Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
dimanche, 20 novembre 2016 14:33

Clap de fin sur la COP 22 : Altermondialistes en vadrouille et des rapports Nord / Sud pas si verts

Écrit par  Thinhinane Makaci
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Changement climatique, où en est-on et que devons-nous faire ? Ce sont les deux questions auxquelles ont tenté de répondre les militants altermondialistes, réunis dans la «Zone bleue» à l’Occasion de la contre-conférence sur le climat (contre-Cop 22), organisée par la Coalition marocaine pour la justice climatique (CMJC), à Marrakech, du 12 au 16 novembre, en marge de la Cop 22.



Pour cette 22e rencontre sur le climat, placée sous le signe de «l’action», c’est-à-dire l’application de l’Accord de Paris sur le climat, les associations écologistes ainsi que d’autres organisations, de près ou de loin concernées par la justice climatique, ont tenu à faire entendre leur voix en créant leur propre espace nommé « Espace autogéré ». Bien que cette rencontre alternative n’ait pas répondu à ces questions, elle a au moins permis de savoir que la lutte pour la justice climatique se porte bien, puisque de plus en plus d’associations consacrent un large panel de leurs programmes à cette problématique. Même si la lutte pour la justice climatique est encore nouvelle dans les pays africains, elle enregistre déjà des victoires, car la contre-Cop a servi de tribune à des problématiques que les grandes puissances ne veulent pas laisser paraître telles que la question des migrants climatiques. Et n’hésite pas à s’interroger sur leurs succès et leurs échecs, tout en continuant à rechercher des voies d’avenir et des perspectives dans un contexte des plus difficiles. Premier constat, la lutte pour la justice climatique est l’affaire de tous, ce n’est plus la lutte des mouvements hippies des années quatre-vingt-dix. D’ailleurs, la vitalité qu’on a perçue chez ces militants venus des quatre coins du monde transparaissait dans leur capacité à l’autocritique et dans le constat qu’il faut, aujourd’hui, renouveler le fond des luttes menées pour « la justice climatique », car le monde est à la veille d’une véritable catastrophe écologique. Selon ces militants, les premiers effets sont déjà ressentis, en particulier dans les pays du tiers-monde. Réchauffement climatique, immigration climatique, désertification, accaparement des terres et de l’eau… sont autant de désastres qui poussent les activistes à tirer la sonnette d’alarme. L’avenir de la planète et de ses populations a été soumis à débat tout au long de la semaine de la contre-Cop. Des discussions et des débats vivants et contradictoires qui sont, en réalité, une remise en cause des stratégies adoptées par la société civile mondiale dans la lutte contre le changement climatique et de ses conséquences sur le développement des populations, en particulier dans le tiers-monde.

Le mouvement pour la justice climatique encore sous l’emprise du pouvoir de l’argent

La contre-Cop semble néanmoins décevoir ces militants et ces activistes venus des quatre coins du monde, en particulier ceux des pays du tiers-monde, qui partagent le sentiment que cette contre-Cop, à l’instar de la Cop des Etats, a été tenue dans un « esprit mercantile». C’est du moins ce que les débats ont laissé transparaître, que ce soit lors des plénières ou dans les discussions de couloir, entre militants de même bord. Il faut savoir aussi que l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d’Amérique s’est invitée dans les débats, surtout que ce dernier avait menacé de retirer son pays des accords de Paris. Une décision qui risque d’affecter les financements prévus pour les organisations du tiers-monde, qui, à en croire les Acteurs présents sur place, ne peuvent agir sans l’argent des grandes puissances. D’ailleurs, pour Nadir Bouhemouche, membre d’Atac Maroc, « cette dépendance économique de la société civile aux grandes puissances est un réel danger non seulement pour la souveraineté des associations, mais aussi des pays ». « Si les grandes puissances veulent garder la mainmise sur la société civile dans le tiers-monde, c’est surtout pour nous laisser en situation de domination et empêcher toute alternative pour les couches les plus opprimées », explique-t-il. Et d’affirmer que cette contre-Cop est l’exemple le plus concret de la « féodation » de la société civile mondiale à la « domination de l’argent », allant jusqu’à dire que « la contre-Cop est de la poudre aux yeux ». Il en veut pour preuve que le principal bailleur de fonds de cette rencontre n’est autre que le groupe industriel marocain Managem. « Une rencontre placée sous le signe de la justice climatique et de la justice sociale avec, comme sponsor, l’un des plus grands pollueurs au Maroc, qui, en plus, opprime les travailleurs ». Le jeune militant poursuit : « Les grandes conférences ont prouvé leur échec, seul le travail de terrain peut changer les choses, mais l’argent des grandes puissances distribué via leurs ONG empêche de le faire. »

Adaptation ou atténuation ?

Cop comme contre-Cop ont placé leurs thématiques sous le signe de l’adaptation, c’est-à-dire l’adaptation d’un ensemble d’initiatives et de stratégies par tous les acteurs du climat, Etats, collectivités, entreprises, citoyens, associations, dans le but, d’un côté, de réduire les effets de l’homme sur la nature, mais aussi de faire en sorte, que l’homme, de l’autre côté, se réadapte à cette nouvelle donne climatique. Seulement, il semble bien que cette optique ne séduit pas pour le moment, puisque l’adaptation nécessite de grands fonds. Comme l’explique Guillaume Durin, membre d’Alternatiba et de l’Odyssée Ibn Battouta, « l’adaptation est politique, et non technique ». C’est-à-dire que « l’adaptation a besoin de beaucoup de fonds, mais surtout de changer les visions productrices des grandes multinationales ». « Les stratégies d’adaptation signifient que les populations s’adaptent aux réalités de leur climat et ne les fuient pas. C’est-à-dire s’émanciper des dominations occidentales qui ont la mainmise sur les populations». «La question qu’on se pose dans notre organisation, aujourd’hui, poursuis-t-il, est de savoir à qui profitent les programmes internationaux ? A qui vont ces fonds ?» En effet, l’argent a été au cœur des débats lors de la contre-Cop. Dans toutes les conférences, il en a été question, de même que le lobbying des associations africaines pour recevoir ces financements, notamment ceux du fonds vert. A ce propos, notre interlocuteur affirme qu’« il est prévu que le fonds vert soit la clef de voûte de l’action concrète pour nous libérer de la menace climatique. Et là, encore, la véritable bataille sera le contrôle citoyen de ce fonds ». La mainmise des ONG sur le contrôle des projets dans le tiers-monde inquiète les associations dites altermondialistes. D’ailleurs, Guillaume Durin affirme que «si 50% des fonds ne vont pas directement dans les caisses des paysans, agriculteurs, pêcheurs… il sera voué à l’échec ».

La question des femmes

Autre thématique à avoir marqué la contre-Cop de Marrakech « le genre et les changements climatiques ». En effet, depuis quelques années, la situation des femmes se dégrade de plus en plus. Lors de cette rencontre, les thématiques féministes traditionnels semblent bien loin de la réalité des femmes, en particulier en Afrique, puisque, aujourd’hui, elles sont menacées par les guerres, la migration forcée et climatique, mais aussi l’accaparement des terres et de l’eau, également l’une des principales raisons de la migration des femmes. C’est pour cela que les militants appellent à une conscientisation plus profonde des dangers du changement climatique dans le monde. Comme nous l’explique, à cet effet, Adeline Moutegoto du Togo. « Les femmes sont les premières protectrices de la terre et du climat ». « Elles constituent également la clé du développement et sont touchées par les effets du changement climatique », renchérit-elle.

Bilan mitigé de la Cop 22

Tous les militants rencontrés sur place partagent un même constat : « La COP 22 est avant tout celle des grandes puissances. » D’ailleurs, tout au long de l’événement, les échos des négociations entre les grands chefs d’Etat ont été suivis de près sachant que la contre-Cop, elle, «se veut une force de propositions et d’action», surtout que certains des acteurs du changement climatique étaient « dans les deux Cop». A l’instar de Geneviève Azam, membre du comité scientifique d’Atac France : « Les Accords de Paris sont avant tout un succès diplomatique, ce qui a masqué le vide de ces derniers, car ils ne sont pas contraignants sur le plan juridique.» Ce qui semble étonner notre interlocutrice, c’est le fait que l’ensemble des décisions qui devaient être prises lors de cette rencontre sont reportées à l’année prochaine.
«Marrakech devait mettre en œuvre les accords de Paris, mais pour le moment, rien n’est fait puisque les chefs d’Etat se donnent à nouveau rendez-vous à la rencontre de l’année prochaine, la Cop 23, qui se déroulera à Bonn », dit-elle. D’ailleurs, pour elle, le discours de John Kerry « n’est nullement rassurant puisqu’il n’engage que lui ». Pour sa part, Mohamed Lghatas, du portail E-jessour, pense que « la justice climatique n’est pas technique et il n’est toujours pas question d’argent ». A ses yeux, des questions comme « la dette climatique doivent être prises en considération, puisque les bénéfices des industries extractives vont dans les caisses des grandes puissances et des multinationales ». Il conclut en expliquant l’importance de la « sensibilisation » des populations sur les dangers qu’encourt la planète : « Le combat n’est pas encore gagné et on doit, aujourd’hui, consacrer une grande partie de notre lutte pour expliquer que le changement climatique n’est pas une fatalité divine, mais la conséquence des activités sauvages de l’homme sur la nature».n

Laissez un commentaire