ses choix, ses peines et ses amours contrariés, vivant dans un milieu qui n’est pas toujours propice, souvent hostile. Un milieu où le mâle est dominant, où elle ne peut se parler qu’à elle-même à travers cet instrument car elle n’avait aucun interlocuteur», a-t-il souligné. Confiant que « c’était à la fin de la guerre, j’étais tout petit, mon papa était en prison et je ne comprenais pas tout à cinq ou six ans. Avec le temps, je me suis remémoré toutes ces choses». A travers ses souvenirs, Idir racontait l’histoire d’une femme, ses peines et sa mal-vie. «J’ai compris qu’il n’est pas évident d’être une femme dans n’importe quelle société, qu’elle soit moderne ou pas. La parité n’est pas pour demain. Je partage avec vous cette chanson en vous demandant de bien penser à elles, votre maman, votre femme ou autre», a-t-il mentionné. Ajoutant : «Ce soir, en communion, cette concentration prouve que nous ne sommes plus des hommes ou des femmes, mais des milliers de cœurs qui sont assis, les uns à côté des autres. On sent petit à petit qu’il y a un frémissement, un bruissement, une légère brise qui vient nous apporter des nouvelles réconfortantes en nous parlant d’elles et dire qu’une époque va finir. Si un jour, par ciel dégagé, vous levez les yeux et vous verrez un gland qui commence à se débarrasser de son écorce pour laisser la place à un diamant exceptionnel où il sera marqué, Je suis la femme, je reviendrai».

«Zwit Rwit» et «Awah Awah» mettent  la salle en transe
Le rythme s’est accéléré, en fin de soirée laissant le public en transe devant les plus grands titres populaire d’Idir «Awah Awah» et «Zwit Rwit». Les familles venues de loin ont passé un moment inoubliable, qui entrera probablement dans l’histoire. La fille du chanteur a joué aussi le jeu, en se déhanchant sur scène sur les rythmes ancestraux.

Disque d’or et Burnous blanc pour une carrière exemplaire

Idir a terminé la soirée en chantant «Aya el khir Inou» et demandé au public de pousser des youyous très fort. La salle se lève et danse dans un esprit de symbiose et de communion. Le chanteur, satisfait de cet échange avec les mélomanes présents, allait quitter la scène sans qu’il se rende compte que juste derrière lui se trouvait Samy Bencheikh, le Directeur général de l’Onda, qui l’attendait avec un burnous blanc et un disque d’or offerts à Idir pour l’ensemble de sa carrière. Le chanteur surpris a remercié les organisateurs en déclarant : «C’est un geste qui me touche, je ne suis pas habitué aux cadeaux.» En concluant : «Sachez que pour moi, cette soirée est magnifique bien que je n’aie pas chanté comme je voulais à cause de l’émotion. Mon pays est cher à mon cœur même si je me bats parce que les choses ne se font pas. Sachez que je suis et je resterai celui de l’identité».n

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