Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
samedi, 31 décembre 2016 06:00

Economie/ Histoire/ Edition : L’œuvre de Keynes entre dans le domaine public

Écrit par  Kahina Sidhoum
Évaluer cet élément
(0 Votes)

L’œuvre du grand économiste anglais John Maynard Keynes entre le 1er janvier dans le domaine public, 70 ans après sa mort. Son apport théorique à la discipline n’a jamais suscité autant de débat que durant ces dernières années, inspirant les biographies, les essais et les analyses dithyrambiques ou à charge, mais toujours passionnantes : un intérêt qui confirme que la grande affaire dans le monde d’aujourd’hui reste avant tout l’économie.


Plus de huit ans après le début de la crise des économies occidentales, ses idées suscitent encore des  débats enflammés, de la relance de la croissance par la dépense publique à  l’Etat providence, ou encore le contrôle des flux des capitaux ou ses  réticences face à la mondialisation financière. Keynes (1883-1946), réputé à tort avoir été l’instigateur du New Deal aux Etats-Unis, lancé avant la publication en 1936 de son œuvre majeure «La  théorie générale», l’un des acteurs principaux des accords de Bretton Woods après la Seconde Guerre mondiale, ne jugeait pas la finance comme son ennemi, mais il appelait à s’en méfier fortement. L’économiste récuse l’idée d’un équilibre spontané des marchés qui déboucherait sur le plein emploi. Des principes pourtant battus en brèche par le triomphe du néolibéralisme  dans les années 1980 avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, au point que Keynes est devenu presque  un gros mot pour les économistes qui prônent l’autorégulation des marchés.  «L’idée de l’ajustement par les marchés est alors revenue en force et sa vision du régime capitaliste est devenue tout à fait dénigrée», reconnaît pour l’AFP André  Orléan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales  (Ehess) à Paris.  Mais ses idées vont plus loin que les remèdes de sortie de crise.  Dans «La lettre à mes petits-enfants», ouvrage publié en 1930 après le krach de Wall Street, au moment où le monde plongeait dans la grande dépression, il évoquait déjà la diminution du temps de travail ou le défi de  l’automatisation. «Dans son esprit, le travail allait devenir inutile, parce que les besoins  seraient satisfaits par un système hyper-productif», précise M. Orléans. Dans  sa lettre, il évoquait même des journées de trois heures. «Quand l’accumulation de richesse n’aura plus grand importance pour la société, d’importants changements se produiront dans notre code éthique»,  écrivait-il.   Keynes se disait convaincu que le capitalisme arriverait à sa fin, qu’il  n’était qu’une période de transition dans l’histoire, et il se plaignait  constamment des «fausses valeurs» portées par ce système comme «l’amour de  l’argent pour l’argent», qu’il qualifiait de «morbide, répugnant et exécrable». Mais il a aussi lancé un avertissement : «Pour lui, le fait d’avoir moins de  durée de travail n’est pas immédiatement un bien. L’humanité nécessite un temps d’adaptation au loisir», affirme M. Orléan. Keynes apparaît ainsi comme un épicurien, s’inspirant du philosophe George  Moore, appelant les générations suivantes à jouir de l’instant présent et  prenant ses distances avec l’économie, lui qui a pourtant apporté une  contribution décisive aux accords de Bretton Woods en 1944, ceux qui ont jeté  les bases du système financier mondial actuel. «Quand on lit Keynes, on se dit qu’il est beaucoup plus novateur que les  théories économiques ou les économistes d’aujourd’hui. Au moins lui, il pensait avenir», souligne Henri  Trubert, PDG des éditions françaises «Les Liens qui libèrent», une «maison» créée en association avec Actes Sud, au sein de laquelle a travaillé l’économiste de gauche Bernard Maris (tué dans l’attentat contre Charlie Hebdo) et qui se propose d’«interroger la question de la crise des liens dans les sociétés occidentales». «Les autres sont fixés sur le présent. Il faut plus de croissance, il faut  plus d’emplois, plus de travail. Ils sont restés dans cette croyance qui est  complètement fantasmée», regrette l’éditeur, qui rééditera «La lettre à mes  petits enfants». Mais Keynes a commis une «erreur majeure» dans ce court ouvrage. «Il y a un  aspect qui lui échappe : l’idée que le capitalisme finirait par disparaître parce qu’il aurait satisfait les besoins des populations», pointe M. Orléan. Or, le capitalisme a subsisté en imposant de nouveaux besoins, comme la  téléphonie mobile.

Dernière modification le vendredi, 30 décembre 2016 22:19

Laissez un commentaire