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jeudi, 17 mai 2018 06:00

Cannes 2018 : Spike Lee, le retour de l’enfant prodige

Écrit par DOMINIQUE LORRAINE
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Très attendu, le dernier opus de Spike Lee «BlacKkKlansman», sur l’histoire folle – et véridique – d’un policier noir qui infiltra le Ku Klux Klan, n’a pas déçu. Il a été ovationné par le public et pourrait se faire une place sur le podium.

A la fin des années 1970, Ron Stallworth (excellent John David Washington, fils de Denzel) se présente pour intégrer la police de Colorado Springs qui veut s’ouvrir «aux gens de couleur».
Il veut mieux que le classement des archives et demande de servir aux services des enquêtes. Là, il tombe sur une petite annonce du Ku Klux Klan. L’organisation pour la «suprématie blanche» cherche de nouveaux membres. Il décroche son téléphone et se fait passer pour un raciste blanc, de la plus belle engeance. Devant tant de fougue, son interlocuteur veut le rencontrer.
Puisque Ron ne peut évidemment se présenter devant le chef du Klan, c’est son collègue Flip Zimmerman (Adam Drive, superbe lui aussi), qui est juif, qui ira à sa place.
La mécanique est en place. Voilà donc la cellule du KKK de Colorado Springs infiltrée par un Noir et un Juif, qui vont approcher David Duke, le responsable national du mouvement…
Parallèlement Ron rencontre une jeune femme Patrice Dumas (Laura Harrier) qui milite activement pour le Black Power, dont le leader, Stokely Carmichael, exhorte les foules à se libérer du joug des «Blancs», à être fier d’eux-mêmes et à célébrer leur beauté. La tension va crescendo ; le Klan organise un attentat, la pose d’une bombe dans la maison où le leader du Black Power organise un meeting. Spike Lee nous décrit, jusqu’à l’écœurement, ces «suprématistes blancs», assez limités intellectuellement, avec leurs haines viscérales pour tout ce qui n’est pas «aryen», leur décorum, leurs grands-messes, leur passion des armes. Ils éructent de haine en visionnant le film «Naissance d’une nation» de Griffith et applaudissent à la mort des personnages noirs. Avec Donald Trump au pouvoir, Spike Lee est clair, il ne faut plus faire dans la subtilité, mais enfoncer le clou et dénoncer le racisme et l’intolérance, qui progressent dangereusement.
Avec un art consommé du montage, Spike Lee alterne deux moments très forts. D’un côté, le baptême des nouveaux membres du Klan et la pose de la bombe. De l’autre, un homme âgé (Harry Belafonte, premier acteur noir à avoir lutté pour les droits civiques), devant un public noir attentif, raconte l’épouvantable lynchage de Jesse Washington en 1916. Emasculé, carbonisé et pendu à un arbre. Les photos de son corps calciné furent imprimées et vendues comme cartes postales. L’horreur absolue.
Spike Lee ose tout, les gros plans de visages que l’on gardera en tête, un humour dévastateur, les clins d’œil («Make America great again», clame un membre du Klan), une musique tonitruante qui neutralise la violence.
En épilogue, des images d’actualités du drame de Charlottesville, en Virginie. Un rassemblement de l’extrême droite américain (dont certains sont vêtus du costume du Klan), le 12 aout 2017, a provoqué de violents affrontements. Une voiture a foncé sur des militants antiracistes et provoqué la mort d’une jeune femme. Elle s’appelait Heather Heyer, elle avait 34 ans. «BlacKkKlansman» lui est dédié.
La mort de Heather Heyer «est un meurtre», a insisté le réalisateur lors de sa conférence de presse. «Et nous avons un type à la Maison-Blanche – je ne prononcerai même pas son nom – qui, à ce moment décisif, aurait pu choisir l’amour contre la haine. Pourtant, ce fils de p… n’a pas dénoncé le Klan, et l’Alt-right [mouvement de la droite dure américaine] et ces fils de p… de nazis». Ajoutant : «Néanmoins, ce que je voudrais dire, c’est que ces conneries d’extrême droite, ce n’est pas seulement aux Etats-Unis, c’est partout dans le monde, et nous ne pouvons pas rester silencieux. Il faut nous réveiller.»
Un drapeau américain aux étoiles à l’envers constitue la toute dernière image du film. La couleur laisse alors sa place au noir et blanc.

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