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dimanche, 19 mars 2017 06:00

Recueil collectif/ «Douze musulmans parlent de Jésus», sous la direction de Faouzia Zouari : Le Messie en compagnon de dialogue et de tolérance

Écrit par  Sara Kharfi
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Paru aux éditions françaises Desclée de Brouwer, l’ouvrage réunit douze auteurs, dont trois d’Algérie, à savoir Amin Zaoui, Djamel Eddine Bencheikh et Ghaleb Bencheikh. Si certains auteurs ont choisi de raconter des souvenirs d’enfance ou de jeunesse, d’autres ont procédé à l’explication de la figure de Jésus dans l’islam, alors que d’autres encore se sont intéressés à lui en écho à notre époque.

Les textes d’Ethel Adnan (Liban), Kebir Mustapha Ammi (Maroc), Djamel Eddine Bencheikh (Algérie), Ghaleb Bencheikh (Algérie), Mbarek Beyrouk (Mauritanie), Khaled al-Khamissi (Egypte), Kenizé Mourad (Turquie), Hassouna Mosbahi (Tunisie), Salah Stétié (Liban), Alia Tabaï (Tunisie) et Amin Zaoui (Algérie) ont été réunis dans l’ouvrage «Douze musulmans parlent de Jésus», réalisé sous la direction de la romancière et essayiste tunisienne installée à Paris, Faouzia Zouari. Dans son avant-propos, elle signale que «depuis la première guerre du Golfe, jusqu’à l’émergence de l’État islamique, en passant par les attentats du 11-septembre, les malentendus entre l’islam et l’Occident n’ont cessé d’ériger des barrières entre chrétiens et musulmans, occultant la vénération partagée. (...) L’intégrisme et les menaces brandies par les djihadistes contre les «Croisés» ont fini par accréditer l’idée que les musulmans sont les ennemis héréditaires des chrétiens». L’idée de cet ouvrage, comme elle le rappelle, s’est esquissée à la suite de plusieurs interrogations, pour «contrer ces préjugés» et pour «esquisser un geste d’entente et d’altérité dans une actualité centrée sur le choc des civilisations». Ils sont donc douze musulmans à aborder Jésus. Douze «écrivains et poètes, parce que le verbe compte ici autant que l’esprit. Et parce que, plus que l’histoire, l’érudition ou l’exégèse, c’est l’approche personnelle et ‘romanesque’ qui prévaut. Libre à chaque auteur de parler de «son» Christ, celui qu’il a découvert, imaginé ou aimé ; qui a existé dans ses souvenirs, son parcours, ses interrogations, ses espoirs», souligne Faouzia Zouari. En miroir à ce texte-là, Etel Adnan, dans son texte «Enfant des deux mondes», puisque de père musulman et de mère chrétienne, relève le «mystère» entourant Jésus, un mystère à percer pour se rapprocher de sa vérité, un mystère à aborder par la beauté de ce monde, et la poésie fait partie de cette beauté justement. Un cheminement, un parcours initiatique qu’entreprend l’écrivain égyptien Khaled al-Khamissi. Dans son texte intitulé «Béni soit mon peuple d’Egypte !» et structuré autour de trois étapes («Au commencement», «Le voyage», «La commémoration»), l’auteur du bestseller «Taxi» entame, à l’occasion de sa participation à la commémoration du deuxième millénaire du voyage de la Sainte Famille en Egypte, la visite «des endroits où le Christ était passé, en compagnie de la Vierge Marie, Joseph et Salomé ; de suivre leurs traces à travers tout le pays». Il conclut le récit de son périple en relevant que «Jésus n’est autre que le bien en nous». Salah Stétié, dans un superbe essai intitulé «Jésus et ses poètes d’islam», livre sa conception de l’islam, qu’il envisage comme un poète, tout en poésie. Puis il propose de réfléchir sur l’image de Jésus et de Marie dans l’islam, et à travers les écrits d’un des plus soufis des musulmans, Ibn Arabi, surnommé «al-Cheikh al-Akbar». Il utilise ensuite subtilement une formule du «philosophe chrétien russe», Nicolas Berdiaev selon laquelle «le communisme porte témoignage de notre devoir inaccompli», pour introduire son propos. En effet, il se pourrait bien que Jésus porte en lui le «témoignage de notre devoir inaccompli», des échecs de notre humanité, de nos faillites personnelles. Tout ce que nous aurions raté. Dans son texte érudit, mais accessible «Jésus en islam», l’islamologue Ghaleb Bencheikh rappelle d’abord que la figure du Christ est «centrale» dans la «famille abrahamique judéo-islamo-chrétienne» et qu’elle «a toujours été support de dialogue et sujet de discussion, de débats, voire de controverses», avant de relever la présence de Jésus et de Marie sa mère, dans différentes sourates du Coran (al ‘Imran, La Table servie, La Vache, Les Murailles, Les Croyants, Marie, Les Femmes, Jonas). S’appuyant sur les parcours de mystiques musulmans à l’exemple d’El Hallaj, Kenizé Mourad décrit un «cheminement mystique» et considère Jésus comme un mystique qui «s’était rapproché au plus près de la vérité de l’Être». Outre un poème de l’Algérien Djamel Eddine Bencheikh (disparu en 2005), le recueil comporte également des textes plus personnels, notamment celui d’Alia Tabaï qui, à la suite de l’admission de sa sœur dans un hôpital tunisois en 2015, a décidé de poster des textes sur son compte Facebook, qu’elle adressait à Jésus, avec l’incipit «Cher Jésus». 

Comme une bouteille à la mer. Comme un symbole pour aspirer les maux et les peines de l’humanité et pour atténuer les souffrances d’Alia Tabaï, de ses proches, de son entourage, de ses semblables, les humains. «Car Jésus est ainsi : serviable car Serviteur du Divin, charitable car issu de la Miséricorde, solidaire des humilités et des offensés. Toux ceux qui font cela ici, maintenant et partout dans le monde, qu’ils soient croyants ou non, sont tout simplement ses lumineuses incarnations», écrit-elle. Kébir Mustapha Ammi remonte à ses dix ans à Taza et se remémore un épisode dans une église. Les souvenirs d’enfance sont au centre du texte de l’écrivain mauritanien Mbarek Beyrouk. Il raconte «Issa» dans l’islam et dans la tradition de son village, et estime qu’«il n’y a pas de traces dans l’islam de rejet violent des autres croyances. Cela est prouvé par les textes et par l’histoire». Pour sa part, Hassouna Mosbahi évoque Waraqa Ibn Nawfal [un chrétien, qui a reconnu «les signes de la prophétie peu après que le prophète Mohammed (QSSSL) a eu sa révélation»], le rôle des chrétiens arabes dans «la civilisation arabo-musulmane», et celui des écrivains arabes chrétiens dans le rayonnement de la langue arabe, en mettant l’accent notamment sur la Rabita Qalamiya créée à New York et présidée par Khalil Gibran. Un tantinet provocateur, Amin Zaoui a décrit son enfance, ses rapports avec sa famille, sa découverte de Jésus, mais également son amour et sa passion pour le livre et la lecture. Somme toute, si certains auteurs ont choisi de raconter des souvenirs d’enfance ou de jeunesse, d’autres ont procédé à l’explication de la figure de Jésus dans l’islam, alors que d’autres encore se sont intéressés à lui en écho à notre époque. Les auteurs défendent également des idées de dialogue, de paix, de tolérance et de vivre-ensemble.

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