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mardi, 15 mai 2018 06:00

Grande foule hier à l’inhumation de la comédienne au cimetière de Sidi Rezoug à Alger : Sonia, le temps du rideau

Écrit par Sihem Bounabi
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La comédienne Sonia, de son vrai nom Sakina Mekkiou, décédée dimanche dernier à l’âge de 65 ans des suites d’une longue maladie, a été inhumée hier en début d’après-midi au cimetière Sidi Rezoug, à Dely Brahim, dans la banlieue d’Alger, en présence d’une foule nombreuse venue lui tirer révérence.

Dans une atmosphère de tristesse et d’émotion, parfois retenue, ils étaient tous là ! Du ministre de la Culture, aux techniciens des planches en passant par des hauts cadres du monde de la culture, ainsi que ses nombreux camardes qui ont arpenté avec elle le chemin de la créativité et de la lutte pour un théâtre de qualité. Cette foule nombreuse a arpenté, hier, le chemin qui l’a menée au repos éternel en cette belle journée ensoleillée. Un décor, une mise en scène et une procession qu’elle aurait certainement appréciés. Ou du moins elle aurait eu son mot à dire pour que cette mise en terre se rapproche le plus de la perfection, rigoureuse qu’elle était dans les détails qui font toute la dimension de la grande professionnelle qu’elle fut, humaniste et généreuse, marquant par sa vie et son parcours plusieurs générations d’Algériens.
Présent au cimentière pour accueillir l’arrivée de la dépouille, le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, très ému, avec une voix à peine audible, nouée par l’émotion, confie, que c’est « une grande perte pour le monde de la culture algérien». «C’est avec une très grande tristesse que nous avons appris cette nouvelle. C’est aussi une grande militante qui a toujours œuvré pour le rayonnement du 4e art. C’est aussi une gestionnaire de grande qualité humaine et professionnelle qui a voué sa vie à l’art et à la création tout en s’engageant dans les droits de la femme créatrice algérienne ».
Juste après ces paroles, la dépouille a été suivie par une longue procession. Ils étaient nombreux à l’accompagner à sa dernière demeure, lui rendre l’ultime hommage, les mines tristes et défaites. Beaucoup étaient sous le choc, même s’ils savaient qu’elle était gravement malade.
Le directeur du Théâtre national algérien, Mohamed Yahiaoui, confie, très ému : «C’est toute la famille du théâtre qui est endeuillée par sa perte. J’ai eu l’occasion de travailler avec elle quand j’étais directeur du théâtre de Batna, où elle a mis en scène la pièce Jughurta. C’est une dame extraordinaire qui a œuvré sans cesse pour former la jeune génération ».
Les techniciens ont également exprimé l’humilité, la générosité et les qualités professionnelles de cette dame qui respectait tout un chacun. Omar Fetmouche, dramaturge et ancien directeur du Théâtre régional de Béjaïa a, lui, souligné les qualité de tragédienne de Sonia, qui « était l’une des rares, pour ne pas dire la seule, capable de jouer sur tous les registres », ajoutant qu’ « il faut se rappeler que c’est elle qui a initié le monodrame féminin avec Fatma et je me souviendrai toujours de cette anecdote avec Azzedine Medjoubi où elle était pointilleuse sur la dimension de la corde que l’on allait utiliser; par la suite, dans une ambiance de complicité, de rire et de joie partagée, nous sommes partis acheter cette fameuse corde ! »

Une pionnière sur les planches et dans la vie
Omar Fetmouche ajoute que la regrettée Sonia a également été pionnière dans plusieurs domaines pour le théâtre féminin, notamment en endossant le rôle de la gouala et, plus tard, en faisant de la mise en scène. C’était une façon pour elle de dire «Nous, les femmes, nous pouvons le faire !» Il exprimait toutefois sa déception qu’aucun ouvrage ne lui soit consacré en confiant : « Ce qui me choque aujourd’hui, c’est qu’elle soit partie sans que l’on puisse prendre le temps de récolter sa mémoire et qu’aucun ouvrage ne lui était consacré. C’est choquant car la nouvelle génération doit connaître le parcours de cette grande dame afin de prendre exemple sur elle ».
Il ajoutera sur un air de dépit qu’ « elle est partie sans réaliser l’un de ses rêves qu’elle m’avait confié, celui d’ouvrir une école de théâtre pour enfants. C’était son nouveau projet et, hélas, elle n’a pas eu le temps de le réaliser ».

Formatrice et passeuse de mémoire
Brahim Noual, ancien cadres au TNA et professeur à l’Ismas, met, pour sa part, les qualités humaines et de formatrice de la défunte en soulignant que «sa générosité était lumineuse, et pas uniquement en tant que comédienne, son lyrisme sur scène, sa poésie et sa présence charismatique auprès de M’hamed Bneguettaf, de Ziani Cherif Ayad et de Azzedine Medjoubi... et de tous les grands de ce théâtre qu’elle a réussi à transmettre à la nouvelle génération». Il ajoute, les larmes aux yeux : «Sonia, je l’appelais affectueusement tata. Elle gérait comme une mère, une sœur, une grand-mère. C’est cette approche affectueuse mais de grande rigueur intellectuelle qui faisait la réussite de sa gestion des différents postes de responsabilité qu’elle a occupés ».
Il rapporte également que c’était une grande intellectuelle qui avait toujours un livre à la main, affirmant qu’elle a légué tous ses livres à la bibliothèque Bachir Mantouri pour les jeunes générations. Et de conclure son témoignage : «Cette artiste ne mourra pas dans nos cœurs, ni dans le théâtre parce qu’elle a donné aux planches tout ce qu’elle avait de force et de dynamisme ».
Abdelhak Ben Maârouf, chef département artistique du théâtre régional d’Annaba, confie, pour sa part : « Je l’ai connue quand j’avais quatorze ans; tout petit je la voyais sur scène et j’ai été, entre autres, marquée par son jeu de comédienne dans la pièce El Fersoussa et Elmalik. C’était splendide comme aisance et présence sur les planches». «L’histoire a fait en sorte que lorsqu’elle a rejoint le théâtre de Annaba en tant que directrice, j’étais son chef de département artistique et technique. On a travaillé avec une grande complicité et on a monté plusieurs projets. Elle était d’une clairvoyance inouïe, c’était la femme qui lorsqu’on lui propose un projet, elle dit, je le prends ; c’est l’une des rares directrices qui ne nous parlait pas derrière un bureau mais se mettait face à nous. Ce n’est pas seulement une perte; mais c’est une catastrophe». Et d’ajouter encore : «C’est une femme battante, un modèle qui résume la femme mangement, la femme dirigeante; elle a excellé en tant que responsable, par sa vision, elle a permis à de nombreuses femmes d’émerger et a offert un espaces où les talents ont permis d’émerger soit en direction des femmes metteures en scène, scénographes et techniciennes, soit envers les jeunes, en intensifiant les stages».
De son côté, pour Abdelkrim Lahbib, que l’on surnomme la mémoire du théâtre qui connaît le TNA depuis 1963, c’était une grande artiste que l’on respectait énormément. «Elle a fait le théâtre privé et public, puis elle aussi été une grande responsable, d’un humanisme incroyable. La simplicité qui émanait de cette dame nous laissait perplexe. Elle respectait comme elle se respectait elle-même. Elle avait un grand niveau intellectuel et culturel, ce qui lui a permis d’aider grandement le théâtre algérien en apportant de nouvelles idées constructives et l’aider à émerger».
«Lorsqu’elle a été directrice du théâtre de Annaba, j’étais membre de son conseil d’administration; on discutait puis elle me dit : on m’a demandé de prendre ma retraite, personnellement, cela m’a blessé énormément et je sais que cela l’a blessée elle aussi. On ne demande pas à une artiste de partir a la retraite ; et cela m’a marqué, surtout pour une artiste qui avait beaucoup à donner ! Cela me fait dire que l’administration n’a pas de cœur».

L’empreinte chez la nouvelle génération
Le metteur en scène Haydar Ben Hocine, effondré, confie d’une voix à peine audible : « C’est un mythe qui est parti, elle a travaillé sans prétention, en toute authenticité dans la générosité, la rigueur. C’était une passeuse de mémoire qui a œuvré à transmettre son savoir aux jeunes. Ce qui me chagrine, c’est qu’elle est partie dans le silence. Mais dans la dignité » ! Quant à Mohamed Islama Abbas, il affirme que « nous avons aujourd’hui perdu une icône du théâtre algérien». «Ce qu’elle a apporté au théâtre algérien, l’histoire s’en souviendra. Elle fait partie des militantes pour des causes nobles. Dans les moments les plus difficiles qu’a traversés l’Algérie, lorsque la femme était interdite de théâtre, quand il était mal vu pour la femme de faire du théâtre, elle a porté le poids des blessures car elle avait foi en sa vision du théâtre, elle avait foi dans son projet pour un théâtre de qualité où la femme algérienne pouvait exprimer tout son talent. »
Faisant partie de la nouvelle génération, Mohamed Islam confie aussi qu’»en 2003, j’ai eu la chance de travailler avec elle et Ziani Cherif Ayad sur la pièce les Martyrs reviennent cette semaine, elle était d’un grand professionnalisme et aussi de grande qualité humaine. C’était une mère pour nous». Dans le même sillage, Djamel Guermi, comédien et metteur en scène, cadre également au TNA, qui avait travaillé avec elle en tant que jeune comédien dans la reprise des Martyrs reviennent cette semaine, confie que « c’est une dame qui va laisser une trace indélibile dans l’histoire du théâtre algérien au-delà de sa mort, son talent retentira à travers ses œuvres qui sont inscrites dans la postérité ». «Ce qui la distingue, c’est qu’elle est très généreuse de ses conseils; on découvrait chaque jours les qualités humaines de cette grande dame d’une grande humilité et très populaire. Elle appréciait d’aller à la rencontre des gens; découvrir les marchés et restaurants populaires».

Une figure de cinéma et de télévision
Sonia a également marqué les mémoires à travers ses personnages dans les feuilletons de télévision et le cinéma. Le comédien Fouad Zayed confie à ce propos : «Je l’ai connue en tant que comédienne et responsable au théâtre régional de Annaba et j’ai eu l’honneur de travailler avec elle dans un feuilleton. Il y avait des journées ou elle n’avait pas de tournage mais décidait de venir». Il souligne à ce sujet : «Cela vous montre à quel point elle aimait son métier et son art avec authenticité, même si elle n’avait pas de séquence et que sa présence n’était pas nécessaire, elle tenait à être présente. Elle était là à me donner des orientations et me disait «non Fouad, ce n’est pas ce que tu dois faire, ton intonation était fausse, il faut écouter ton partenaire». C’était une dame qui disait : si je dois donner quelque chose, c’est à 100% sinon je ne le donne pas».
Et au comédien Chellouch Abdennour de témoigner : «Je la connais depuis trente ans, on a participé dans un feuilleton et on a été proches ; on est du même patelin à l’origine; c’est une grande perte, la rigueur et le sérieux de Sonia et sa détermination pour le théâtre en général; tout ce dire pour vos dire qu’elle a toujours défendu les valeurs artistiques farouchement». Quant à Hassan Kechache, comédien dans «En Attendant les hirondelles», il raconte : «Je présente mes condoléance pas seulement à la petite famille mais à nous tous car c’est une grande perte pour nous tous. C’est une femme engagée envers sa société, son art et sa famille. Elle a laissé des dizaines d’orphelins. Quand on est sur un plateau de tournage, il y a une famille qui se construit, il y a des relations humaines et on ne peut pas se détacher facilement. C’est une expérience et des moments intenses partagés. C’est une femme qui avait une grande générosité d’âme avec de grandes valeurs... fahla. La séparation est très difficile, c’est une grande perte. Elle a passé toute sa vie à faire son métier avec ses trippes. Elle a laissé derrière elle beaucoup de belles choses, elle a laissé tout un héritage et on est fier de ce qu’elle nous a laissés ».

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