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jeudi, 16 février 2017 06:00

Abderrahmane Mebtoul, expert en économie et en énergie : « Vu la situation financière intenable, Sonelgaz doit rationaliser ses dépenses par la réduction de ses filiales »

Écrit par  Mouna Aïssaoui
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Reporters : L’Assemblée générale ordinaire de Sonelgaz a approuvé une nouvelle organisation ainsi qu’un projet de partenariat pour la création d’une société de fabrication d’isolateurs électriques et les plans de développement des sociétés de Sonelgaz. En tant qu’expert dans le domaine de l’énergie, que pensez-vous de cette nouvelle organisation ?


Abderrahmane Mebtoul : Sonelgaz vient en ce mois de février 2017 de procéder à une nouvelle restructuration qui avait déjà été annoncée en 2015. Avec la baisse des recettes en devises, provenant directement et indirectement des hydrocarbures à 97/98%, la rigueur budgétaire au niveau de tous les secteurs s’impose. Et le groupe Sonelgaz n’y échappe pas. Tenu d’assurer la continuité du service public et la couverture de la demande, Sonelgaz devra consentir d’importants investissements. La mobilisation des financements risque d’être un exercice on ne peut plus compliqué dans un contexte de contraction des ressources.
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle organisation a été adoptée au sein de la société publique Sonelgaz, qui vise une rationalisation par la réduction de ses filiales à 16 sociétés, dont la Holding Sonelgaz assurera le contrôle direct. La nouvelle organisation répondrait ainsi «à la nécessité d’une plus grande performance et efficience du management en matière de conduite des projets, de génération de revenus et de valeur ajoutée avec un minimum d’investissement». Il faut savoir que cette restructuration avait été déjà annoncé, en 2015 par M. Bouterfa, ministre de l’Energie, alors PDG de Sonelgaz, pour qui «la conjoncture actuelle marquée par une réduction drastique des revenus de l’Etat exige de trouver des réponses pérennes à la question de la disponibilité financière». Une mission qui devra s’appuyer sur plusieurs axes. En premier lieu, la nécessité de revoir l’organisation du groupe afin de recentrer sa mission, réaffirmer les responsabilités, consolider et renforcer l’encadrement. Deuxièmement, de choisir les actions à même de générer des plus-values avec le minimum d’investissements. Troisièmement, d’amorcer un exercice d’évaluation systématique, continue et responsable des actions du groupe. Quatrièmement, une nouvelle restructuration étant de défaire des filialisations coûteuses et de regrouper les activités afin de bénéficier d’économies d’échelle. Cinquièmement, la nécessité d’une nouvelle réforme de la loi sur l’électricité et le gaz datant de 2002 afin de permettre de réévaluer le rôle du régulateur, à savoir la CREG, et qui ne s’est pas, pour l’heure, totalement appropriée ses missions, notamment en ce qui concerne le volet lié à la gestion des appels d’offres pour la réalisation de centrales électriques. Sixièmement, l’ex-PDG avait prévu de lancer un sixième emprunt obligataire via la Bourse d’Alger qui reflète la propension de l’entreprise à recourir systématiquement à l’endettement pour le financement des investissements devenus trop lourds au regard de ses ressources.


Pensez-vous donc que la principale raison de cette restructuration est une question d’argent ?
Oui, car la situation financière négative de Sonelgaz est devenue intenable avec le plafonnement du prix de l’électricité. Pourquoi cette situation négative ? Lors d’un Forum à El Moudjahd, l’ex-PDG de Sonelgaz, l’actuel ministre de l’Energie, avait déclaré que le groupe Sonelgaz a besoin de plus de 5 000 milliards de dinars, soit au cours actuel, plus de 45 milliards de dollars pour investir à l’horizon 2025 dans des projets hors énergies renouvelables. Ce qui donnerait un montant supérieur à 80/100 milliards de dollars avec les énergies renouvelables pour les objectifs prévus en 2030, couvrant 40% de la consommation locale. Ainsi, le niveau d’investissement annuel dont a besoin le groupe se trouve au-dessus de ses revenus. Rappelons les causes essentielles des difficultés financières de Sonelgaz. Premièrement, le gel des tarifs ayant généré un déficit de trésorerie global fusionné de l’ordre de 95 milliards de dinars, selon les rapports de Sonelgaz. Les déficits les plus importants sont générés par les sociétés de distribution de l’électricité et du gaz en raison de la faiblesse de leurs revenus comparée à l’importance de leurs charges. Ces dernières ont cumulé un déficit net d’environ 73,4 milliards de dinars pour 2015. Même si les rapports de Sonelgaz ne le disent pas ouvertement, ils suggèrent, de façon à peine voilée, une augmentation des tarifs, ou alors le gouvernement doit mettre la main à la poche.
L’augmentation souhaitable des tarifs, selon le rapport Sonelgaz, devrait être revalorisée de 11% par an pour pouvoir financer les investissements de Sonelgaz induits par l’augmentation de la capacité de production. Sonelgaz propose de procéder par étape en augmentant, dans un premier temps, la tarification pour les industriels qui consomment près de 20% de la production nationale, la clientèle haute tension, achetant son énergie à 2,2 DA, alors que le coût de revient est de 3 DA. Toujours selon le rapport de Sonelgaz, ses besoins en gaz pour la seule génération électrique sont passés de 12 milliards de mètres cubes, en 2000, à 27 milliards en 2014, et pourraient bien dépasser les 60 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030, et 100 milliards à l’horizon 2040. Deuxièmement, le groupe peine à recouvrer ses créances qui avaient atteint les 50 milliards de dinars pour l’année 2015, dont la moitié est à l’actif des entreprises publiques, 20 % à l’actif des entreprises économiques, et 30 % ont été générés par des clients physiques. Parmi les plus importantes d’entre elles, le précompte TVA (taxe sur la valeur ajoutée) et le préfinancement des programmes publics. A cet effet, le groupe Sonelgaz compte solliciter une nouvelle fois les pouvoirs publics pour le règlement définitif du dossier d’assainissement financier et pour la mise en œuvre effective du statut fiscal spécifique à ses sociétés Ces dossiers de créances impayées ont constitué des facteurs aggravants qui ont maintenu la situation financière du groupe dans un déficit structurel. Pour certains responsables des sociétés de distribution, il est impossible de couper l’électricité à certaines institutions, notamment les écoles ou les hôpitaux. Troisièmement, avec des branchements anarchiques, le taux de pertes de l’électricité a été de 19,52%, en deçà des objectifs. Dans l’activité du gaz, le taux de pertes s’élevait à 7,1% dues, comme l’électricité. Sonelgaz, perd annuellement plus de 10 milliards de dinars à cause de la fraude et de l’inefficience de gestion.


Où en est l’application de la loi sur l’électricité et la distribution du gaz par canalisations ?
Elle est régie par la loi n° 02-01 du 5 février 2002 relative à l’électricité et la distribution du gaz par canalisations. La commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) est un organisme indépendant, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. La CREG a trois missions principales, réalisation et contrôle du service public, conseil auprès des pouvoirs publics en ce qui concerne le marché de l’électricité et du gaz, surveillance et contrôle du respect des lois et des règlements relatifs au marché de l’électricité et au marché national du gaz. Son rôle est de veiller au bon fonctionnement concurrentiel et transparent du marché de l’électricité et du gaz, dans l’intérêt des consommateurs et des opérateurs. La CREG a élaboré de nouveaux textes législatifs pour inciter à l’investissement dans les énergies renouvelables, où il est stipulé que l’investissement est ouvert à tous les opérateurs algériens publics et privés. Mais cela n’est pas nouveau puisque la loi sur l’électricité et le gaz de 2002, relative à l’électricité et à la distribution du gaz par canalisation, a pour objectifs d’introduire la concurrence au niveau de la production et de la distribution d’électricité et du gaz, et a pour objet notamment la mise en place de conditions incitatives pour l’attrait des investissements privés nationaux et étrangers, notamment l’accès des tiers aux réseaux. Mais ces décrets n’ont pas donné l’impulsion nécessaire à l’application de la loi sur la réforme du secteur de l’électricité en Algérie et l’introduction progressive de la concurrence.
Deux de ces décrets sont liés à la production. L’un prévoit la procédure d’octroi de l’autorisation d’exploiter étant donné que la loi stipule, aujourd’hui, que la production de l’électricité est libre. Le second concerne les droits et les obligations du producteur de l’électricité. Les quatre autres traitent du réseau de transport. Il s’agit des règles et la construction du réseau de l’électricité et du gaz. Un des quatre textes prévoit aussi la constitution d’un conseil consultatif de la commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg). Concernant la concurrence privée, les conditions nécessaires à leur implantation significative en Algérie ne sont probablement pas encore réunies (environnement bancaire, fiscal, assurance, services connexes etc..), ne sont pas en place, d’autant plus que les investissements dans le domaine de la production du transport ou de la distribution sont lourds et le retour sur investissement long. Pour imposer cette concurrence sur le marché, il faut qu’il y ait une abondance de l’offre en quantité et une multitude d’acheteurs. Or, dans l’état actuel de la réglementation, selon le CREG, seuls les distributeurs peuvent acheter de l’électricité. Les autres consommateurs potentiels n’ont pas encore le droit d’acheter de l’électricité à des producteurs, les autres textes d’application n’étant pas entrés en vigueur.


Quel modèle de consommation énergétique pour l’Algérie ?
L’électricité et le gaz sont des éléments fondamentaux tant au développement économique que pour les citoyens et donc un segment engageant la sécurité nationale. Sachant que dans seize ans le pays aura épuisé son pétrole et son gaz conventionnel, tenant compte de la percée du gaz non conventionnel, des coûts croissants, de l’entrée de nouveaux concurrents, des mutations énergétiques mondiales avec un nouveau profil de croissance, et surtout de la forte consommation intérieure, représentant environ, selon le CREG horizon 2030, l’équivalent des exportations actuelles qui peinent à atteindre 55 milliards de mètres cubes gazeux, taux prévu pour 2017. Faute d’insérer les opérateurs d’électricité et de gaz au sein d’une vision stratégique, afin d’impulser des investissements nouveaux qui deviennent urgents et d’éviter des délestages croissants. Cela renvoie à la cohérence et la visibilité de la politique socio-économique et, donc, à l’approfondissement de la réforme globale. Pour les énergies renouvelables, il existe un débat qui ne fait pas l’unanimité des experts en Algérie entre le thermique et le photovoltaïque. Ce n’est qu’à travers un changement notable de la politique énergétique, que l’Algérie arrivera à construire un environnement adéquat pour produire 30 à 40% de son énergie à partir de sources renouvelables à l’horizon 2030. Or, pour 2015 – les données ayant peu évolué depuis –, sur les 11 389 MW de capacité électrique installée en Algérie, environ 97% proviennent du gaz naturel, 0,9% des centrales diesels et 0,8% des installations hydrauliques, tandis que les centrales hybrides dont seulement une partie est produite par énergie solaire (le reste est produit par le gaz naturel), représentent 1,3%. Pourtant, avec un ensoleillement annuel moyen évalué à 2 000 heures et un territoire composé à 86% de désert saharien, la puissance solaire de l’Algérie est estimée à environ 1 700 KWh/m²/an dans le nord du pays et 2 650 KWh/m²/an dans le Sud, ce qui correspond à une capacité électrique huit fois supérieure aux réserves de gaz naturel du pays. Selon le ministère de l’Energie, l’objectif est de disposer à l’horizon 2030, d’une puissance installée totale de 22 000 MW, dont 13 575 MW de solaire photovoltaïque et 2 000 MW de solaire thermique. Cependant, il existe des contraintes de financement, de rentabilité, bien que le coût mondial ait baissé de plus de moitié. Tout dépend de la future stratégie énergétique mondiale des firmes qui doivent produire à grande échelle pour réduire encore les coûts, auxquels s’ajoutent les pesanteurs politiques en Algérie où Sonelgaz ne fixe pas le prix de l’électricité n’ayant pas de stratégie propre sur les grands choix, ne pouvant décider seule de ses investissements et ne disposant pas de marge de gestion. C’est que la décision finale relève surtout du politique et notamment du Conseil national de l’énergie (CNE), seul habilité à définir les choix stratégiques. En bref, je préconise pour une transparence de la gestion de Sonelgaz mais également d’autres entreprises dont Sonatrach, d’appliquer le tarif du marché. En contrepartie, au niveau gouvernemental, comme je l’ai suggéré dans une audit réalisé sous ma direction sur le prix des carburants au sein d’un modèle concurrentiel d’installer une chambre nationale de compensation chargée d’un système de péréquation intra secteurs, intra socioprofessionnelle et intra régional afin de soutenir les segments à valeur ajoutée et protéger le pouvoir d’achat des citoyens, toute subvention devant être budgétisée au niveau du Parlement et le montant structuré inscrit clairement dans la loi de finances annuelle.

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